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Fin de mandat : un premier bilan du gouvernement Pallister

Un montage de trois photos verticales montrant trois hommes en action, en train de parler lors de discours ou conférences de presse.

Le chef du Parti progressiste-conservateur du Manitoba, Brian Pallister, le chef du NPD, Wab Kinew et le chef du Parti libéral, Dougald Lamont.

Photo : Radio-Canada

Camille Gris Roy

Le 19 avril 2016, les progressistes-conservateurs du Manitoba menés par Brian Pallister ont remporté une forte majorité à l'Assemblée législative, raflant 40 des 57 sièges. Un peu plus de trois ans plus tard, en pleine réforme des systèmes de santé et d'éducation, le parti pourra-t-il répéter une telle performance?

Brian Pallister a réalisé plusieurs promesses de campagne dans son premier mandat, notamment sur le plan fiscal.

Il s’est attaqué au déficit, évidemment, en sabrant les dépenses un peu partout et dans la machine gouvernementale, mais ça semble donner des résultats. On peut prévoir que le déficit va baisser de centaines de millions de dollars et c’était sa grande priorité, note Raymond Hébert, professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface.

Mercredi, le premier ministre a annoncé la date des prochaines élections provinciales, qui auront lieu le 10 septembre. Brian Pallister n'a pas précisé le moment exact où il allait déclencher la campagne, qui pourrait durer 28 ou 34 jours.

Son autre engagement phare : baisser la taxe de vente provinciale d’un point de pourcentage. Six ans après que l’ancienne administration néo-démocrate a augmenté cette taxe à 8 %, le gouvernement PC a prévu de la ramener à 7 % le 1er juillet 2019.

Un grand homme, debout devant un micro, parle à une assemblée de journalistes. Derrière lui, une bannière qui indique « Getting the job done, Budget 2019 ».

Le premier ministre Brian Pallister, lors d'un point de presse après le dépôt du budget 2019 dans lequel le gouvernement annonce la baisse de la taxe de vente provinciale, de 8 à 7 %.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

C’est un gouvernement conservateur axé sur le contrôle des dépenses et sur ce plan-là, les Manitobains ont élu le gouvernement qu’ils voulaient à l’époque, résume Raymond Hébert. Il avait eu un mandat très solide, alors ils l’utilisent pleinement.

Reste à voir si lors de ces élections, les gens vont être satisfaits de cette direction-là, ou est-ce qu’ils verront au contraire les implications concrètes des démarches du gouvernement sur leur vie quotidienne.

Raymond Hébert, politologue

Car le gouvernement a aussi entamé de grandes réformes – d’abord en santé, puis en éducation – qui ont créé beaucoup de remous et de perturbations.

La réorganisation globale du système de soins de santé, et la fermeture planifiée de trois salles d’urgence à Winnipeg en particulier, monopolisent les débats à l’assemblée depuis le printemps 2017. Ces changements sont régulièrement l’objet de manifestations.

Des infirmiers et autres professionnels de la santé marchent dans la rue avec diverses pancartes.

Des professionnels de la santé ont manifesté cette semaine pour réclamer que l'urgence de l'Hôpital Seven Oaks, qui doit fermer en septembre, reste ouverte.

Photo : Radio-Canada / Tyson Koschik

L’analyste politique Roger Turenne pense que c’est en grande partie là-dessus que sera jugé le gouvernement sortant.

Il rappelle que les progressistes-conservateurs sont arrivés au pouvoir en 2016 dans un contexte bien particulier.

C’était un référendum sur le gouvernement [de Greg] Selinger et les Manitobains voulaient se débarrasser du NPD. Alors le contenu de la plateforme, ça ne rimait pas à grand-chose.

En dehors de la réduction de la taxe de vente, il n’y avait pas beaucoup de substance, estime Roger Turenne. Et la promesse la plus importante, peut-être, c’était de réduire les dépenses sans affecter les services directs à la population. Ils ont réussi dans la première moitié de cet engagement, mais pas dans la deuxième. On voit des réductions des services notamment dans le domaine de la santé, l'éducation, les dépenses en infrastructures et autres.

Thèmes de campagne

Santé, éducation et services de première ligne se dessinent donc comme des thèmes prédominants de cette campagne à venir.

Roger Turenne identifie aussi un autre sujet de critique : la pertinence même d'une campagne électorale en août et septembre.

Il n’y a absolument personne qui voulait une élection cette année. Ni dans les médias, ni dans les milieux d’affaires, ni parmi la population ou du côté de l'opposition.

Roger Turenne, analyste politique

C’est une élection qui aura été déclenchée dans une mesure cynique de profiter des faiblesses de l’opposition pour se faire réélire, interprète-t-il. Alors ça va être un point d’attaque des partis d'opposition, je pense, pour un peu ternir l’image de marque [du gouvernement].

Le premier ministre Brian Pallister tourne son regard vers la droite.

Brian Pallister lors du discours du Trône le 20 novembre 2018

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Il arrive parfois que le cynisme soit tellement extrême que ça rebute la population, prévient toutefois l'analyste.

Il considère que la raison profonde de la campagne restera un mystère. Comme il arrive souvent avec ce gouvernement, ce n’est pas une décision collective, ce n’est pas planifié, c’est dans la tête de Pallister. C’est un “one man show” et même ses propres ministres, parfois, ne savent pas trop dans quelle direction il veut se lancer.

Style de leadership et conflits

Au cours de son premier mandat, on a vu le style de leadership de Brian Pallister, en tant que premier ministre, se préciser.

C’est un style plutôt autocratique, observe Raymond Hébert. Il ne consulte pas vraiment et impose sa volonté de façon plutôt autoritaire. Ça peut être une bonne chose pour lui : par exemple, dans la réforme du système de santé, je pense qu’il tient bon. Mais par contre, ça peut lui jouer des tours en menant à une certaine insensibilité aux répercussions politiques.

C'est une approche de confrontation aussi, dans certains cas.

Peu de temps après son accession au pouvoir, Brian Pallister montrait déjà son désaccord avec le fédéral, d’abord sur la question des transferts en santé. Pendant longtemps, la province a refusé de signer un accord bilatéral avec Ottawa, jugeant l’offre du fédéral insuffisante pour ses besoins, et elle sera finalement la dernière à le faire. Une entente de principe est signée en août 2017 après des mois de négociations, mais l’accord ne sera entériné que 18 mois plus tard.

Le premier ministre Justin Trudeau (à d.) en entretien avec son homologue manitobain Brian Pallister à Winnipeg

Le premier ministre Justin Trudeau (à d.) en entretien avec son homologue manitobain Brian Pallister à Winnipeg en juillet 2017.

Photo : Radio-Canada

Les visions de Brian Pallister et de Justin Trudeau s’entrechoquent sur le dossier de la taxe carbone. Ottawa avait demandé à chaque province d’établir un prix sur la pollution. Le Manitoba accepte d’abord, puis se rétracte, jugeant qu’Ottawa n’estime pas le plan manitobain à sa juste valeur. En fin de compte, c’est le plan de Trudeau qui sera imposé aux Manitobains, mais la bataille ne s’arrête pas là puisque la province a décidé d’aller en cour.

La taxe carbone pourrait d’ailleurs bien s’imposer comme un autre enjeu de campagne. Pallister fait comme les autres premiers ministres, Jason Kenney, Scott Moe, c’est-à-dire miser beaucoup là-dessus parce que cette taxe-là, il faut se rendre à l’évidence, est très impopulaire, fait remarquer Raymond Hébert.

Au niveau plus local, le premier ministre entretient des relations tendues avec le maire de Winnipeg. Brian Bowman, lui-même issu de la famille conservatrice, se montrait au début plutôt satisfait du gouvernement Pallister, mais les deux ordres de gouvernement s’affrontent maintenant sur des questions de financement partagé, en matière d'infrastructures notamment. Comme plusieurs, Brian Bowman a récemment souligné un problème de communication avec le premier ministre.

C’était aussi la raison citée par Sandy Riley, ex-président du conseil d’administration d’Hydro Manitoba, lorsque lui et d’autres collègues ont démissionné en bloc au printemps 2018. L’ancien administrateur, lui aussi d’allégeance conservatrice et qui avait été nommé par Brian Pallister, soutenait qu’il n’était pas possible d’avoir une rencontre avec le premier ministre pour discuter des défis rencontrés par la société d'État.

Le premier ministre a rejeté ces accusations, déclarant qu’il y avait, au coeur de ces démissions, une mésentente au sujet d'un accord de près de 70 millions de dollars avec la Fédération métisse du Manitoba (MMF) en échange de son soutien à des projets hydroélectriques.

Un homme en habit traditionnel Métis, avec des fleurs brodées multicolores, parle à des journalistes.

Le président de la Fédération métisse du Manitoba, David Chartrand, lors d'une conférence de presse sur « l'affaire Hydro-Manitoba ».

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Ce qui amène à un autre conflit, cette fois entre le premier ministre et les Métis. Le président de la MMF n’a pas mâché ses mots au sujet de Brian Pallister, l’accusant « de jouer sur les préjugés à l'encontre des peuples autochtones pour diviser les Manitobains ». Et la tension n’est pas retombée.

« L’affaire Costa Rica »

Sa maison de vacances au Costa Rica est un autre élément du portrait Pallister. Au début de son mandat, on apprenait qu’il comptait y passer « de six à huit semaines par année ». Puis il y a eu l’affaire de ses communications avec son équipe lorsqu’il est dans ce pays d’Amérique centrale, et enfin de ses taxes, qu’il a finalement payées.

Si ce sujet fait encore régulièrement l’objet de railleries et critiques de l’opposition, Raymond Hébert doute que ce soit ce qui retiendra vraiment l’attention des Manitobains pendant la campagne.

« Finalement il a payé ses taxes, ça devrait être la fin de l’histoire. Je ne vois pas ça comme un enjeu très important aux élections. Il faut miser beaucoup plus sur ses politiques dans le domaine de la santé, l’éducation, les grands dossiers. »

Et en face?

De l’autre côté de la chambre, Brian Pallister aura eu droit à une opposition plutôt faible pendant trois ans.

Le NPD, qui sortait d’une crise interne et d’une dure défaite aux élections, a dû se choisir un nouveau chef en 2017. La course au leadership, qui n’a pas été sans remous, a montré que les divisions persistaient.

Raymond Hébert estime toutefois que Wab Kinew s’impose progressivement depuis son élection à la tête du parti. Je pense qu’il a réussi à consolider son leadership au sein de son caucus et au sein de son parti.

Il note que le NPD pourrait reprendre des sièges dans la ville de Winnipeg. On sait que l’élection va se jouer à Winnipeg puisque les régions rurales sont acquises aux conservateurs.

Wab Kinew debout en chambre, vu de profil, pointe du doigt pour appuyer son propos.

Wab Kinew est chef du NPD du Manitoba depuis septembre 2017.

Photo : Radio-Canada

Mais le NPD peine encore de façon générale, souligne pour sa part Roger Turenne. Si ça allait vraiment mieux, il y aurait beaucoup plus de contributions financières, mais ce n’est pas là. Dans les sondages, il y a une certaine remontée à Winnipeg; mais ce n’est pas énorme.

Ils sont mieux placés, mais ça, c’est un peu un retour à un appui traditionnel au NPD dans ce qui était leurs châteaux forts d’autrefois. Il n’y a pas de mouvance, de vague.

Roger Turenne, au sujet des néo-démocrates

Le Parti libéral a lui aussi traversé des changements : le nouveau chef est parvenu à se faire élire comme député lors d’une élection partielle à Saint-Boniface, permettant au parti d'être officiellement reconnu en chambre.

Mais Raymond Hébert rappelle qu’une tendance s’est établie entre les élections.

Dans les sondages, les gens donnent passablement d’appui au Parti libéral, jusqu'à 20, 22 %, et le jour du vote ça tombe à 10 ou 12 %. On peut donc s’attendre au même “pattern” cette fois-ci. On peut prévoir, basé sur les tendances passées, qu’une bonne partie de l’appui libéral va s’échapper vers d’autres partis, en particulier vers le NPD.

La grande question, c’est de savoir si Dougald Lamont pourra l’emporter une deuxième fois dans une élection générale comme député de Saint-Boniface, estime Raymond Hébert. C’est sûr que le NPD va monter une campagne forte contre Dougald Lamont pour essayer de reprendre le comté.

Tout dépend du choix de leur candidat, renchérit Roger Turenne.

Un homme en gros plan.

Dougald Lamont lors de la campagne dans la circonscription de Saint-Boniface en juillet 2018.

Photo : Radio-Canada

L’une des députés du caucus libéral, Judy Klassen, a annoncé son intention de briguer une candidature libérale aux élections fédérales de l’automne. Perdre une députée sortante n’avantage certainement pas le parti.

Roger Turenne, par ailleurs, pense qu’il faudra garder un oeil sur le Parti vert du Manitoba, après une série de gains verts au pays – plus récemment lors d’une élection fédérale partielle à Nanaimo-Ladysmith.

Il y a quelque chose qui se passe au niveau national et lors d’une élection provinciale, il n’est pas exclu que le Parti vert puisse emporter un siège dans le coin de Wolseley. Ils sont passés près la dernière fois. Et on l'a vu dans d’autres provinces, les chefs des verts se sont fait élire en Colombie-Britannique, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard.

Ça ajouterait au momentum que le parti semble avoir. Donc ce serait un autre élément intéressant. Et un point avantageux pour les progressistes-conservateurs, de « voir les forces progressistes davantage divisées », dit-il.

L’enjeu francophone?

Traditionnellement, les affaires francophones ne sont pas un enjeu de campagne et les francophones ne représentent pas une force électorale qui vote en bloc. Les francophones n’ont pas beaucoup d’influence sur le plan électoral sauf à Saint-Boniface et juste en dehors, au sud de Winnipeg, résume Raymond Hébert.

Dougald Lamont représente bien les francophones [dans sa circonscription] et je pense qu’il est très sensible à ces questions-là, mais sur le plan provincial, ce ne sera certainement pas un enjeu, et je doute que les francophones puissent avoir beaucoup d’influence sur le vote populaire. C’est malheureux, mais c’est une réalité.

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Politique provinciale