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Des personnes adoptées ignorent toujours l’identité de leurs parents

Comme des milliers d’enfants adoptés, Nicolas Boivin (photo), aujourd’hui âgé de 46 ans, attend toujours de connaître l’identité de ses parents biologiques.

Photo : Radio-Canada

Fanny Samson

Près d'un an après l'entrée en vigueur de la loi permettant de révéler l'identité des parents biologiques aux enfants adoptés, seulement 22 % des demandes ont été traitées par le gouvernement québécois. Des milliers de personnes sont toujours en attente de connaître leurs origines.

Depuis le 16 juin 2018, les personnes adoptées au Québec peuvent faire une demande auprès de l’équipe centralisée Info-adoption pour obtenir de l’information sur leurs parents d’origine.

Selon des données obtenues auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, 33 243 demandes avaient été reçues en date du 31 mars dernier. De ce nombre, 7465 dossiers ont été entièrement traités.

La présidente du Mouvement Retrouvailles, Caroline Fortin, déplore la lenteur du gouvernement. Celle qui a milité pendant plus de 20 ans pour ce changement au Code civil croit que la structure mise en place par l'État aurait pu être mieux pensée.

« On aimerait que les procédures soient changées, que les délais soient diminués, et qu’on réajuste les pendules pour faire un système qui a du sens », lance-t-elle.

Le Ministère a encore 14 410 demandes en attente et 11 368 autres en traitement. L’équipe centralisée reçoit un important volume d’appels. Durant la première semaine d’opération, 14 000 appels ont d’ailleurs été reçus.

« Certaines demandes nécessitent des recherches plus longues, selon la complexité de la situation », soutient le Ministère.

De nombreuses personnes sont donc toujours dans l’attente de connaître l’identité de leurs parents biologiques. « Ils ont reçu un accusé de réception et ils n’ont rien d'autre encore », dénonce Caroline Fortin, qui côtoie quotidiennement des personnes adoptées.

Un meilleur système

Selon Mme Fortin, l’équipe centralisée Info-adoption traite des demandes qui auraient dû être confiées aux centres jeunesse.

« Pour une personne qui ne sait pas si son parent biologique est décédé, ce n’est pas le mandat de la centrale de faire la vérification de décès, ça appartient aux centres jeunesse », croit-elle.

Elle est d’avis que l’équipe centralisée doit limiter son mandat. « Leur mandat, c’est de donner l’identité [des parents biologiques] et on passe à autre chose », ajoute-t-elle.

La présidente du Mouvement Retrouvailles a aidé de nombreuses personnes qui ont attendu des mois avant d’obtenir un nom. D’autres attendent encore et certaines sont âgées.

Plan rapproché de Caroline Fortin en entrevue sur le plateau d'ICI RDI

Caroline Fortin, présidente du Mouvement Retrouvailles

Photo : Radio-Canada

Seulement un nom

Huguette Hébert, âgée de 80 ans, vient tout juste de connaître le nom de sa mère. Après 11 mois d’attente, elle sait aujourd’hui que sa mère s’appelle Madeleine Savard et qu’elle est morte à l’âge de 86 ans.

Toutefois, elle ne détient aucune autre information. « L’identité, c’est à qui je peux m’identifier. Madeleine Savard, pour moi, c’est un renseignement nominatif [...] Ils me donnent un nom, mais moi, ça ne me dit rien. »

Ce n’est pas comme ça que je voyais mon identité.

Huguette Hébert

Caroline Fortin croit d’ailleurs que lorsqu’un parent est décédé, le gouvernement devrait fournir le dossier d’adoption à la personne adoptée, pas seulement le nom.

« Ils n’ont pas de précisions sur la date de naissance, sur la date de décès, si la personne était mariée, si elle a eu d’autres enfants, sa région », énumère-t-elle.

Pour retrouver la famille d’un parent biologique, la personne adoptée doit donc faire des recherches.

« Les gens vont le trouver de toute façon, donc ça serait plus simple de le leur donner, d’éviter des erreurs et d’éviter tout ce tracas. »

Il y a beaucoup de personnes qui veulent aller se recueillir sur la tombe de leur mère, mais ils ne savent même pas où elle est enterrée.

Caroline Fortin, présidente du Mouvement Retrouvailles

Un parent toujours vivant

Lorsque la demande de divulgation concerne un parent d’origine vivant, le dossier est mis en suspens jusqu’au 16 juin 2019, « puisque la loi ne nous autorise pas à divulguer ces informations avant cette date », précise le Ministère.

Nicolas Boivin, âgé de 46 ans, dispose de très peu d’informations sur ses parents biologiques.

Photo en noir et plan de Nicolas Boivin. L’homme porte la barbe ainsi que des lunettes et une casquette. Il sourit sur la photo.

Nicolas Boivin veut connaître l’identité de sa mère biologique.

Photo : Courtoisie de Nicolas Boivin

Il a donc envoyé une demande à l’équipe centralisée Info-adoption dès son entrée en vigueur. « Je demande tout pour espérer au moins avoir une réponse là-dedans », souligne celui qui ignore si sa mère est toujours vivante.

« Si ma mère biologique est vivante et elle veut que je la rencontre, ça sera ça », ajoute le père de famille de Québec.

Même s'il n’entretient pas de frustration envers le système, il comprend ceux qui se battent depuis des années pour découvrir l’identité de leurs parents. « Quand tu te butes à des murs ou à des portes, tu ne peux pas faire comme si de rien n’était. »

La présidente du Mouvement Retrouvailles, Caroline Fortin, doit rencontrer un conseiller politique du ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, le 24 mai prochain. Elle espère être entendue.

« Pour l’instant, nous sommes bien sûr en mode écoute et nous voulons en savoir plus sur leurs préoccupations », écrit par courriel le bureau du ministre.

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