•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

P!nk : l’artiste, l’athlète et l’acrobate toujours au rendez-vous

Pink, suspendue par des sangles, est portée par des membres de son équipe, sur scène.

Fidèle à son habitude, la chanteuse a multiplié les numéros acrobatiques, comme elle le faisait ici, en 2014.

Photo : Associated Press / Matt Sayles

Radio-Canada

CRITIQUE – En 1981, la chanson Physical, d'Olivia Newton-John, se voulait une ode à l'exercice. Deux générations plus tard, peu de vedettes de l'industrie musicale ont un apport physique aussi marqué que P!nk lors de leurs concerts. En fait, assister à une prestation de l'Américaine, c'est aller à la rencontre de l'artiste, de l'athlète et de l'acrobate, tout à la fois.

Un texte de Philippe Rezzonico

Le spectacle Beautiful Trauma, qui a fait escale à Montréal vendredi après 14 mois d’attente (la tournée avait été reportée pour cause de maladie en mars 2018), n’a pas contredit cette affirmation.

Dès que le maître de cérémonie à la gomme et à la flûte stridente a annoncé P!nk, l’immense rideau est tombé du plafond du Centre Bell pour dévoiler l’artiste perchée à un lustre massif, au moment où les musiciens jouaient les premières notes de Get the Party Started. Party instantané, pouvons-nous ajouter.

Entrée dynamitée

Vêtue d’une combinaison noire à paillettes, P!nk a chanté son hymne festif de jeunesse la tête renversée, tandis qu’elle s’accrochait à la structure avec ses jambes. Elle a tournoyé dans les airs à l’aide de courroies et virevolté jusqu’à la scène, uniquement pour rebondir vers le plafond, tandis que les danseurs se déhanchaient sur la scène en forme de cœur. Une entrée en matière aussi acrobatique que dynamitée.

Si elle est revenue sur le plancher des vaches pour Beautiful Trauma, l’enrobage n’en était pas moins intéressant. On a pu mieux apprécier les grands lampadaires tordus comme des spaghettis que personne n’avait vraiment remarqué sur le tableau d’ouverture tant nos regards étaient portés vers le haut. C’est encore plus vrai quand tu es placé au parterre, ce qui était mon cas. P!nk a alterné l’interprétation de son récent titre lors de chorégraphies avec ses danseurs ou en chantant dans un grand sofa aux formes asymétriques, avant de conclure allongée sur le ventre.

Petite pause après ça? Du tout. Enchaînement immédiat avec Just Like a Pill, une autre bombe d’antan tirée de Missundazstood (2001), possiblement la chanson la plus mélodique de tout son répertoire. Cette voix vêtue d’un magnifique manteau long, noir et rose, P!nk a tiré parti du tapis roulant central et elle en a profité pour serrer la main aux spectateurs agglutinés à la scène.

« Finalement!, a-t-elle hurlé après l’ovation monstre qui a salué ce premier quart d’heure. Merci d’avoir patienté durant un an. »

Rassembleuse

Depuis ses débuts où l’on retenait surtout son aspect frondeur, P!nk a su élargir ses horizons et son public – intergénérationnel, mais majoritairement féminin –, au point que l’on va désormais la voir autant pour la musique que pour le spectacle. Quand elle interprète Just Give Me a Reason à genoux sur un lit à baldaquin suspendu au-dessus de la scène lorsque 18 400 voix se joignent à la sienne, toutes les conditions gagnantes sont réunies pour un grand frisson.

La vidéo de Revenge Land mettant en vedette des personnages en pâte à modeler concoctée par la firme montréalaise Silent Partners s’est avéré fort ludique et a été une bonne mise en bouche pour la chanson Revenge, durant laquelle on a vu apparaître une marionnette géante à l’effigie d’Eminem. L’apport visuel était aussi substantiel que coloré. Une vidéo qui embrasse la culture pop défile pendant que P!nk fusionne et enchaîne musicalement sa Funhouse et I’m Just a Girl, de No Doubt. Très réussi.

Parfois, nous sommes dans les contrepoints absolus. Pour Try, lorsque P!nk arrive sur scène avec une tunique rouge avec un grand capuchon – clin d’œil à La Servante écarlate? –, les 16 musiciens et danseurs sont plongés dans une forêt mystérieuse. Pour la douce Barbies – composée avec Julia Michaels qui a fait la première partie – et I Am Here, pratiquement d’inspiration gospel en finale, P!nk et une poignée de musiciens réduisent le tout à sa plus simple expression.

Parité assurée

Féministe assumée, l’artiste joint le geste à la parole. Cinq musiciennes – sur huit – forment son groupe. Et les prénoms de toutes et tous sont visibles sur les écrans lors des présentations d’usage, dont ceux des danseurs et des danseuses au nombre desquelles sa fille Willow (7 ans) vient se joindre après avoir effectué une série de « roues ».

L’activisme de P!nk est bien documenté dans un segment visuel d’archives où elle défend les causes des femmes ainsi que la communauté homosexuelle. L’électrochoc de What About Us dans un décor de désert américain au ciel parsemé d’éclairs est probablement l’interprétation la plus poignante de la soirée.

Mais entre émotion et musique, c’est l’élément physique qui demeure le plus marquant. Durant l’interprétation de Secrets, P!nk s’offre avec un acrobate un numéro de sangles, sans filet, et sans aucune courroie de sécurité, à plus de 25 pieds au-dessus de la scène, d’une durée de plus de trois minutes. Digne du Cirque du Soleil.

Elle reviendra aux sangles pour Raise Your Glass et le Centre Bell sera emporté dans un tourbillon durant Blow Me (One Last Kiss). Mais le coup de grâce sera porté par So What durant laquelle elle reprend le concept de sa précédente tournée et se sangle après un harnais afin de survoler – littéralement – la foule dans l’aréna. Même si on a déjà vu ça, cela demeure saisissant au possible. Durant quelques instants, on a l’impression que P!nk est en train de tourner une scène inédite du film Avengers : phase finale. Cette femme est une athlète. Olivia Newton-John n’aurait jamais tenté un truc pareil du temps de Physical

Rassembleuse, l’Américaine se sert d’une discussion avec sa fille portant sur l’authenticité – paroles affichées sur les écrans – afin de passer son message d’inclusion. C’est peut-être la raison pour laquelle P!nk conclut son concert en interprétant Glitter in the Air dans une tenue que l’on pourrait presque qualifier de « mou » (blouse blanche, pantalons amples) après les splendides vêtements portés durant près de deux heures.

Riche et adulée, P!nk n’a jamais oublié qui était Alecia Beth Moore avant qu’elle se fasse connaître mondialement par l’entremise de son nom d’artiste. Et à l’approche de ses 40 ans, force est d’admettre que cela lui a très bien réussi.

La chanteuse est de retour au Centre Bell, le samedi 18 mai

Spectacles

Arts