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Pour en finir avec la honte de l'avortement

Une militante pro-vie présente un modèle d'embryon de 12 semaines lors d'une manifestation devant la clinique Marie Stopes, à Belfast.

Photo : Reuters / Cathal McNaughton

Jacaudrey Charbonneau

Depuis l'adoption de lois anti-avortement dans plusieurs États américains, des femmes du monde entier ont choisi de briser le silence en racontant leurs histoires d'avortement. Elles veulent libérer la parole, faire tomber les tabous, mais surtout en finir avec la honte. Si ce mouvement anti-avortement aux États-Unis inquiète celles qui croyaient en avoir terminé avec cette bataille, certaines femmes d'ici craignent aussi de voir une montée du mouvement pro-vie.

Josiane Stratis est tombée enceinte de son fils Arthur il y a six ans, quelques mois à peine après avoir subi un avortement. Elle ne regrette aucune décision, ni l'une ni l'autre.

« Quand ça arrive à un moment où tu n'en veux pas d'enfant, c'est une certitude qui peut aller plus loin que ta sécurité à toi. Tu es comme : c'est pas vrai que je vais avoir un enfant maintenant. Il y a toujours une partie de toi qui se demande si tu fais la bonne chose, mais en même temps, t'as comme un feu à l'intérieur qui dit : oui, je suis en train de faire la bonne chose, même si je l'ai vécu avec beaucoup de tristesse. »

Josiane n'a jamais caché son histoire d'avortement, tout en comprenant que bon nombre de femmes ne sont pas prêtes à en parler.

« Tout le monde le chuchote, mais normaliser, ce n'est pas "glamouriser". »

Si les langues se délient, c'est notamment en raison d'un mouvement sur les médias sociaux. Après avoir témoigné de l'avortement qu'elle a vécu à l'âge de 15 ans, l'animatrice américaine Busy Philipps a lancé le mot-clic #youknowme (vous me connaissez).

« Une femme sur quatre a eu recours à une interruption volontaire de grossesse. Beaucoup de gens pensent qu'ils ne connaissent personne qui en a eu une, mais vous me connaissez. Commençons à mettre fin à la honte. Utilisez #youknowme et partageons la vérité », a-t-elle écrit sur Twitter, mercredi.

Depuis, c'est une véritable déferlante. Une mère de famille convaincue qu'elle ne veut pas d'autres enfants. Un stérilet qui ne fonctionne pas. Une jeune femme en situation précaire. Chacune d'elles a son histoire et ses raisons. Un mouvement de solidarité qui rappelle celui sur les violences sexuelles #metoo, selon Marianne Labrecque de la Fondation du Québec pour le planning des naissances.

« C'est le même principe! C'est de renverser la charge de la honte. C'est pas à nous de l'avoir. Une grossesse non planifiée, ça se fait à deux! »

Vers une montée des mouvements pro-vie au Canada?

Avec l'adoption récente de lois anti-avortement dans plusieurs États américains, peut-on s'attendre à une montée des mouvements anti-avortement de ce côté-ci de la frontière?

« C'est sur qu'en ce moment au Canada, on a l'avantage ou le désavantage, selon à qui vous parlez, de ne pas avoir de loi. L'avortement au Canada est décriminalisé, aux États-Unis c'est légalisé, donc il y a quand même une différence. Ce qui fait en sorte qu'au Canada, on ne pourrait pas morceler le droit à l'avortement, parce qu'il n'y a pas de loi qui légalise », précise Véronique Pronovost, de la Chaire Raoul-Dandurand, qui a mené une recherche sur les centres pro-choix et anti-choix.

Par contre, les liens entre les groupes pro-vie américains et canadiens sont indéniables. Ils sont de plus en plus nombreux et, de l'aveu même du vice-président de Campagne Québec-Vie et directeur du groupe Enceinte et inquiète, deux groupes pro-vie, leurs préoccupations sont d'ordre politique.

Un des buts de Campagne Québec-Vie, ce n'est pas seulement l'éducation et l'aide à la femme enceinte, mais aussi d'avoir une présence sur l'arène politique.

Brian Jenkins

Selon Véronique Pronovost, le mouvement anti-choix est considéré par la droite conservatrice comme un mouvement qui réussit et qui parvient à faire avancer son idéologie.

Même si plusieurs politiciens canadiens ouvertement contre l'avortement, comme Jason Kenney et Andrew Scheer, affirment n'avoir aucune intention de rouvrir ce débat au pays, leur position pourrait galvaniser les troupes pro-vie.

« Forcément, ça légitime l'opposition à l'avortement d'avoir des élus qui tiennent un tel discours, et ça laisse place à des discours plus stéréotypés sur l'avortement et à la désinformation. C'est là le danger, c'est là que le glissement pourrait se faire. »

Un glissement que redoutent certaines femmes comme Josiane, qui ne peut que constater que les droits des femmes ne sont jamais complètement acquis.

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