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Rareté des travailleurs: un autre restaurateur bas-laurentien doit prendre une décision difficile

Un cuisinier à l'oeuvre dans la cuisine d'un restaurant.

Selon Patrick Bergeron, diminuer ses heures d'ouverture assure la pérennité de son entreprise.

Photo : iStock / gorodenkoff

Jérôme Lévesque-Boucher

Après Le Bec Fin qui a dû mettre la clé sous la porte en 2018, une autre institution de la restauration de Saint-Pascal modifie son offre de service. Le Resto-Pub Le Saint-Pascal, au Kamouraska, sera dorénavant ouvert cinq jours par semaine, du mercredi au dimanche, au lieu de sept.

Le propriétaire du restaurant, Patrick Bergeron, insiste: ce n'est pas parce que nos journées de lundi et de mardi ne sont pas rentables. C'est vraiment pour offrir une semaine de travail normale à nos employés, explique-t-il.

Soulignant que la relève en cuisine n'est pas au rendez-vous, M. Bergeron souhaite que ses travailleurs puissent jouir de deux journées de repos. Pour assurer la pérennité de mon entreprise, il faut que je veille à la santé de mon monde. Leur demander de travailler sept jours par semaine, c'est pas bon pour le corps ou l'esprit.

Vous savez, notre slogan c'est « l'art de s'offrir du bon temps ». Il faut aussi que ça se reflète chez mes employés.

Patrick Bergeron, propriétaire du Resto-Pub Le Saint-Pascal

La difficile décision de réduire les heures d'ouverture s'est alors imposée. Écoutez, la relève, il n'y en a à peu près pas. Le personnel disponible, c'est des gens à bout de souffle, en fin de carrière. Les meilleurs [en cuisine] décident même de se réorienter, ajoute M. Bergeron.

Une décision mûrie

Le propriétaire admet que la décision de fermer ses portes les lundis et mardis n'a pas été prise à la légère. Il se dit conscient que l'offre de services à Saint-Pascal est maintenant moins importante.

Il faut prendre ça collectivement. Moi et ma conjointe tenons notre restaurant à bout de bras, 7 jours sur 7, depuis 14 ans. On ne peut pas en faire plus. Il faut qu'on pense un peu à nous, là-dedans.

Patrick Bergeron, propriétaire du Resto-Pub Le Saint-Pascal

Patrick Bergeron a la réputation de prendre soin de ses employés. L'an dernier, dans le but de remercier « son monde », il leur avait offert un voyage dans le sud. On est convaincus que notre clientèle va comprendre notre approche et va accepter qu'on se donne un peu de repos, conclut le propriétaire.

Des passeports de pays différents.

Martin Vézina, porte-parole de l'ARQ, croit qu'un assouplissement des règles sur l'immigration pourrait contribuer à ce que des nouveaux arrivants puissent pourvoir les postes disponibles en restauration.

Photo : iStock

Des solutions nécessaires

Selon le responsable des communications et des affaires publiques à l'Association Restauration Québec (ARQ), Martin Vézina, l'heure est aux solutions. Il constate que le cas vécu à Saint-Pascal est endémique au Québec, il souligne que le Bas-Saint-Laurent a ses particularités dans le domaine de la restauration.

Ce qui caractérise le Bas-Saint-Laurent par rapport aux autres régions, c'est que les emplois de restauration sont souvent saisonniers. Comme les travailleurs préfèrent des emplois stables sur une base annuelle, ils sont tentés d'aller ailleurs, explique-t-il.

C'est pourquoi M. Vézina croit que le prêt de travailleurs saisonniers peut représenter une solution. Il faut cependant s'assurer que le travailleur revienne par la suite, ajoute-t-il.

Il faut comprendre que le problème est aussi démographique. Ce qu'on a constaté, c'est que le bassin de travailleurs, de jeunes âgés de 18 à 25 ans, va décroître de 9 % d'ici 2025.

Martin Vézina, responsable des communications et des affaires publiques à l'Association Restauration Québec

M. Vézina ajoute que la restructuration des horaires pour les étudiants collégiaux représente une deuxième solution. C'est environ 50 % des travailleurs disponibles en haute saison. Or, ils sont non-disponibles dès le mois d'août parce que leurs cours recommencent. C'est pourtant là qu'on a besoin d'eux.

Une révision de la loi concernant les pourboires serait aussi de bon ton, selon le porte-parole de l'ARQ. On voit des écarts de salaires de 10 à 12 $ de l'heure entre les serveurs et les gens de cuisine en raison des pourboires. Il faudrait permettre aux employeurs de mettre en place le partage des pourboires pour plus d'équité.

Un assouplissement des règles sur l'immigration, surtout au gouvernement fédéral, est aussi souhaité pour que des nouveaux arrivants ou des travailleurs temporaires puissent rapidement pourvoir les postes disponibles, conclut M. Vézina.

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