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Legault veut qu'Hydro-Québec négocie directement la vente d'électricité avec New York

François Legault, à l'extérieur, s'adressant aux journalistes.

François Legault s'est donné pour mission d'« accélérer » le processus de négociation pour alimenter la Grosse Pomme en hydroélectricité.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au troisième jour de sa mission économique aux États-Unis, mardi, le premier ministre du Québec, François Legault, mène toujours sa campagne de séduction à New York, avec l'intention de tripler la vente d'hydroélectricité québécoise. Mais son objectif se bute contre certains obstacles.

D'abord, Hydro-Québec et la Ville de New York, première ville en importance aux États-Unis, doivent s'entendre sur le prix de vente de l'électricité.

Ensuite, elles doivent trouver un accord sur la façon dont se ferait le transport de l'électricité du Québec vers la ville de New York.

M. Legault a clairement indiqué qu'il désirait qu'Hydro-Québec négocie directement ces deux enjeux avec les autorités municipales.

Or, le fonds d’investissement Blackstone tente de s'imposer comme intermédiaire entre Hydro-Québec et la métropole américaine dans la négociation du contrat. L'entreprise a déjà reçu l'approbation pour le projet de ligne électrique Champlain Hudson Power Express (CHPE), entre le Québec et la région métropolitaine new-yorkaise, et détient les droits pour faire passer les fils sous le lac Champlain.

François Legault a rencontré ses dirigeants en matinée, et l'intervention de Blackstone ne semble pas lui plaire.

Je veux qu’on reprenne un peu le contrôle des négociations sur le prix, donc qu'Hydro-Québec négocie directement avec la Ville de New York.

François Legault, premier ministre du Québec

« J’ai été clair avec Blackstone à l’effet qu’on pouvait trouver quelqu’un d’autre pour financer, mais eux nous disent : "Non, non, on est raisonnable". Moi, je veux qu’Hydro-Québec soit inclus dans les discussions et qu’on s’assure de savoir qui n’est pas raisonnable, si c’est le cas », a-t-il dit un peu plus tard aux journalistes.

« Je pense que j’ai compris que Blackstone est intéressé à ce qu’il y ait une négociation qui soit faite à trois. Il y a trois parties, et c’est important que ces trois parties-là s’entendent, négocient et concluent », a-t-il ajouté.

La présence d'un troisième joueur dans ce type de projet n'est pas anormale, signale le directeur des médias et des relations externes chez Hydro-Québec, Serge Abergel. « Lorsqu’on négocie des projets de l’autre côté de la frontière, on a toujours un partenaire avec nous », a-t-il indiqué en entrevue à ICI RDI.

La société d'État s'est par exemple associée à la Central Maine Power pour son projet de ligne de transport d'hydroélectricité visant à approvisionner le Massachusetts, avec lequel elle a conclu l'an dernier un contrat d'approvisionnement en électricité d'envergure historique.

Le fait que Blackstone détienne déjà des permis est un atout « parce que ça nous permet de prendre action rapidement », estime M. Abergel.

Le premier ministre Legault a par ailleurs défendu sa décision de ne pas avoir invité le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, à participer à cette mission économique.

M. Legault s'est entretenu, lundi, avec le maire adjoint de la Ville, Dean Fuleihan, qui aurait aimé rencontrer M. Martel pour discuter du projet de vente d’hydroélectricité.

Sa présence n'était pas nécessaire, a-t-il soutenu.

« Moi, ce que je voulais surtout, c’était [qu'on] se met[te] d’accord pour que ça aille plus vite, qu’on fasse un deal. La Ville de New York est intéressée à avoir plus d’hydroélectricité, et nous, on est intéressés à en fournir plus et on a des surplus, a-t-il affirmé. Maintenant, pour ce qui est de la négociation des coûts, des prix, des tarifs de la ligne de transmission, les gens vont pouvoir se parler dans les prochains jours, les prochaines semaines. »

Entrevue avec Serge Abergel, directeur des communications chez Hydro-Québec

Les surplus d'Hydro-Québec suffisants

Hydro-Québec soutient que ses surplus actuels sont suffisants pour exporter de l'électricité non seulement vers la ville de New York, mais aussi dans l’État de New York et au Massachusetts.

La société d'État québécoise doit fournir au Massachusetts un peu plus de 9 térawattheures d'hydroélectricité pour les 20 prochaines années dans le cadre du projet de ligne de transmission Northern Pass.

La ligne de distribution du CHPE permettrait quant à elle d'acheminer 8 térawattheures d'électricité à la région de New York, selon Hydro-Québec.

« On est en mesure de répondre à ces besoins avec la capacité actuelle, alors nous n’avons pas besoin de nouvelles constructions, a assuré M. Abergel. Mais, à terme, la tendance est claire : le nord-est des États-Unis est en démarche de décarbonisation. Avec les changements climatiques, les besoins sont là », a-t-il ajouté, évoquant la construction potentielle de nouveaux ouvrages à « l’horizon 2022 ».

Le mois dernier, le maire de New York, Bill de Blasio, a d'ailleurs dévoilé le plan d'action de la métropole américaine pour lutter contre les changements climatiques, qui prévoit notamment que toutes les infrastructures publiques de sa ville soient alimentées par de « l'hydroélectricité canadienne zéro émission » de gaz à effet de serre. Il a dit vouloir une entente signée avant la fin de l'année 2020.

Hydro-Québec avait réagi à la nouvelle en indiquant qu'elle « sera heureuse de poursuivre les discussions avec la Ville de New York » pour concrétiser le projet de la ligne CHPE.

Les câbles seraient enfouis, sous terre et sous l'eau, sur une distance de plus de 530 kilomètres. Selon les informations disponibles en ligne, le projet est sur la table depuis plus de 10 ans déjà.

D'après une fiche technique déposée sur un site Internet consacré au projet, l'échéancier initial prévoyait le début de la construction en 2018 et la mise en service du réseau en 2021.

Présentement, 5 % de l’énergie de New York provient du Québec.

L'analyse de Geneviève Tellier, professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

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François Legault, qui est notamment accompagné dans son voyage par le chercheur de renommée internationale en intelligence artificielle Yoshua Bengio, a également annoncé des investissements de l'entreprise américaine en collecte de données Collective[i], qui ouvrira un bureau à Montréal.

La valeur des investissements n'a pas été révélée, mais le projet créerait une trentaine d’emplois d’ici 2020, rémunérés 130 000 $ par année.

« Nous avons trouvé le bassin de talents de Montréal compétitif, diversifié et dynamique », a déclaré en français la cofondatrice de l'entreprise, Heidi Messer, aux côtés de François Legault. « Au début, j’étais sceptique, a-t-elle dit en souriant au premier ministre. Cependant, l’analyse de rentabilité était solide – des universités incroyables, une politique d’immigration claire et cohérente qui reconnaît que le talent actuel est mobile – et méritait d’être défendue. »

Le premier ministre a également visité les bureaux de Facebook à New York dans l'espoir de tenter de convaincre ses dirigeants d’investir au Québec.

Il se rendra mercredi à Washington, où il rencontrera des dirigeants politiques, dont l'identité n'a toujours pas été dévoilée.

Avec des informations de Sébastien Bovet

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