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Du cobalt congolais raffiné en Ontario

Le centre-ville de Cobalt, en Ontario.
La raffinerie de Cobalt doit rouvrir d’ici deux ans. Photo: Radio-Canada / Lisa-Marie Fleurent
Fanny Geoffrion

ENTREVUE – La minière canadienne First Cobalt a annoncé mardi la reprise des activités de sa raffinerie de cobalt, fermée depuis cinq ans, dans la ville du même nom du Témiscamingue ontarien.

La minière a signé une entente avec le groupe Glencore, chef de file mondial dans l’extraction et le courtage de minerai, qui fournira le cobalt comme matière première, ainsi qu’un financement d’environ 40 millions de dollars pour rouvrir l’usine d’ici 18 à 24 mois.

Cette entente se situe dans un contexte où les États-Unis tentent de trouver un partenaire minier qui pourrait raffiner le cobalt en Amérique du Nord plutôt qu’en Chine.

Nous nous sommes entretenus avec Trent Mell, directeur général de l’entreprise canadienne First Cobalt, alors qu’il sortait tout juste d’une réunion d’affaires à Washington.

Trent Mell est PDG de First Cobalt.Selon le PDG de First Cobalt, Trent Mell, la minière First Cobalt est la seule en Amérique du Nord pouvant produire du cobalt destiné à la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Photo : First Cobalt

Pourquoi la transformation du cobalt en sol nord-américain est-elle devenue un enjeu?

Réponse : C’est un minerai qui a été déclaré comme étant critique par le président [Donald Trump], il y a environ un an, compte tenu du fait que c’est surtout extrait au Congo, et par la suite raffiné en Chine. Et donc on cherche une façon d’améliorer l’accès au cobalt aux États-Unis. Donc la raffinerie au Canada, ce serait une partie de la solution. Ce dont on a besoin c’est un produit chimique, une poudre rouge, qu’on utilise dans les batteries des véhicules électriques, les téléphones cellulaires et les ordinateurs. Cette forme de cobalt n’est pas produite en Amérique du Nord et c’est une partie du marché qui est en forte croissance.


Mais qu’en est-il de l’extraction de cobalt en Amérique du Nord?

Réponse : Actuellement, nous n’avons pas de mine de cobalt en Amérique du Nord. On a plusieurs sites miniers notamment en Idaho, aux États-Unis, mais nous en avons encore pour au moins trois ans avant de passer à la production. Donc l’entente signée aujourd’hui permet d’aller chercher le produit au Congo et de l’importer en Amérique du Nord pour le raffiner. Le Congo compte pour 70 % de la production mondiale de cobalt et environ 100 % de cette production se retrouve sous le contrôle des raffineries chinoises. La relation actuelle entre la Chine et les États-Unis a un impact important si l’on considère que pour 100 % des besoins en cobalt pour les batteries, nous dépendons du marché chinois. Nous avons dépensé 10 millions de dollars sur deux ans pour forer des sites, qui demeurent intéressants, mais dont on n’a toujours pas défini le potentiel. Nous en avons encore pour plusieurs années de recherche. Je dirais que le site le plus avancé se trouve en Idaho.


Quel sera l’impact économique de l’entente pour la ville de Cobalt?

Réponse : Je pourrais envisager une trentaine d’emplois permanents, pour une usine qui pourrait avoir facilement une vie de 25 ans. Pour la période de construction peut-être une centaine d’emplois, plus l’impact indirect des investissements de 40 millions de dollars. Et là, on ne compte pas les effets multiples indirects comme les impôts versés.


Qui seront les acheteurs de ce cobalt raffiné en Amérique du Nord?

Réponse : Il y a quatre constructeurs automobiles mondiaux avec lesquels nous sommes en discussion, tous présents en Amérique du Nord. Notre production de 2500 tonnes de cobalt par année pourrait approvisionner annuellement une de ces compagnies, pour produire des batteries de véhicules électriques. Nous allons travailler avec Glencore pour conclure une entente avec une seule compagnie. Nous avons la capacité de doubler la production de la raffinerie. Une fois que nous aurons démarré, on pourra passer à 5000 tonnes par année et signer un contrat avec avec un deuxième constructeur automobile.


Comment vous assurez-vous que le cobalt en provenance de la République démocratique du Congo est extrait de façon responsable?

Réponse : Si on regarde les mines artisanales au Congo, la majorité d'entre elles font leur possible pour s'assurer que leurs pratiques soient plus ou moins conformes aux normes – entre autres pas de travail des enfants – mais il y a plein d'exceptions à ça. En faisant affaire avec Glencore, nous ferons affaire avec de grosses mines commerciales. Nous avons bon espoir, non seulement nous, mais même Amnistie internationale, que ce sont des mines comme on en verrait partout dans le monde, avec de l'équipement, des procédures et des pratiques de ressources humaines de premier ordre. Je ne voulais absolument pas faire affaire avec des mines artisanales, je voulais m'assurer que tout soit fait de façon responsable. Glencore a son propre système de responsabilité sociale. Je ne pourrais pas imaginer un meilleur partenaire au Congo que Glencore, justement pour donner à nos clients et investisseurs la certitude qu’on ne s’engage pas dans des pratiques qui ne sont pas responsables.

Toronto

Métaux et minerais