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Accès interdit aux bébés : des parents dénoncent une politique du Théâtre Capitol à Moncton

Martine Locas-Beauchesne allaite Éléonore dans un couloir d'université

Martine Locas-Beauchesne amenait Éléonore dans ses cours à l'Université de Moncton durant la dernière session.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Jean-Philippe Hughes

Des parents se sont vu refuser l'accès au Théâtre Capitol parce qu'ils étaient accompagnés de leur bébé âgé de six semaines. La mère qui allaite estime que la politique du théâtre qui interdit l'accès aux enfants de moins de 2 ans constitue de la discrimination et elle compte porter plainte auprès de la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick.

Pour assister au spectacle d'Ariane Moffat au Capitol, Martine Locas-Beauchesne et Maxim Beauregard-Dionne ont fait garder leurs deux enfants plus âgés pour une rare fois. Il était difficile pour les parents de se souvenir de la dernière fois qu'ils avaient assisté à un concert ensemble.

La petite Éléonore, alors âgée de six semaines, les accompagne. Le bébé est allaité, mais la mère ne produit pas suffisamment de lait maternel pour remplir un biberon. Équipés de coquilles pour protéger les oreilles de l'enfant, ils ne se doutent pas qu'ils se butteront à des portes closes.

Je me rends aux toilettes et en sortant on nous accoste en nous disant que le gérant de salle veut nous rencontrer. Surprise: "Okay, pourquoi?", explique Martine Locas-Beauchesne. Le personnel de l'établissement refuse de laisser entrer le poupon et ne peut accommoder les parents d'aucune manière.

Ça m'a choquée parce que c'est la première fois que ça m'arrivait de me faire mettre dehors d'une place en période d'allaitement d'un bébé.

Martine Locas-Beauchesne
Éléonore dans les bras de son père.

Éléonore avait six semaines lorsque ses parents l'ont amenée au spectacle de la chanteuse Ariane Moffatt.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Le Capitol dispose d'une politique qui interdit l'entrée aux enfants de moins de 2 ans pour les spectacles destinés au grand public. L'établissement ne croit pas que sa politique est discriminatoire.

La politique voit plutôt à clarifier les occasions où les jeunes enfants et les bébés peuvent être présents à un spectacle, selon le standard auquel s’attendent les 782 autres acheteurs de billets et l’artiste, explique le Capitol par courriel.

Les parents sont pourtant conscients des barèmes d'un environnement approprié lors d'un spectacle de musique populaire, assis, où le silence n'est pas de mise et où la foule est peu agitée. Ils rappellent qu'Ariane Moffatt a aussi composé un disque pour enfants.

Quand on parle d'un jeune bébé, j'ai des réticences sur le mot "ça dérange", surtout quand il est allaité. Maman le met au sein et c'est fini, justifie la mère. Quand on voit qu'il pleure trop et que c'est incontrôlable, on sort et c'est tout.

Le conjoint de Martine pense qu'un lieu culturel devrait laisser au bon jugement des parents la décision d'y amener leur bébé. Ce n'est pas parce que le théâtre a eu quelques mauvaises expériences qu'il doit jeter le bébé avec l'eau du bain, plaide-t-il.

La devanture du théâtre Capitol

Il n’est pas permis aux enfants âgés de moins de 2 ans d’assister aux spectacles grand public au Théâtre Capitol, précise la politique de l'établissement de la rue Main, à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Le Capitol a proposé au couple de lui rembourser ses billets. Les parents ont refusé. Ils ont l'intention de voir leur cas clarifié selon la Loi sur les droits de la personne du Nouveau-Brunswick.

En fait, les démarches sont déjà entreprises pour porter plainte auprès [de la Commission] des droits de la personne du Nouveau-Brunswick, précise Mme Locas-Beauchesne.

Le professeur de droit à l'Université de Moncton Nicolas Lambert n'est pas convaincu que le motif de l'allaitement soit valable en vertu de la Loi sur les droits de la personne du Nouveau-Brunswick. Même les droits les plus fondamentaux ne sont pas absolus, rappelle le juriste.

Il y a premièrement le droit de restreindre l'accès à un événement privé, dans le sens que ce n'est pas un lieu public gouvernemental, soulève-t-il. L'autre question, c'est le droit d'être informé préalablement à l'accès à l'événement.

Bien que la politique du Capitol soit affichée sur son site web, le couple n'en avait pas eu écho. Aucune mention n'est faite des billets que s'étaient fait offrir les deux parents.

La question que je me pose en tant que parent et aussi en tant que juriste c'est : est-ce que les enfants de moins de 2 ans dérangent autant que ça?, s'interroge Nicolas Lambert.

Je me demande s'il y a pas des moyens d'accommoder les parents avec des bébés sans les exclure totalement.

Nicolas Lambert, professeur de droit à l'Université de Moncton
Nicolas Lambert lit un livre dans une bibliothèque.

Professeur de droit et parent, Nicolas Lambert se demande s'il n'y avait pas lieu d'accommoder la famille à l'occasion du spectacle d'Ariane Moffatt.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

M. Lambert se demande si les enfants ne sont pas eux-mêmes victimes de discrimination devant une telle politique observée d'ailleurs par plusieurs autres établissements.

Ici, il faut comprendre que l'accès est limité aux enfants, mais pas aux mères qui allaitent, et ça, c'est la grande différence que je ferais, insiste le juriste. Quoi qu'il en soit, la Loi sur les droits de la personne a une portée tant dans les contextes publics que privés au Nouveau-Brunswick.

Pour Martine Locas-Beauchesne, le refus du Capitol la surprend d’autant plus qu’elle avait réussi à conclure des arrangements avec l’Université de Moncton pour assister à ses cours accompagnée de la petite Éléonore.

Martine Locas-Beauchesne allaite Éléonore.

Martine Locas-Beauchesne compte faire valoir son point de vue auprès de la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Pour moi, l'allaitement est très important. On dirait que quand on devient mère, on doit s'enfermer chez nous, ne rien faire et rester cloîtrées avec nos enfants, dit-elle.

Malgré sa mésaventure, elle pense que l’allaitement est largement accepté dans les lieux publics au Nouveau-Brunswick.

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