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Ukraine : le nouveau président veut un cessez-le-feu durable dans l'Est

Le nouveau président ukrainien s'exprime devant l'assemblée législative.

Le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'est notamment engagé à réduire la corruption et à mettre fin au conflit dans le Donbass.

Photo : AFP / Genya Savilov

Agence France-Presse

Investi président d'Ukraine, Volodymyr Zelensky a aussitôt annoncé lundi des élections législatives anticipées, s'attaquant à une classe politique qui lui est hostile, alors qu'il a promis de transformer le pays aux prises avec la guerre et des difficultés économiques.

Le premier ministre Volodymyr Groïsman a démissionné de son poste quelques heures plus tard, mettant de l’avant ses désaccords avec le nouveau président.

Dans son discours, M. Zelensky avait appelé les ministres à quitter leur poste, même si la loi n'oblige le gouvernement à partir qu'après les législatives.

Selon la Constitution, c'est le Parlement qui désigne le premier ministre et Volodymyr Zelensky ne dispose d'aucun groupe parlementaire lui permettant de former une équipe fidèle en attendant la tenue d'élections anticipées.

« Quand le nouveau président a été élu, j'ai proposé au président et au Parlement de composer un nouvel ordre du jour et de commencer à prendre des décisions qui vont rendre l'Ukraine plus forte. Le président a choisi une autre voie et je considère que par sa déclaration, il assume toute la responsabilité face aux menaces » pesant sur le pays, a déclaré M. Groïsman, sans autre explication.

L'investiture de Volodymyr Zelensky, comédien devenu à 41 ans le plus jeune président de l'Ukraine postsoviétique, marque une nouvelle ère pour ce pays indépendant depuis moins de 30 ans.

Élu en misant sur la méfiance des Ukrainiens envers leurs élites avec ses promesses de mettre fin à la corruption et de « casser le système », il doit affronter une tâche titanesque, dans le contexte d'un conflit avec des séparatistes prorusses qui a fait 13 000 morts en cinq ans sans qu'une solution politique ne se dessine, mais avec des capacités à agir très limitées sans troupes politiques.

« Je dissous le Parlement », a-t-il lancé dans son discours d'investiture dans l'hémicycle, exhortant les députés à limoger plusieurs responsables clés et à adopter une série de lois pendant les « deux mois » de mandat qui leur restent.

M. Zelensky cherche à profiter de l'élan de sa victoire écrasante (73 % des voix) pour remporter des élections anticipées, sans attendre le scrutin prévu pour octobre. Son parti « Serviteur du peuple », pour l'instant quasi inexistant, est crédité de jusqu'à 40 % des intentions de vote par les derniers sondages.

Sa décision de lancer une procédure complexe, très encadrée, risque de provoquer une bataille judiciaire, certains analystes n'excluant pas une crise politique et les détracteurs du nouveau président criant à « l'arbitraire juridique » et « l'usurpation du pouvoir ».

Volodymyr Zelensky s'engage à maintenir le cap pro-occidental de cette ex-république soviétique, mais son programme reste flou et son équipe largement inconnue. De plus, beaucoup s'interrogent sur sa capacité à diriger un pays toujours aux prises avec d'immenses défis, en premier lieu la guerre.

« Notre première tâche, c'est d'arriver à un cessez-le-feu dans le Donbass », le bassin houiller en partie contrôlé par les séparatistes dans l'est du pays, a-t-il assuré dans son discours d'investiture, ce qui a provoqué une salve d'applaudissements de députés.

Nous n'avons pas commencé cette guerre, mais c'est à nous de la terminer.

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

« Je suis prêt à tout », à « perdre ma popularité », voire « mon poste pour obtenir la paix », et à « faire revenir les territoires perdus » : le Donbass et la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014, a encore assuré M. Zelensky. « Ce sont les terres ukrainiennes », a-t-il poursuivi en passant plusieurs fois au russe, affichant sa volonté de tendre la main aux populations de ces régions majoritairement russophones.

Une impression de déjà vu

Volodymyr Zelensky se prend en photo devant une foule.

En se rendant, à pied, au parlement, le nouveau président Zelensky a pris quelques moments pour se photographier avec la foule.

Photo : AFP / Sergei Supinsky

En costume sombre, le nouveau président s'est rendu à pied au parlement depuis son domicile proche, saluant la foule massée le long des barrières et prenant des égoportraits avec ses partisans.

Il s'est ensuite plié au rituel de l'investiture, prêtant serment, la main droite posée sur la Constitution de ce pays indépendant depuis 1991 et un évangile du 16e siècle, avant de se rendre à la présidence, aussi à pied, après les cérémonies solennelles.

« Toute ma vie, j'ai essayé de tout faire pour que les Ukrainiens sourient. [...] Pendant les cinq prochaines années, je vais tout faire pour que vous ne pleuriez pas », a lancé M. Zelensky, qui promet de se limiter à un seul mandat présidentiel.

« Merci, c'était marrant », a réagi sèchement le président du Parlement, Andriï Paroubiï.

La scène a déjà eu lieu à l'écran, dans la série télévisée Serviteur du peuple, où Volodymyr Zelensky incarne un professeur d'histoire subitement élu président.

Cette fois, elle était bien réelle, même si elle était difficilement imaginable il y a quelques mois. Peu avaient pris au sérieux l'acteur et humoriste quand il avait annoncé sa candidature le 31 décembre. Mais à l'issue d'une campagne inédite, jouée essentiellement sur les réseaux sociaux, il a écrasé son prédécesseur Petro Porochenko.

Élu il y a cinq ans dans la foulée du soulèvement proeuropéen du Maïdan, ce dernier a dirigé le pays pendant une période critique de son histoire, après l'annexion de la Crimée et le déclenchement de la guerre dans l'Est. On lui reproche notamment de ne pas en avoir fait assez contre la corruption endémique.

Si les alliés de Kiev ont chaleureusement accueilli l'élection de M. Zelensky, la Russie, accusée par Kiev et l'Occident de soutenir militairement les séparatistes prorusses, a fait savoir qu'elle n'entendait pas changer sa politique envers l'Ukraine.

Aucun responsable russe n'était invité à l'investiture de M. Zelensky. Vladimir Poutine attend « ses premiers succès dans la normalisation des relations ukraino-russes » pour le féliciter, s'est borné à dire le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov.

Le Canada était représenté lors de l'investiture par le ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

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