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La Commission scolaire Pointe-de-l’Île cherche 208 classes d’ici 2022

Des parents et enfants fréquentant l'école General Vanier manifestent pour conserver leur école. Photo: Radio-Canada / Pierre Deshaies
Jean-Philippe Robillard

Deux écoles de l'est de Montréal, deux réalités opposées : celle de l'école Saint-Vincent-Marie, où un placard fait office de bureau, et celle de l'école General Vanier, où des classes sont réservées à l'aide aux élèves en difficulté. Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, annonçait récemment son intention de procéder, en septembre, au transfert de trois écoles du réseau anglophone vers la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île.

Nous sommes allés visiter l'école primaire Saint-Vincent-Marie, à Montréal-Nord. Un établissement situé en milieu défavorisé qui accueille beaucoup d'immigrants.

Chaque semaine, cette école reçoit de nouveaux élèves. Si bien qu'aujourd'hui, l'école est surpeuplée. Pour le directeur Stéphane Gemme, chaque jour représente un défi. « On sait qu'à la Commission scolaire, on accueille entre 25 et 30 nouveaux élèves chaque semaine; donc, ça amène une pression. Chaque semaine, on a des nouveaux élèves. Hier, on en a accueilli deux nouveaux, alors que je n'ai plus de locaux pour les accueillir. »

Deux nouveaux élèves, même si l'école est déjà remplie au maximum. 765 élèves s'y entassent, tandis que l'école a été construite pour en accueillir environ 700. Il manque tellement d'espace dans cet établissement que les élèves et les enseignants en subissent les contrecoups. Les locaux de musique et d'art plastique ont disparu, et le nouveau bureau de l'enseignante d'art plastique a été aménagé dans un placard.

On lui a pris un petit garde-robe au fond du local et on lui a fait un bureau.

Stéphane Gemme, directeur de l'école Saint-Vincent-Marie

Le directeur affirme que tout a été fait pour que l'enseignante puisse travailler efficacement dans son nouveau bureau. « On [le] lui a aménagé du mieux qu'on pouvait. On lui a amené une prise de courant, on lui a amené un lien pour brancher son ordinateur, mais c'était le seul espace qui nous restait de disponible. »

Chantal Vigneux assise à son bureau dans un petit local où les meubles s'entassent.L'enseignante d'art plastique Chantal Vigneux travaille dans un ancien placard. Photo : Radio-Canada / Pierre Deshaies

L'enseignante d'art plastique Chantal Vigneux déplore de devoir travailler dans un placard pour gagner sa vie. « On a fait des études, on essaie d'être professionnel, d'aller chercher le plus de potentiel possible dans nos élèves, mais nous, on a de la misère à avoir les ressources nécessaires pour aller vers ça. »

Le directeur Stéphane Gemme regrette qu'une de ses enseignantes doive endurer une telle situation. « Je trouve ça dommage; quand on parle de valoriser la profession enseignante, on en est loin. C'est ridicule. »

Les besoins de locaux sont tels à l'école que quatre spécialistes doivent maintenant se partager un bureau qui était auparavant occupé par une seule personne. Pour le directeur, ce n'est pas des conditions de travail idéales. « Si c'était pour un mois ou deux, de façon temporaire, les enseignants s'y accommoderaient, mais quand c'est à longueur d'année, c'est épuisant. »

Le directeur tient aussi à nous montrer un placard où sont entreposés les instruments de musique de l'école depuis que le local de musique a fait place à une classe ordinaire.

« L'enseignant de musique, il ne peut pas se déplacer avec tous les instruments de musique. Donc il doit se limiter à des petits instruments qu'il déplace de classe en classe. Donc on a plus de 20 000 $ d'instruments de musique qui dorment dans des boîtes, faute de pouvoir les déplacer. »

C'est la réussite des élèves qui va en souffrir.

Stéphane Gemme, directeur de l'école Saint-Vincent-Marie

Si rien ne change d'ici septembre, le directeur Stéphane Gemme craint que la bibliothèque de l'école ne disparaisse à la prochaine rentrée scolaire. « Je pense qu'il y a peut-être des décisions qui n'ont pas été prises dans les dernières années de façon à s'assurer qu'il y a des locaux suffisants dès cette année et l'an prochain. »

Pendant ce temps à l'école General Vanier

Alors que les besoins sont criants à l'école primaire Saint-Vincent-Marie, à l'école anglophone General Vanier – que le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, veut transférer à la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île –, la situation est bien différente.

L'établissement n'est pas surpeuplé.

Il y a 8 classes qui sont vides qui seraient disponibles.

Patricia Lattanzio, commissaire à la Commission scolaire English Montreal

Dans cette école, on compte 200 élèves, mais elle pourrait en accueillir deux fois plus. On constate en se promenant dans les corridors de l'établissement qu'il n'y a pas de classes bondées. Nous avons même visité un local qui était vide au moment de notre passage. Une situation qui a rendu la commissaire qui nous accompagnait dans notre visite des lieux visiblement mal à l'aise.

Une classe vide sans élève, avec des bureaux et des chaises.Une classe de l'école General Vanier qui fait l'envie de la Commission scolaire Pointe-de-l'Île. Photo : Radio-Canada / Pierre Deshaies

« Il ne faut pas confondre le fait que, parce qu'elle est vide présentement, elle n'a aucune utilité. C'est une classe dans laquelle les élèves avec des besoins particuliers reçoivent des services psychologiques, d'orthophonie. Il y a une panoplie de services. »

Les deux autres établissements visés par le ministre Roberge sont l’école primaire Gerald McShane ainsi que l’école secondaire John Paul I. Les taux d’occupation varient de 50 à 60 %.

Pour conserver ses trois écoles, la Commission scolaire English Montreal a fait quelques propositions, dont celle de céder le centre d'éducation aux adultes Galileo, qui compte plus d'une cinquantaine de classes. Une solution qu'a rejetée le ministère à cause de la clientèle vulnérable qui fréquente cet établissement.

On veut dépanner, on veut venir en aide, mais aussi il faut reconnaître les droits des anglophones.

Patricia Lattanzio, commissaire à la Commission scolaire English Montreal

La question divise les commissaires anglophones. La majorité d'entre eux restent campés sur leur position. Ils n'arrivent pas à s'entendre sur les suites à donner à la demande du ministre. Résultat : il n'y a toujours pas de nouvelles propositions sur la table.

Certains souhaitent une cohabitation avec les francophones, alors que d'autres veulent se tourner vers les tribunaux pour faire valoir leurs droits, selon la commissaire Patricia Lattanzio. « Pour les anglophones minoritaires, les institutions anglophones [...] c'est représentatif de leurs droits. Ils sont protégés par la Constitution, par la charte. » Elle ajoute : « Je vous dirais que les parents ne se sentent pas représentés en ce moment par ce gouvernement qui, disons-le, a été élu en région. »

Une porte-parole de la Commission scolaire Pointe-de-l’Île affirme qu'il lui manque 156 locaux pour la prochaine rentrée au primaire seulement, sans compter les maternelles 4 ans. Ce qui porte le total à 208 classes en 2022.

Selon les explications de la CSPI, deux éléments majeurs ont modifié ses besoins de façon importante :

  1. l'accueil de 1000 élèves de plus que la prévision du ministère (due principalement à l'immigration massive);
  2. la révision de l'indice de défavorisation.
    Onze écoles de plus ont été classées en milieu défavorisé en novembre dernier. Cela implique que l'an prochain, pour chacune de ces écoles, les ratios élèves/enseignant seront abaissés. Une décision qui nécessite, selon la CSPI, 25 % de plus de locaux par école.

Si vous avez une histoire à raconter, vous pouvez joindre Jean-Philippe Robillard.

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