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« C’est une grosse opération, gérer un zoo »

Trois des animaux que comptait le Zoo de Saint-Édouard quand les agents de la SPCA sont arrivés sur les lieux, mardi matin.
Trois des animaux que comptait le Zoo de Saint-Édouard quand les agents de la SPCA sont arrivés sur les lieux, mardi matin. Photo: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Julien McEvoy

La SPCA de Montréal a procédé mardi matin à l'arrestation d'un propriétaire de zoo à Saint-Édouard-de-Maskinongé, accusé de cruauté et de négligence envers les animaux. Normand Trahan avait déjà reçu de nombreux constats d'infraction de la part du ministère de l'Agriculture. Mais comment sont gérés les zoos au Québec?

Il existe neuf types de permis de garde d’animaux en captivité, tous délivrés par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). De ce nombre, le permis professionnel de garde d’animaux, qui compte six classes, est celui qui nous intéresse.

« Une trentaine de permis [professionnel de garde d’animaux] sont en vigueur au Québec actuellement. On a beaucoup de classe 2, donc des petits centres d’observation de la faune qui ont parfois quelques animaux indigènes, et peut-être une dizaine [de classe 5 ou 6], qui ont des installations comparables ou plus grandes que le zoo de St-Édouard », énumère Frédérick Lelièvre, biologiste au MFFP.

Une des conditions à l’obtention de l’un ou l’autre de ces permis est de ne pas avoir été déclaré coupable, au cours des cinq années précédant la demande, d’une infraction aux articles du Code criminel qui concernent les animaux (articles 444 à 447.1).

Une fois le permis obtenu, le propriétaire devra décider s’il veut que son zoo soit accrédité. C’est l’organisme privé Aquariums et zoos accrédités du Canada (AZAC) qui se charge de ce processus. L’AZAC, qui compte sept établissements québécois dans ses rangs, assure notamment un niveau élevé de standards en matière de bien-être des animaux.

Des bêtes du zoo de St-ÉdouardDes bêtes du zoo de St-Édouard Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mais « une institution qui est accréditée va plus loin » que ça, explique Karl Fournier, directeur des soins animaliers au Zoo de Granby, membre de l’AZAC.

Ce n’est pas seulement de montrer des animaux aux gens, c’est aussi un rôle d’éducation, ce qui est primordial.

Karl Fournier, directeur des soins animaliers au Zoo de Granby

Tous les zoos accrédités doivent notamment avoir des projets in situ, poursuit M. Fournier. Ils doivent en d’autres mots être sur le terrain pour faire de la sauvegarde d’espèces.

« Un des gros problèmes qu’on a, et c’est pourquoi les institutions accréditées du Canada demandent que les lois soient resserrées, c’est que les provinces n’ont pas toutes les mêmes lois et les mêmes règles. Malheureusement, on trouve qu’il y a encore beaucoup trop de zoos qu’on appelle des roadside zoos, qui n’ont pas de niveau d’accréditation et où, dans certains cas, la façon de garder les animaux peut être questionnable », expose l’expert en soins animaliers.

« Une grosse opération »

« C’est une grosse opération, gérer un zoo », continue la directrice générale du Zoo sauvage de Saint-Félicien, Lauraine Gagnon, qui gère une institution elle aussi accréditée.

Les opérations sont complexes, dit-elle, et dépassent de loin l’obtention du permis, notamment en médecine préventive et curative. « On doit s’occuper des animaux, on fait maintenant de l’entraînement, de l’enrichissement, ça a beaucoup changé », explique-t-elle.

« Ça prend des sous aussi, notamment pour avoir un vétérinaire à temps plein. Ça prend des techniciens, par exemple pour l’alimentation et les programmes alimentaires. Ça prend des ressources à l’interne, on a besoin de gens compétents, des gardiens qui ont des formations », poursuit Mme Gagnon.

« On a des très bons endroits au Québec. Il y en a qui ont plus de correctifs à apporter que d’autres, ça fait partie des choses qu’on doit gérer. On fait beaucoup de suivis », assure le biologiste du MFFP, M. Lelièvre.

Une bête du zoo de St-ÉdouardUne bête du zoo de St-Édouard Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Peu d’inspections?

Quel que soit le permis qu’un zoo s’est vu octroyer, il doit être renouvelé chaque année auprès du MFFP. « On doit entre autres montrer qu’on a un contrat de service avec un médecin vétérinaire, on doit donner la liste de tous les animaux qu’on a », illustre la DG du Zoo de Saint-Félicien.

Québec a par ailleurs revu son règlement l’automne dernier afin de le resserrer un peu. « Ils ont adopté des standards un peu plus élevés, croit Karl Fournier. Avant, c’était très facile d’avoir un permis zoologique. »

Au cours des dernières années, explique Frédérick Lelièvre, du MFFP, les gens sont devenus plus sensibles au bien-être animal, mais surtout, les employés du ministère se sont rendus compte qu'ils manquaient d'outils légaux lors de certains suivis. « Ça a mené à une révision complète de la réglementation, on a augmenté et précisé les règles pour la garde d’animaux en captivité », dit-il.

Le MFFP s’occupe aussi des inspections, afin de veiller à ce que tout soit en règle et que les zoos du Québec respectent la loi. En revanche, il n'existe pas d’inspection annuelle systématique.

Le directeur des soins animaliers évoque les compressions budgétaires au MFFP survenues « il y a quelques années ». « C’est certain que, maintenant, les ressources sont un peu plus limitées, donc ils [les inspecteurs du MFFP] ne font pas nécessairement des inspections systématiques dans toutes les institutions, dit-il. Par contre, à partir du moment qu’ils ont des doutes ou des plaintes, ils vont aller s’assurer que le tout est adéquat. »

« Je ne sais pas d'où [M. Fournier] tire son information, car au cours des dernières années, au contraire, on fait beaucoup plus d'inspections relatives à la garde en captivité que ce qu'on a déjà fait dans le passé », rétorque M. Lelièvre.

Quant aux zoos non accrédités, comme celui de Saint-Édouard-de-Maskinongé, ils seraient encore plus nombreux en Ontario. « C’est une des provinces canadiennes où il y a beaucoup de ces zoos-là, qui ont des niveaux de garde d’animaux un peu plus questionnables », conclut Karl Fournier.

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