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5 messages cachés dans Game of Thrones

L'actrice Maisie Williams, dans le rôle d'Arya Stark, hurle alors qu'elle est sur le point de donner un coup d'épée dans une scène de combat de la série <em>Game of Thrones</em>.
L'actrice Maisie Williams dans le rôle d'Arya Stark Photo: HBO
Radio-Canada

CHRONIQUE – Toutes les séries doivent mourir. Game of Thrones (Le trône de fer), phénomène télévisuel planétaire connu pour son univers sombre et impitoyable, a généré des torrents d'analyses sur sa représentation de la politique, de la mort ou de la sexualité. Et si la huitième et ultime saison était celle de la rédemption, distillant des messages plus progressistes, féministes, environnementalistes? Argumentation ludique en cinq points.

Une chronique de Chloé Sondervorst, réalisatrice d’On dira ce qu’on voudra

 : écoutez l'analyse de Chloé Sondervorst au micro d'On dira ce qu'on voudra suite à la diffusion du dernier épisode de la série.

Attention: ce texte contient des divulgâcheurs. Si vous n’avez pas encore vu la saison 8, prenez un bateau jusqu’à Braavos et revenez plus tard (si vous y parvenez).

1. Le bonheur est dans les choses simples

Le trône de fer qui donne son nom à la série est l’objet de toutes les convoitises, poussant certains de ses prétendants au meurtre ou à la folie pour s'asseoir dessus et régner sans partage sur le continent de Westeros.

La reine Cersei Lannister, dont la beauté et la cruauté sont connues jusque dans les forêts du Nord, est ici la première de classe, utilisant tous les moyens à sa disposition pour parvenir au sommet. Dans une scène trop sobre au goût de certains téléspectateurs (ce qui confirmerait l’hypothèse que Le trône de fer peut renforcer l’appétit pour les exécutions publiques), l’avant-dernier épisode montre sa chute en compagnie de son frère jumeau et amant, Jaime, pendant que leur capitale est mise à feu et à sang par Daenerys et son dragon.

Impossible de trouver un passage secret dans les combles de leur palais pour s’échapper. Ils sont pris au piège par les éboulements. Cersei craque, brisée par la douleur de savoir que l’enfant qu’elle porte mourra avec elle. Combats, trahisons, meurtres : tout a été fait pour asseoir un de leurs descendants sur le trône.

Indécrottable amoureux et coach de vie à ses heures, le chevalier Jaime l'apaise alors en lui répétant de le regarder dans les yeux : « Rien d’autre ne compte. Rien que nous. » En bout de ligne, leur course effrénée pour le succès matériel et politique prend fin dans ces quelques mots prononcés juste avant que le plafond des voûtes ne les enterre dans sa chute, enlacés.

Morale de l'histoire : l’amour est plus important que tout (même que le trône de fer). Le message peut sembler banal, mais il prend un sens particulier à la veille du dénouement de la série alors que tout le monde se demande qui parviendra à s’emparer du pouvoir – et à quel prix.

Gif animé des personnages de Jaime Lannister et Cersei Lannister qui se serrent dans leurs bras. « Rien d’autre ne compte. Rien que nous » - Jaime Lannister Photo : HBO

2. Oui, les filles peuvent aussi sauver l'humanité

Si les intrigues politiques en étaient le seul ressort dramatique, Le trône de fer serait une version médiévo-fantastique de House of Cards. Toutefois, parallèlement aux conflits qui déchirent les habitants de Westeros, une menace surnaturelle, tapie derrière le grand mur au nord du royaume, nous a tenus en haleine depuis l’ouverture de la série sous les traits d’une horde de morts-vivants aspirant à engloutir le continent dans une nuit glaciale et éternelle.

L’épisode trois, La longue nuit, nous fait vivre l’ultime affrontement entre les armées coalisées pour défendre les vivants des zombies en état variable de décomposition. L’intégralité de cet épisode épique est consacrée au combat, un tournage à grand déploiement dont l’histoire télévisuelle retient pour l’instant les défaillances d’éclairage.

Au-delà des imperfections techniques, pendant que l'on continue de déchirer nos chemises au sujet du féminisme ambigu de la série dans son ensemble, cet épisode donne à voir un moment rare dans les annales culturelles, de Jésus à Superman : celui où la personne qui sauve l’humanité est une jeune femme.

Alors que le plus méchant des méchants, le Roi de la Nuit lui-même, s’apprête à mettre le grappin sur son frère Bran et que ses guerriers cadavériques sont sur le point de terrasser tous nos héros, Arya Stark surgit du ciel comme une ninja et parvient contre toute attente à le poignarder. Son ennemi explose en un feu d’artifice de cristaux de glace comme si elle venait littéralement de briser un plafond de verre.

Tout le monde est sauvé. « Who run the world? Girls », comme dirait Beyoncé.

Arya Stark brandit un poignard alors qu'elle se fait empoigner au collet par le Roi de la nuit.Arya Stark sur le point de poignarder à mort le Roi de la nuit, dans l'épisode trois de la saison huit. Photo : HBO

3. L’éveil de la conscience écologique des élites dirigeantes

Chaque épisode de cette ultime saison a déclenché des tempêtes de mèmes relevant avec plus ou moins de pertinence tel ou tel détail.

Vous pensiez qu’on avait atteint des sommets de viralité après les commentaires sur le manque d’éclairage dans le troisième épisode? C’était avant qu’un limier de l’Internet ne remarque la présence d’un objet étonnant dans la salle de banquet du château de Winterfell où les survivants de l’affrontement contre l’armée des ténèbres savourent leur victoire. Que voit-on, posé sur la table juste devant la reine Daenerys qui ne semble pas être d’humeur festive? Un gobelet de café ressemblant à ceux que l'on trouve dans les établissements Starbucks.

Scène de la série «Game of Thrones». On voit Jon Snow à gauche, et Daenerys à droite, attablée devant ce qui semble être un gobelet de café Starbucks. Est-ce un banal gobelet jetable de café qu'on voit sur la table devant Daenerys? Photo : HBO

Les internautes et les journalistes se mobilisent pour savoir qui a pu oublier un accessoire si tristement banal sur le plateau de tournage d’une série fantastique dont le budget moyen avoisine quelque 20 millions de dollars canadiens par épisode. On fait des conjectures, on cherche un coupable et les acteurs se prêtent eux-mêmes au jeu jusqu’à ce que HBO efface l’objet d’un coup de baguette de montage. Tout cela occulte la possibilité que la tasse de la discorde nous invite à ouvrir les yeux sur un des plus grands défis de notre époque, le respect de l'environnement.

Si l’on regarde le plan dans son ensemble, on voit que, tandis que la reine arbore une sombre mine devant son gobelet de carton, Tormund Fléau-d’Ogres, guerrier du Peuple libre (les « sauvageons », considérés par les peuples du Sud comme des êtres inférieurs vivant dans les terres hostiles du Nord), boit avec un plaisir gourmand l’alcool qui lui est servi dans une corne d’animal.

Ce ne serait donc pas la perspective de devoir mettre un terme à sa relation avec son amant, qui s'est révélé être à la fois son neveu et son rival, qui inquiète Daenerys du Typhon de la maison Targaryen, première du nom, briseuse de chaînes, mère des dragons, etc.

Ce serait plutôt le fait d’être vue en public avec une tasse jetable, alors que même les sauvageons utilisent des verres réutilisables. Oui, bon, c'est peut-être fort de café (la comprenez-vous?), mais on y croit quand même : Game of Thrones fait l'apologie subliminale d'un mode de vie écologique.

4. Le libre choix de la première fois

Un texte sur Le trône de fer qui ne parle pas de nudité gratuite ou de sexualité n’est pas tout à fait complet. L’instrumentalisation du corps de la femme a été maintes fois soulignée, tout comme l’omniprésence du viol. La huitième saison n’y échappe pas. Toutefois, elle nous montre aussi un nouvel aspect de la vie sexuelle de ses protagonistes, plus positif, du point de vue de femmes.

Tour à tour, deux d’entre elles vivent leur première relation sexuelle avec le partenaire de leur choix, ce qui détonne dans la série.

La plus jeune, Arya Stark, jette son dévolu sur Gendry, fils illégitime du défunt roi Baratheon, pour perdre sa virginité avant de peut-être rendre son dernier soupir dans l’affrontement avec l’armée de l’ombre.

La plus âgée, Brienne de Torth, première femme à être faite chevalier, choisit de s’offrir à Jaime Lannister, pour qui elle brûle depuis longtemps, mais dont les intentions sont troubles.

Gif animé de Brienne of Tarth et Jaime Lannister qui s'embrassent goulument. Chaude embrassade entre Brienne of Tarth et Jaime Lannister. Photo : HBO

Qu’on ne se réjouisse pas trop vite, ces deux histoires ne vont pas beaucoup plus loin qu'une seule nuit. Arya repousse les prétentions de Gendry lorsqu’il lui avoue son désir d’en faire sa femme. L’inébranlable Brienne voit quant à elle, les yeux remplis de larmes, Jaime partir au galop pour retrouver son éternelle flamme, sa sœur jumelle, avant que l’assaut final ne soit lancé sur leur cité assiégée.

L’affirmation du désir des ces deux personnages féminins, dans ces scènes qui révèlent à la fois leur vulnérabilité et leur force, amène un changement de ton bienvenu après les nombreuses scènes de viol ou de prostitution qui ont ponctué la série : que vous soyez ado ou adulte, libre à vous de choisir avec qui, quand et comment vous voulez vivre votre première fois.

5. Le sage n’est pas toujours celui que l’on croit

Bellum omnium contra omnes : la guerre de tous contre tous décrite par le philosophe Thomas Hobbes résume bien l’état d’esprit des Sept Royaumes. Daenerys, qui a franchi une à une les étapes vers le trône en se présentant comme celle qui libérerait les peuples opprimés du joug des dictateurs, finit par prendre elle-même le visage d’un tyran.

Au début du sixième et dernier épisode, dans un dialogue qui pourrait trouver sa place dans un cours d’éthique, elle discute avec Jon Snow au pied du trône de fer qui s’offre enfin à elle de cette question vieille comme l’humanité : qu’est-ce qui différencie le bien du mal?

Le front perpétuellement plissé, Jon, qui compte parmi ses nombreux talents celui de se mettre dans des situations compliquées, a visiblement de plus en plus de mal à assumer sa fidélité à la reine. Pour elle, la réponse est simple : c'est la personne la plus forte qui impose aux autres sa morale, par la force si nécessaire.

Pour empêcher d’autres massacres, Jon choisit alors la trahison. Dans un baiser mortel, il transperce Daenerys de son épée. Schéma classique pour une série dans laquelle la violence appelle la violence – même si c’est pour tenter de la réfréner.

Puis Drogon arrive, connecté à sa mère, dont il sent la vie s'éteindre. Après un gémissement de douleur, le dragon regarde Jon, se cabre, ouvre la gueule et crache tout le feu de ses entrailles sur le trône de fer juste à côté de lui, jusqu’à ce qu’il soit liquéfié. Il saisit ensuite délicatement la reine morte et l’emporte dans les airs.

Un dragon crache du feu.C'est un dragon qui finit par détruire le trône de fer. Photo : HBO

Il faut saisir toute la portée des gestes de l’être vivant le plus puissant, colérique et terrifiant de Westeros dans cette scène. Il aurait pu venger Daenerys d’un simple éternuement. Mais il choisit une autre voie, ouvrant celle, un peu plus tard, de la première élection d’un roi selon son mérite par un concile de nobles (mention honorable à Samwell Tarly d’avoir tenté d’instaurer une vraie démocratie; apparemment c’était encore un peu trop tôt).

Bran Stark, fraîchement élu, instaure lui-même un nouvel ordre dans lequel la vengeance n’est plus un mode de gouvernance. Son trône est de bois. C’est le siège d’un homme dont la clairvoyance est plus remarquable que la force physique.

La roue de l’oppression hégémonique est donc brisée dans ce dernier épisode. Contre toute attente, la non-violence fait son entrée dans l’univers du trône de fer. Et ce n’est ni une reine (folle ou non) ni un roi (légitime ou non) qui lui a ouvert les portes… mais un dragon.

Ces quelques hypothèses suffisent-elles à ajouter un peu de velours sur le trône de fer pour en adoucir les angles? On vous laisse en décider. La beauté de la chose, c’est qu’une fois le rideau tombé sur le dernier épisode de la série, les discussions pourront se poursuivre pendant quelques étés et autant d’hivers… le temps qu’arrive sur nos écrans l’antépisode, déjà fort attendu, qui porte pour l’instant le doux titre Lune de sang.

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