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  • Archives
  • Au Canada français, le modèle éducatif des collèges classiques est remis en question

    Le journaliste James Bamber interviewe l'étudiant Gilles Courtemanche en 1963.

    Dans les années 1960, le modèle éducatif des collèges classiques est remis en question au Canada français.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Dans la première moitié des années 1960, le collège classique, lieu qui avait formé jusqu'alors les élites du Canada français, est de plus en plus contesté. Retournons grâce à nos archives à cette période charnière de l'histoire de l'éducation au Québec.

    Moi, j’ai personnellement l’impression que le cours classique, dans son orientation générale, permettrait à un individu de s’intégrer dans une société du 18e siècle avec quelques idées générales sur le monde d’aujourd’hui.

    Un étudiant du cours classique, 1964

    Un système avec une longue histoire et qui accumule les critiques

    Les 15-25, 16 novembre 1964

    Le 16 novembre 1964, le journaliste Guy Lamarche de l’émission Les 15-25 interroge des étudiants sur ce qu’ils pensent de ce qu’on appelle alors les collèges classiques.

    Leur évaluation est assez critique et leur conclusion assez unanime.

    Si l’éducation donnée dans les collèges classiques est nécessaire, elle n’est pas adaptée aux besoins et aux réalités du monde moderne.

    L’institution a pris des rides depuis sa création.

    C’est en 1635 que les Jésuites ont fondé à Québec le premier collège classique.

    Inspiré de la philosophie humaniste de la Renaissance, le collège classique formera l’essentiel de l’élite canadienne-française, laïque et ecclésiastique, jusqu’au début des années 1970.

    L’enseignement mettait l’accent sur le latin, le grec, les auteurs anciens, la philosophie, la religion catholique, les langues modernes et les mathématiques.

    Le cours classique était divisé en deux étapes de quatre années chacune : une formation secondaire et une formation collégiale.

    Une fois ce cours terminé, l’étudiant détenait un baccalauréat ès arts qui lui ouvrait les portes de l’université.

    Le cours classique était le privilège de quelques-uns au Canada français. À l’époque, le Québec affichait le taux de scolarisation le plus bas de tout le Canada.

    L'enseignement s'adressait tout d'abord aux garçons. C'est assez tardivement que des collèges classiques ouvrirent pour les filles.

    Sous les gants blancs, une main qui gifle

    Au cours des années 1950, des critiques de plus en plus acerbes se sont élevées contre la désuétude des collèges classiques.

    Conférence de l'Institut canadien des Affaires publiques, 30 septembre 1956

    Un exemple de ces critiques est exprimé le 30 septembre 1956 lors de la première séance de la conférence de l’Institut canadien des affaires publiques tenue à Sainte-Adèle et qu’enregistre la télévision de Radio-Canada.

    Un des conférenciers est Pierre Dansereau qui deviendra plus tard un des pères de l’écologie au Québec.

    À l’époque, Pierre Dansereau est le doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Montréal.

    Derrière les apparences, cet extrait est très révélateur. Il cache, sous un langage ampoulé et qui met de longs gants blancs, une virulente critique de la société canadienne-française d’alors.

    Pierre Dansereau décroche durant son intervention plusieurs flèches contre la désuétude et la médiocrité des habitudes culturelles des élites canadiennes-françaises.

    Il conteste du même souffle les méthodes de l’éducation dispensée par le cours classique.

    L’État doit intervenir

    Quand on s’apercevra que l’État peut faire autre chose que véhiculer l’antidémocratie comme ça a toujours été le cas ici, on va peut-être être d’accord que l’État embarque dans l’enseignement.

    Gilles Courtemanche, 1963

    Une vision des carences de l’éducation des collèges classiques se reflète également dans une interview que réalise le journaliste James Bamber avec un très jeune Gil Courtemanche.

    20 ans Express, 23 mars 1963

    Ce dernier deviendra plus tard un des journalistes vedettes de Radio-Canada. L’entrevue est présentée le 23 mars 1963 à l’émission 20 ans express.

    Gil Courtemanche a écrit dans la revue Jeune Québec un article qui a été remarqué.

    Il constate que le cours « classique » n’a rien de classique. Il ne parle que du siècle des perruques et ne s’ancre pas dans la réalité du Canada français.

    Le jeune homme adhère par ailleurs aux opinions du mouvement laïque de langue française.

    Nationaliser l’enseignement, comme l'a fait le gouvernement québécois pour l'électricité, serait un bon pas.

    Ce geste permettrait à l’État de démocratiser l’éducation et de cesser les jeux de privilèges qu’amène une gestion des écoles par le secteur privé.

    L’entrevue de Gilles Courtemanche coïncide plus ou moins avec la parution des premiers volumes du rapport de la commission Parent sur l’éducation au Québec.

    Cette commission ira dans le sens des souhaits du jeune étudiant.

    Encore plus de nos archives

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