•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Rendre le Québec plus riche

Le premier ministre François Legault devant un micro, avec en arrière-plan deux drapeaux du Québec.

Le premier ministre François Legault.

Photo : Associated Press / Ryan Remiorz

Gérald Fillion

L'écart de revenus entre le Québec et le reste du Canada se rétrécit. Selon le dernier bulletin de l'Institut de la statistique du Québec, qui s'appuie sur les données de Statistique Canada, l'écart du revenu disponible par habitant entre le Québec et la moyenne canadienne est passé de 5587 $ en 2015 à 4600 $ en 2017. Mais, il y a encore du chemin à faire.

C’est l’obsession du premier ministre Legault : faire monter la richesse par habitant, créer des emplois plus payants et réduire l’écart avec l’Ontario et le reste du Canada. Les dernières données disponibles sont encourageantes et vont certainement conforter le premier ministre dans sa vision des choses, lui qui est présentement à New York en mission économique.

Cela dit, ce rattrapage prendra du temps et doit se faire en profondeur, de façon intelligente et en phase avec nos défis actuels. Miser sur les exportations des forces du Québec, comme le premier ministre le fait ces jours-ci aux États-Unis, c’est une façon réelle d’enrichir le Québec.

François Legault doit travailler davantage à développer une économie verte, durable, où les émissions de gaz à effet de serre vont baisser et non pas augmenter. Il doit investir davantage, surtout en période de surplus budgétaires records, en éducation, le véritable catalyseur de la richesse à tous les niveaux.

Croissance des revenus plus rapide

Le revenu disponible des ménages, c’est-à-dire le revenu qui vous reste pour consommer et épargner, augmente plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays, selon le bulletin de l’Institut de la statistique du Québec. Le revenu disponible par habitant a progressé de 3,6 % en dollars courants en 2017, de 2,7 % en termes réels, tenant compte ainsi de l’inflation.

C’est le double de la croissance annoncée en 2016 et c’est aussi la plus forte augmentation du revenu disponible depuis 2008. C’est plus rapide que la croissance moyenne au Canada. En 2017, dans l’ensemble du pays, la hausse a été de 3,4 % ou de 2,2 % en tenant compte de l’inflation. Le Québec arrive au deuxième rang parmi les provinces, derrière la Colombie-Britannique (+ 4,6 % en tenant compte de l’inflation), loin devant l’Ontario (+ 2,1 %) et l’Alberta (+ 0,3 %).

L’ISQ écrit que la poussée du revenu disponible au Québec « provient essentiellement de l’augmentation de la rémunération des salariés ainsi que du revenu net de la propriété et du revenu net des entreprises individuelles ».

En dépit de cette croissance rapide, le Québec demeure en dernière position au Canada en ce qui a trait au revenu disponible des ménages. L’écart s’explique, d’abord et avant tout, par « la faiblesse du revenu primaire », composé en bonne partie des salaires, traitements et cotisations sociales à la charge des employeurs. L’ISQ affirme que « cet écart peut être attribuable au fait que les Québécois, comparativement au reste des Canadiens, travaillent moins d’heures en moyenne et sont proportionnellement moins nombreux à travailler ».

De plus, au Québec, le salaire horaire moyen des employés est plus faible qu’ailleurs au pays et les transferts gouvernementaux y sont plus élevés. Les citoyens québécois cotisent également beaucoup plus à des régimes de retraite que dans l’ensemble du Canada, ce qui réduit le revenu disponible, mais peut représenter un avantage à long terme.

Les contributions aux régimes de retraite sont considérées comme des transferts des particuliers aux sociétés financières. « En 2017, écrit l’ISQ, ces transferts s’élèvent à 4742 $ par habitant au Québec, comparativement à 3780 $ dans le reste du Canada. »

Le Québec est l’un des endroits où les impôts sont les plus élevés, ce qui fait que « les Québécois consacrent une plus grande part de leur revenu à l’impôt, aux cotisations sociales et aux autres transferts versés aux administrations publiques que les autres Canadiens ».

Forte hausse dans presque toutes les régions

Partout au Québec, la croissance du revenu disponible a été plus forte en 2017 qu’en 2016. Et presque toutes les régions dépassent la moyenne qui, elle, est tirée vers le bas par Montréal et Laval, en raison d’une hausse plus forte de sa population totale.

C'est la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine qui enregistre la plus forte hausse (5,8 %), après une croissance de 4,4 % en 2016. Toutefois, cette partie du Québec est au 13e rang des régions administratives avec un revenu disponible de 26 832 $ par habitant. Une région comme la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine touche des transferts gouvernementaux élevés en raison du vieillissement de la population.

Tout de même, la communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine représente la MRC qui a enregistré la hausse la plus forte, soit 15,5 %, en raison de la vigueur des pêches. Le revenu disponible est de 30 815 $ et dépasse pour la première fois la moyenne québécoise qui, en 2017, était à 28 785 $.

C’est dans la Capitale-Nationale que le revenu disponible est le plus élevé, à près de 30 000 $. La Montérégie, Montréal, l’Abitibi-Témiscamingue et les Laurentides sont à plus de 29 000 $. La valeur des propriétés fait grimper le revenu disponible à Montréal. Le salaire annuel moyen d’un emploi minier était de 108 293 $ en 2017 et c’est ce qui place la région de l’Abitibi-Témiscamingue en haut de la liste.

La rémunération est plus faible en Mauricie, dans le Bas-Saint-Laurent et dans le Nord-du-Québec. Dans cette dernière région, écrit l’ISQ, « la proportion de personnes en âge de travailler est nettement plus faible que dans le reste du Québec. [...] En 2017, plus du quart de la population de cette région nordique avait moins de 15 ans ».

Les travaux de François Legault

Non seulement le gouvernement Legault a tout intérêt à développer des relations commerciales fortes avec ses voisins, mais il doit aussi alimenter l’économie intérieure en mettant de l’avant des initiatives qui vont permettre de réduire le manque de main-d’oeuvre dans certains secteurs et certaines régions. Il doit également favoriser l’innovation dans les secteurs qui permettent une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le Québec a des atouts de taille pour augmenter sa richesse de façon cohérente. Il y a, au Québec, des institutions riches et puissantes qui ont un pouvoir d’influence exceptionnel. La Caisse de dépôt, Investissement Québec, Desjardins, le Fonds FTQ et plusieurs autres doivent, avec le gouvernement, miser sur les énergies renouvelables, les exportations et l’éducation.

Le défi, c’est également d’augmenter le revenu disponible pour sortir le Québec du dernier échelon du classement, c’est d’augmenter aussi le revenu moyen, qui est sous les 50 000  $, en créant, comme le veut François Legault, des emplois à plus de 50 000 $ par année. Mais c’est également de sortir davantage les Québécois de la pauvreté.

En 2015, 48 % des contribuables québécois ont touché moins de 30 000 $ de revenus. Il est essentiel de faire mieux et le premier ministre du Québec doit travailler également à améliorer le niveau de vie de ces Québécois.

Finances personnelles

Économie