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Sept conteneurs de denrées entament un long voyage vers le Grand Nord

Vue sur village de Tuktoyaktuk, sur le bord de l'eau, dans le grand nord canadien. Des maisons et des chaloupes bordent la rive.

Tuktoyaktuk, une communauté d'environ 900 habitants, est une des huit destinations qui accueillera les conteneurs envoyés depuis Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Mirna Djukic

Sept conteneurs de denrées alimentaires et d'autres articles s'apprêtent à quitter Edmonton pour se rendre dans huit communautés qui en ont grandement besoin dans le Grand Nord, une initiative lancée par la Société de Saint-Vincent de Paul.

Des bénévoles de cet organisme en Alberta préparent ces conteneurs depuis des mois dans un entrepôt du sud d’Edmonton. Ils y mettent du lait en poudre, de la farine, du sucre, quelques vêtements et d’autres items demandés par les communautés qui les recevront.

Ça arrive juste une fois par année. On envoie ça et ils sont vraiment contents, c’est comme Noël.

Julie Boucher, bénévole, Société de Saint-Vincent de Paul

Lorsqu’il y a assez de place, ils y glissent un objet plus insolite : des machines à coudre manuelles. Celles-ci, quoique vieillottes, sont très utiles pour confectionner des manteaux de fourrure sans avoir besoin d'électricité.

« C’est vraiment important, parce que je pense que ça fait partie de leur culture de faire leurs vêtements », croit Julie Boucher. « Ils font leurs vêtements avec la fourrure et les grand-mères peuvent montrer à leurs enfants et à leurs petits-enfants, comment coudre ».

Une machine à coudre en fer forgé dans un atelier. C'est un lourd appareil qui vient avec une petite table.

Deux bénévoles de la Société Saint-Vincent de Paul ont passé des heures à réparer de vieilles machines à coudre.

Photo : Radio-Canada

C’est tout un périple que ces conteneurs entameront pour se rendre dans huit communautés, allant d’Inuvik jusqu’à Sachs Harbour, dans les Territoires du Nord-Ouest. D’abord, ils seront transportés par camion jusqu’à Hay River, au bord du lac des Esclaves. De là, ils remonteront tout le fleuve Mackenzie jusqu’à l’océan Arctique, traversant même la mer de Beaufort.

Ils devraient arriver à destination entre les mois d’août et de septembre. Il y a toujours une part d’incertitude dans le trajet, mais le temps reste compté, puisque l’océan Arctique n’est navigable que pendant une petite partie de l’année.

Bâtir des relations entre les nations

Les biens de première nécessité se vendent souvent à des prix exorbitants au nord du 60e parallèle, quand ils ne sont pas simplement impossibles à trouver.

Peter Ouellette, coordonnateur de programme à la Société Saint-Vincent de Paul, affirme qu’il n’est pas rare de voir des enfants qui n’ont pas mangé de la journée.

« Comment est-ce qu’on peut avoir ça au Canada? », questionne-t-il.

C’est une réalité qui est encore trop souvent ignorée, selon lui.

Peter Ouellette, un homme aux cheveux blancs avec des lunettes, parle à la caméra dans un large entrepôt.

Peter Ouellette dévoue tout son temps à la Société Saint-Vincent de Paul depuis qu'il est à la retraite.

Photo : Radio-Canada

Il croit toutefois qu'il faut agir avec prudence pour éviter de perpétuer les dynamiques colonialistes qui teintent encore les rapports entre les nations.

« Les gens dans l’Arctique ont une culture propre, et ce qu’on fait c’est qu’on essaie de ne pas leur imposer notre culture, alors on ne leur fournit que les items qu’ils nous demandent, c’est notre règle numéro un », dit monsieur Ouellette.

La règle numéro deux, c’est de ne jamais faire les choses à moitié.

« Quand on commence [quelque chose] avec eux, on ne les abandonne pas. Ce qu’on veut, c’est bâtir un rapport, pour [...] travailler avec eux sur des changements systémiques », dit-il.

Il y a un élément de vérité et réconciliation. On veut leur montrer qu’il y a des gens qui se préoccupent d’eux.

Peter Ouellette, coordonnateur du programme « Au nord du 60e » pour l'ouest du Canada à la Société Saint-Vincent de Paul

Il cite en exemple un Jeep qui a été donné à la Société et utilisé pour donner des cours de conduite à Tuktoyaktuk. Plusieurs habitants ont ainsi obtenu leur permis de conduire. C’était, dans certains cas, leur première pièce d’identification avec photo, et un premier pas vers un bon emploi.

Six autres conteneurs dans l’est

Cette initiative a commencé il y a huit ans, avec un seul conteneur qui a été envoyé de Calgary à Tuktoyaktuk. Il y en a maintenant sept qui partent de l’Alberta chaque année.

L’aile ontarienne de la Société Saint-Vincent de Paul s’est jointe à l’initiative il y a quatre ans. Elle envoie maintenant cinq conteneurs dans le Nord canadien. Cette année, pour la première fois, un autre conteneur sera envoyé de Montréal vers le Nunavik.

Les bénévoles aimeraient que le projet continue de grandir. Ils ont d’ailleurs déjà commencé à récolter des dons et recruter des bénévoles pour le printemps prochain.

Avec les informations de Simon-Pierre Poulin

Alberta

Engagement communautaire