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Un fossile vieux de trois millions d’années révèle pour la première fois ses couleurs

Reconstitution artistique d'une souris Apodemus atavus dans une forêt.

Reconstitution artistique de l'apparence de l'Apodemus atavus

Photo : Université de Manchester

Renaud Manuguerra-Gagné

Connaître la couleur d'un animal disparu depuis des millions d'années a longtemps été un détail laissé à l'imagination. Cela pourrait maintenant changer grâce à une nouvelle méthode permettant la détection de pigments rouge dans des fossiles, le tout sans les endommager.

Il y a 3 millions d’années, un petit rongeur parcourait le territoire qu’est aujourd’hui l’Allemagne. De son vivant, cet animal était couvert d’une fourrure rousse sur l’ensemble de son corps, à l’exception de son ventre, qui était blanc.

Ces couleurs peuvent sembler banales, car ce sont des teintes qu’on retrouverait chez un bon nombre de souris modernes. Or, savoir avec certitude les couleurs arborées par un animal éteint depuis si longtemps est quelque chose qui était impossible jusqu’à maintenant.

On peut en apprendre beaucoup sur la physionomie et même le mode de vie d’animaux disparus en étudiant leurs fossiles. Les pigments qui donnent à la fourrure animale ses différentes teintes sont toutefois remarquablement fragiles et, hormis certains tons de noir ou de brun très foncés, aucune couleur ne résiste au processus de fossilisation, même chez des spécimens remarquablement bien préservés.

C’est uniquement en faisant appel à certaines connaissances en chimie et en physique que des chercheurs de l’Université de Manchester ont réussi à détecter des teintes de couleur rouge qui étaient autrement invisibles.

Cette première scientifique pourrait permettre de mieux comprendre comment certaines espèces ont évolué à travers le temps (Nouvelle fenêtre) et transformer un aspect de la paléontologie qui était surtout réservé à notre imaginaire.

Le fossile d'une souris Apodemus atavus.

Le fossile d'une souris Apodemus atavus

Photo : Université de Manchester

Des couleurs fragiles

La couleur que l’on retrouve chez plusieurs espèces animales est due en partie à un pigment nommé mélanine, dont il existe deux variantes : l’eumélanine, qui produit des teintes de brun et de noir, et la phéomélanine, qui donne des tons oscillants entre le rouge et le jaune.

Jusqu’à maintenant, seule l’eumélanine, plus stable, avait été détectée par des chercheurs. C’est ce qui a permis, entre autres, de savoir que certaines espèces de dinosaures, comme l’archéoptéryx, possédaient des plumes de couleur noire, ou que d’autres espèces terrestres possédaient au moins deux tons de couleur, un plus foncé sur leur dos, et un plus clair sur leur ventre, une technique de camouflage appelée contre-illumination.

La phéomélanine, beaucoup plus fragile, restait toutefois indétectable avec ces mêmes techniques. Les chercheurs ont donc abandonné la recherche du pigment et se sont plutôt intéressés à sa composition.

La souris Apodemus atavus en fausses couleurs.

La souris Apodemus atavus en fausses couleurs.

Photo : Université de Manchester

La fin du noir et blanc

Au niveau moléculaire, ces pigments contiennent des traces de certains métaux. En étudiant la fourrure d’animaux modernes, les chercheurs ont montré que l’eumélanine est riche en cuivre, tandis que la phéomélanine contient du soufre et du zinc.

Bien que les pigments de couleur se dégradent avec le temps, ces métaux peuvent laisser des traces mesurables dans des fibres fossilisées, ce qui permettrait de déduire la couleur d’animaux disparus.

En utilisant une technique d’imagerie par fluorescence à rayons X, il est possible pour les chercheurs de détecter d’infimes traces de métaux dans l’ensemble d’un fossile. Cela évite non seulement d’endommager un spécimen, mais aussi de révéler l’apparence générale de l’animal disparu, ce qui était impossible avec d’autres méthodes où l’on analysait des fossiles un fragment à la fois.

Pour vérifier l’efficacité de leur technique, les chercheurs ont utilisé un fossile exceptionnellement bien préservé d’une espèce de souris aujourd’hui éteinte nommée Apodemus atavus. Surnommé Mighty Mouse, il s’agit d’un rare exemplaire de fossile complet : non seulement son squelette est intact, mais aussi l’ensemble de ses tissus plus fragiles, comme la peau, la fourrure, et même la délicate structure de ses oreilles.

C’est ainsi que, 3 millions d’années après sa mort, les chercheurs ont découvert que cette petite souris possédait des traces de soufre et de zinc sur l’ensemble de son corps à l’exception de son ventre, ce qui lui donnerait une fourrure rousse et blanche.

Bien que des fossiles aussi bien préservés restent rares, les chercheurs espèrent pouvoir appliquer leur méthode d’imagerie à d’autres spécimens présents dans des musées à travers le monde. L’archéologie pourrait alors, comme le cinéma il y a un siècle, passer du noir et blanc à un monde où d’autres couleurs commencent à faire leur apparition.

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Science