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Santa Teresa : MGMT, Jorane et Hubert Lenoir au tableau d’honneur

Jorane en prestation au festival Santa Teresa
Jorane et ses musiciens ont pris possession d'une église, sous la lumière surprenante de boules disco. Photo: Charline Clavier
Radio-Canada

« C'est notre dernière chanson, a annoncé Benjamin Goldwasser, le claviériste de MGMT sur la scène extérieure du festival Santa Teresa. Mais il va falloir qu'elle dure 16 minutes, car c'est le temps qu'il nous reste. »

Un texte de Philippe Rezzonico

Dès que les milliers de festivaliers ont reconnu l’amorce de Kids, ils se fichaient pas mal que ça soit la dernière chanson. On a vu des jeunes adultes bondir dans tous les sens et danser de façon éperdue.

Cette réjouissante scène était finalement à l’image de nombre d’autres vues au cours de ce samedi achalandé sur le site du festival musical qui en est à sa troisième année.

Seule exception, un argumentaire dont j’ignore le propos entre un festivalier musclé et un gardien de sécurité massif quelques instants après le début de la prestation de MGMT. L’échange n’a pas tourné à l’avantage du festivalier qui s’est retrouvé avec quatre policiers sur le dos afin de l’expulser du site pendant que MGMT interprétait Time to Pretend. Curieuse image, en vérité.

Ce moment pas du tout représentatif du festival noté, on peut dire que Santa Teresa est désormais un festival local bien implanté qui comble autant le jeune amateur de musique que les petites familles. La rue principale ouverte à tous avec ses hamacs et ses chaises pliantes permet de créer une ambiance conviviale très tôt sur le site.

On peut entendre des DJ au parc Ducharme et plusieurs lieux offrent des concerts gratuits (Cha-Cha, La Chapelle), tandis que d’autres sont payants (Église Sainte-Thérèse d’Avila, Montecristo, Local 41), tout comme la scène extérieure qui permet d’accueillir 4500 spectateurs.

Le collectif L'Impératrice en spectacle au festival Santa TeresaLe groupe français L'Impératrice a rappelé la belle époque des années 1960 et 1970. Photo : Jay Kearney

Brillante impératrice

C’est à cet endroit que l’on a assisté à la prestation de L’Impératrice. Le collectif français semblait sortir d’un film d’anticipation fiction des années 1960 ou 1970 avec ses jolis uniformes blancs et bleus. Il faut dire qu’avec ses claviers saturés et ses grooves irrésistibles, le groupe qui fusionne la pop, le bon vieux disco et l’électro semble avoir été téléporté de ces années 1970.

Avec Flore Benguigui qui peut chanter en français ou en anglais, des lignes de basse parfois dignes de Nile Rodgers et un batteur métronome, L’Impératrice peut ratisser large et faire danser toutes les générations. Il faudrait juste dire au sympathique batteur de ne pas crier « Montréal! » quand il s’adresse à la foule… Il y a quand même deux rives entre Sainte-Thérèse et l’île de Montréal. Le groupe a offert une solide montée en puissance avec des chansons comme Mata-Hari et Agitations tropicales. Pas mal irrésistible.

Hubert Lenoir en prestation au festival Santa TeresaC'est un Hubert Lenoir plus qu'en forme qui a conquis le public du festival Santa Teresa. Photo : Jay Kearney

La tornade Lenoir

On aurait pu croire aux récents propos d’Hubert Lenoir et de la fin de son association avec Yes Mccan en vue des Francos de Montréal qu’il était épuisé, au bout du rouleau. C’est plutôt l’habituelle tornade Lenoir qui s’est présentée à Santa Teresa.

Vêtu d’une tuque et d’un complet, Hubert Lenoir a été Hubert Lenoir : fougueux, déchaîné et complètement déjanté lors d’une relativement courte, mais explosive prestation. Hubert qui crie, qui hurle, qui chante, qui monte sur la clôture, qui se met torse nu, qui saute et qui surfe sur la foule.

« L’an dernier, j’étais au Cha-Cha, une salle de 100 places, a dit Lenoir. Cette année, je suis sur la grande scène. On vit dans une époque fucked up. Pensez par vous-mêmes. Merci, vraiment. »

La sélection de chansons était essentiellement identique à celle de la centaine de shows que Lenoir a donnés depuis plus d’un an, quoiqu’il en a offert une nouvelle – non identifiée – qui a brassé la cage des festivaliers. Un excellent présage pour la suite avant la pause prévue.

Jorane à l’église

Après ce doublé coup-de-poing, direction église pour le concert de création de Jorane. Création dans le sens prolongement. La musicienne a entrepris en février un nouveau cycle créatif qu’elle poursuivait dans l’enceinte sacrée de l’église qui avait servi l’an dernier à Klô Pelgag.

Après les vibrations dansantes de L’Impératrice et de Lenoir, cela prend quelques minutes avant d’intégrer l’univers de Jorane et de ses 11 accompagnateurs, dont une section de cordes.

Lumières diffuses où réfléchies par les deux boules disco (curieux, ça, dans une église), faisceaux de lumières, ballons rouges, enveloppe sonore partagée entre l’organique et l’électronique, la proposition artistique et musicale de Jorane se décline en plusieurs aspects.

Oscillant entre calme et remous, l’archet de la violoncelliste est parfois empreint de douceur, pimpant comme un pizzicato, ou tranchant comme un couperet. Au choix. Les couches vocales avec ses choristes – et la récurrente participation de la foule – se superposent parfois comme les nappes de cordes.

Hypnotisant dans la forme, le concert très particulier se savoure au plus haut point quand on laisse tomber ses repères et ses paramètres. Après une demi-heure, j’ai cessé d’intellectualiser et je me suis laissé emporter par la musique. Bonne idée. Volontairement perméable, Jorane et sa musique m’ont happé et j’ai frisé l’état d’apesanteur. Dans une église, ce n’était pas loin du paradis, comme sensation.

Comme Jorane a décidé de jouer à une heure normale (20 h) plutôt que Klô Pelgag, l’an dernier (23 h), j’ai dû sacrifier OrelSan et arriver à temps pour MGMT, qui a mis tout le monde dans sa poche avec The Youth, en ouverture, chanson idéale dans un festival où 90 % des spectateurs sont dans la vingtaine et la trentaine.

Accompagnés de projections visuelles éclatantes et d’influence psychédéliques, MGMT a facilement su maintenir l’intérêt durant quelque 70 minutes.

« Qu’avez-vous fait aujourd’hui? », a lancé le guitariste Andrew VanWynGarden.

« Nous, nous sommes venus pour ça », a répond Goldwasser avant de lancer Electric Feel qui a, sans surprise, provoqué la frénésie dans l’assistance. Et, oui, le groupe a maintenu le rythme et a étiré Kids à n’en plus finir, 16 minutes durant.

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