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Le français langue seconde moins populaire chez les jeunes Canadiens, selon un sondage

Les jeunes anglophones de 18 à 34 ans sont moins nombreux qu'en 2001 à vouloir que leurs enfants apprennent le français comme langue seconde.

Photo : Getty Images / serts

Abdoulaye Cissoko

Le désir d'apprendre le français en tant que langue seconde est en légère baisse auprès des jeunes Canadiens, selon une étude du Centre Mowat sur la Confédération de demain, même si le bilinguisme demeure populaire au Canada.

L'étude, qui a été menée auprès des moins de 35 ans, démontre que le bilinguisme continue d'avoir le vent en poupe : 82 % des Canadiens appuient le fait que le Canada a deux langues officielles. Si cet appui est plus fort chez les francophones et les allophones, plus de trois anglophones sur quatre appuient aussi ce bilinguisme.

Le sondage montre que 80 % des immigrants et des Autochtones appuient les deux langues officielles.

Andrew Parkin,

Andrew Parkin, directeur du Centre Mowat, de Toronto.

Photo : Mowat Centre

La majorité des Canadiens – trois sur quatre – affirment qu'il est important que leurs enfants parlent une deuxième langue, de préférence une des langues officielles du pays. Toutefois, le français comme langue seconde compte moins d'adeptes chez les jeunes anglophones hors Québec.

Proportion des anglophones* de 18 à 34 ans qui veulent que leurs enfants apprennent le français comme langue seconde

2001 : 75 %

2019 : 61 %

*anglophones de l'extérieur du Québec

Même si la majorité des anglophones pensent au français lorsqu'il est question d'une deuxième langue, il y a une minorité croissante qui pense à d'autres langues.

Andrew Parkin, directeur du Centre Mowat

Proportion des gens qui veulent que leurs enfants apprennent une autre langue que le français ou l'anglais

2001 : 24 %

2019 : 37 %

Pour Valérie Lapointe-Gagnon, professeure d'histoire à la Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta, il n'y a là rien de surprenant. Depuis quelques années, dit-elle, on entend relativement peu parler des questions entourant les langues officielles sur la scène publique.

Valérie Lapointe-Gagnon

Valérie Lapointe-Gagnon, professeure d'histoire à la Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta.

Photo : Far West Productions

L'importance de la promotion

« On en a entendu parler un peu plus avec le 150e anniversaire de la Confédération. Mais j'ai l'impression que, depuis quelques années, c'est moins présent et peut-être qu'avec la mondialisation et l'arrivée de gros joueurs comme la Chine, ça peut être intéressant pour les jeunes de se tourner vers d'autres langues, s'ils comprennent moins l'importance et l'enracinement historique du français au sein du Canada », indique-t-elle.

Le directeur général de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Daniel Boucher, affirme que ce recul du français auprès des jeunes montre la nécessité et l'importance de promouvoir davantage cette langue. Il espère que l'exercice en cours pour moderniser la Loi sur les langues officielles pourra offrir des solutions.

« On considère que cet exercice de modernisation, c'est en grande partie parce qu'on doit avoir une loi solide et en même temps poser des gestes. Et évidemment, avoir des mesures assez [énergiques] pour s'assurer que la promotion de la langue se fait partout au Canada », dit-il.

Selon Daniel Boucher, le rayonnement de la communauté francophone et de son identité sont aussi des éléments importants dans la promotion de la langue. Il est aussi crucial à ses yeux que les gens qui apprennent le français, notamment en milieu minoritaire, puissent l'utiliser dans leur vie quotidienne ou professionnelle.

« Il faut donner l'occasion aux gens de voir l'importance du bilinguisme et faire valoir son importance économique. Quand il y a plus de gens bilingues en mesure de faire des partenariats et des échanges avec l'extérieur du pays, la langue a un attrait particulier », explique-t-il.

Le directeur général de la Société de la francophonie manitobaine, Daniel Boucher

Le directeur général de la Société de la francophonie manitobaine, Daniel Boucher

Photo : Radio-Canada

« Ce sont ces actions qu'on doit entreprendre ensemble avec le gouvernement ou les gouvernements, parce que les provinces sont aussi des joueurs importants. C'est à partir de ces gestes concrets qu'on va pouvoir faire en sorte que le français soit une langue d'attraction pour plusieurs personnes », souligne-t-il.

Au Manitoba, le sondage démontre que 62 % des jeunes interrogés estiment que leurs enfants devraient apprendre une deuxième langue. Sept Manitobains sur dix affirment que celle-ci devrait être le français.

Pas besoin de deuxième langue

Ce qui surprend Andrew Parkin, c'est que les jeunes anglophones hors Québec sont moins nombreux à vouloir que leurs enfants aient une deuxième langue, quelle qu'elle soit.

En 2001, 86 % d'entre eux pensaient qu'il est important que leurs enfants apprennent à parler une deuxième langue. Ils sont 69 % à le penser en 2019, selon le sondage.

« Dans le contexte de la mondialisation et des échanges avec les pays européens et ceux de l'Asie, on est plus connecté avec les gens des autres cultures et d'autres pays. Je ne m'attendais pas à ce qu'on se retrouve plus refermé sur l'anglais », dit Andrew Parkin.

Valérie Lapointe-Gagnon rappelle que des études précédentes démontrent déjà que, si les Canadiens sont nombreux à se dire en faveur du bilinguisme, ils sont aussi moins nombreux à vouloir faire l'effort nécessaire pour apprendre le français.

Elle estime qu'une meilleure promotion de la langue française contribuerait à changer la perception des gens.

Méthodologie

Le sondage a été mené par l’institut Environics en partenariat avec le Centre Mowat, la Canada West Foundation, le Centre d’analyse politique – constitution et fédéralisme, l’Institut de recherche en politique publique et le Brian Mulroney Institute of Government.

Le sondage a été mené en ligne (dans les provinces) et par téléphone (dans les territoires) auprès d’un échantillonnage représentatif de la population de 5732 Canadiens (âgés de 18 ans et plus) entre le 14 décembre 2018 et le 6 janvier 2019.

Les données de 2001 sont tirées de l’étude Portraits of Canada survey menée par le Centre for Research and Information on Canada (CRIC). La catégorisation des répondants (anglophones, francophones et allophones) est basée sur la langue la plus souvent parlée à la maison.

Pour que les comparaisons entre les données de 2001, obtenues par téléphone, et celles de 2019, obtenues en ligne, soient plus justes, on n’a pas tenu compte des réponses « je ne sais pas », généralement plus élevées dans les sondages en ligne.

Manitoba

Francophonie