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Windsor célèbre ses 127 ans

Quelques commerces et voitures du début du 20e siècle.

La rue Drouillard, en 1930

Photo : Bibliothèque de Windsor

Rose St-Pierre

La Ville de Windsor a été incorporée il y a 127 ans. L'anniversaire qui commémore la fondation officielle de la ville est aussi l'occasion de souligner la présence des Autochtones, des francophones et des Afro-Canadiens qui habitaient le territoire bien avant 1892.

C’est l’anniversaire des Anglais! On oublie l’histoire francophone, on oublie l’histoire autochtone, qui existe ici depuis 300 ans, depuis 1000 ans… parce que c’est toujours ceux qui sont au pouvoir qui écrivent l’histoire, lance d’emblée Sarah Morris, qui siège au Conseil des arts de Windsor et a récemment coordonné les promenades historiques Jane’s Walk dans la région.

C’est à nous de nous souvenir que ces personnes habitent le secteur depuis longtemps, suggère Mme Morris. Il importe, selon elle, de reconnaître la diversité ethnique qui a caractérisé la région bien avant la fondation officielle de la ville en 1892.

Une foule est rassemblée devant un bâtiment.

Célébration du 100e anniversaire de Windsor en 1954

Photo : Bibliothèque de Windsor

Mme Morris rappelle que les Européens, qui ont planté le premier drapeau français à Détroit au début du 18e siècle, étaient alors accompagnés des premiers arrivants noirs. La communauté noire existe depuis la venue des Français. Cadillac a amené des esclaves noirs à Windsor et à Détroit, note-t-elle.

Les francophones et les immigrants mis à l’écart

En consultant un rapport datant de 1965 publié par la Commission ontarienne des droits de la personne de l’Ontario, Mme Morris a pu mesurer l’ampleur de la discrimination vécue par plusieurs immigrants. Des obstacles délibérés à l’accès à l’emploi et au logement ont duré pendant plusieurs années. Et ça existe encore, dans une certaine forme, mentionne Sarah Morris.

Dans les années 1940, la plupart des personnes noires travaillaient comme ouvriers. C’est près de 90 % de cette population. Dans le cas du logement, des communautés étaient confinées à certains quartiers seulement, explique Sarah Morris. Des pétitions circulaient, dans différents quartiers, contre l’installation d’Afro-Canadiens.

Quatre homme préparant un filet de pêche.

Des hommes préparent un filet de pêche, à Windsor, en 1940.

Photo : Bibliothèque de Windsor

Plusieurs communautés immigrantes étaient aussi tenues à l’écart. À cette époque, si tu avais un nom italien, c’était très difficile de trouver des positions plus avancées dans les compagnies. C’est grâce aux mouvements syndicaux que ces immigrants ont pu avancer dans leurs carrières, explique-t-elle.

Selon Sarah Morris, afin d’obtenir des emplois sans être victimes de discrimination à l’embauche, plusieurs francophones ont changé leur nom de famille, passant de Roi à Roy, par exemple.

Immeuble en angle et automobiles d'époque.

L’édifice Windsor Star, en 1920, au coin des rues Ferry et Pitt

Photo : Bibliothèque de Windsor

Quand les Anglais sont venus, le pouvoir a changé dans la région. Plus tard, il a fallu lutter pour les écoles en français. On a eu beaucoup de difficulté à participer à la vie économique, alors qu’on avait des lacunes en éducation, avance-t-elle.

L’émergence d’une communauté canadienne-anglaise

Visite de la reine Élisabeth et du prince Philip à Windsor en 1959.

La visite de la reine Élisabeth et du prince Philippe à Windsor en 1959

Photo : Bibliothèque de Windsor

Au moment de la fondation de Windsor, la majorité du territoire était occupé par des fermes canadiennes-françaises, explique l’historien Guillaume Teasdale. La ville ne faisait que quelques pâtés de maisons. C’était surtout une petite communauté marchande, un petit centre urbain. Windsor a été entourée de fermes jusqu’à la première moitié du 20e siècle.

Plusieurs chemins de fer au bord de la rivière Détroit.

Vue vers l’ouest depuis les chantiers de Great Western Railway, en 1870

Photo : Bibliothèque de Windsor

Entre 1749 et 1751, le gouvernement français met en place une politique de peuplement de la région. Le gouverneur La Jonquière bonifie les avantages accordés aux colons qui iront s’établir dans le secteur. On leur fournira, aux frais du roi : les voitures pour se rendre sur place, un fusil, une faux, une faucille, six livres de poudre et douze livres de plomb. Quelques animaux aussi : une truie, six poules, un coq. Les colons qui prendront une terre recevront des vivres pour une période de 18 mois.
Source : Les convois de colons de 1749-1750 : impulsion gouvernementale décisive pour le développement de la région de Windsor, par Lina Gouger, Université Laval

Selon le professeur d’histoire à l’Université de Windsor, la révolution américaine et la guerre de 1812 ont forcé les autorités du Haut-Canada à créer de nouvelles villes pour accueillir des loyalistes et des immigrants britanniques. Windsor a été fondée alors qu’on assistait à l’émergence des racines d’un État-nation en Ontario avec le Haut-Canada, le gouvernement britannique et l’augmentation de la population, précise le professeur.

Peu de traces des premières années de la colonisation

Grande rue faite de pierres, maisons en bois.

La rue Sandwich Est, vue de l’est depuis les entrepôts ferroviaires Grand Trunk Railway, en 1920

Photo : Bibliothèque de Windsor

Il nous reste les noms de rue : presque toutes les rues perpendiculaires à la rivière Détroit portent le nom du propriétaire d’une ancienne ferme au début du 19e siècle, mentionne Guillaume Teasdale, faisant référence aux rues Ouellette, Pelissier ou Montreuil. Dans bien des cas, c’étaient des Canadiens français, dit-il.

Plusieurs toponymes de la période coloniale française sont restés, même si d'autres ont été modifiés en passant à l’anglais. S’il ne reste plus de trace de la Petite Côte, de la Pointe Montréal ou la Pointe de Sable qu’on retrouve sur plusieurs cartes françaises, on a conservé les termes Belle Rivière ou Lac St-Clair (devenu « Lake St. Clair »). Certains noms ont aussi été traduits, comme Pointe aux Roches (en anglais « Stoney Point »).
Source : De la Pointe Pelée au Chenail Écarté : trois cents ans de toponymie française au Détroit, par André Lapierre, Université Laval

Constructions de bois près des rives d'une ville.

Section sur le bord de la rivière Détroit pour le chemin de fer, date inconnue

Photo : Bibliothèque de Windsor

Mais ce mode de vie rural a fait place à une ville qui a remplacé d’anciennes fermes canadiennes-françaises dont on a gardé peu de traces, explique M. Teasdale.

Il existait même, en 1850, un poste d’accueil pour les réfugiés du réseau de chemin de fer clandestin, qui aidait les esclaves du sud des États-Unis à s’enfuir vers le Nord, dont le Canada. Il se trouvait exactement là où est situé aujourd’hui l’hôtel de ville de Windsor, note l’historien.

Or, selon lui, très peu de Windsorois connaissent ce fait, tout comme plusieurs autres pans de l’histoire de la ville qui remontent à bien avant sa fondation, il y a 127 ans.

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