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Guerre des tarifs : des fermiers américains pris au piège

Bien des agriculteurs aux États-Unis subissent les contrecoups de la guerre commerciale de leur pays avec la Chine.

Photo : Radio-Canada / Christian Latreille

Christian Latreille

Une certaine impatience gagne les agriculteurs américains. Beaucoup de fermiers se sentent coincés entre deux géants économiques en pleine guerre de tarifs douaniers. Bon nombre sont financièrement étouffés par cette bataille entre la Chine et les États-Unis.

C’est le cas de John Boyd, 53 ans, dont la famille cultive la terre dans le sud de la Virginie depuis quatre générations. Il ne comprend pas l’approche de l’administration Trump dans ce conflit commercial. « Le président n’a pas pensé aux fermiers comme moi, dit-il, dont la ferme est maintenant en danger parce que les Chinois n’achètent plus autant nos grains de soja. »

John Boyd devant ses champs

La famille de John Boyd cultive la terre en Virginie depuis quatre générations.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Donald Trump a pourtant promis d’aider les cultivateurs à pallier leurs pertes financières, mais John Boyd attend toujours l’aide fédérale. « Le président a tendance à s’occuper davantage de ses partisans qui, dans ce cas-ci, sont les fermiers blancs du Midwest. On nous a dit, ajoute-t-il, qu’un chèque de dédommagement allait nous être envoyé. Nous n’avons toujours rien reçu. »

Les revenus de cet agriculteur afro-américain de Boydton, à la frontière de la Virginie et de la Caroline du Nord, ont chuté de moitié depuis que la Chine a imposé une taxe de 25 % sur les exportations américaines de soja, en juin 2018. Les Chinois répliquaient ainsi à la mise en place des tarifs américains contre leurs marchandises. C’était le début de cette guerre commerciale que tous souhaitaient de courte durée.

Les États-Unis sont les plus importants producteurs de soja au monde. Le tiers de leur production est acheté par la Chine. Un marché en pleine ascension évalué à plus de 15 milliards de dollars en 2017. Même si les producteurs américains souffrent, depuis près d’un an, beaucoup appuient toujours Donald Trump dans son combat contre la Chine.

Sammy Simmons, un éleveur de porcs aussi touché par les tarifs, est prêt à faire le sacrifice.

Sammy Simmons

L'éleveur de porcs Sammy Simmons appuie les actions de Donald Trump dans la guerre commerciale avec la Chine, même s'il est touché par les tarifs.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

« La Chine tente de nous dominer depuis assez longtemps, dit-il. Ils nous tètent comme un bébé et sa bouteille. Nous en avons assez. Le président Trump fait tout ce qu’il peut pour aider les Américains. Il croit en nous. Je n’aime pas tout ce que Donald Trump fait, mais je crois qu’il va dans la bonne direction dans ce dossier. »

La conjointe de Sammy Simmons, Donna, est d’accord : « Nous avons besoin que nos échanges commerciaux avec la Chine soient équitables. »

Un incitatif à la diversification

David Trimmer, le directeur du département de l'Agriculture de Virginia Beach, dont la région compte de vastes terres agricoles, affirme qu’il n’entend pas beaucoup de fermiers se plaindre. « J'ai bon espoir et les agriculteurs aussi que ce conflit va se régler rapidement et pour le mieux. » Il soutient que cette crise force les fermiers à diversifier leur production et à trouver d’autres marchés, ce qui est une bonne, chose selon lui.

David Trimmer

David Trimmer, directeur du département de l'Agriculture de Virginia Beach, dit qu'il n'entend pas beaucoup de fermiers se plaindre de la guerre des tarifs.

Photo : Radio-Canada / Christian Latreille

Pendant ce temps, John Boyd demande au Canada d’acheter sa production de grains de soja. « Je ne tiens pas nécessairement à une aide gouvernementale, dit-il. Je veux surtout d’un marché pour vendre mes récoltes. À cause du manque de revenus, je dois par exemple réparer ma machinerie seul au lieu de cultiver ma terre. C’est une des conséquences de cette guerre des tarifs avec la Chine. »

Sammy Simmons estime que l'affrontement avec les Chinois est un mal nécessaire. « Si nous pouvons encaisser des pertes durant quelques années en échange de gains pour les 100 ans à venir, je pense que ce pourrait être une bonne chose. »

John Boyd n’est pas aussi patient. « Je crois que ce qui pourrait vraiment nous aider, c’est de voir quelqu’un remplacer Donald Trump lors de l’élection présidentielle en 2020. »

Les agriculteurs américains sont donc partagés entre leur désir de tenir tête à la Chine et la rentabilité à court terme de leurs opérations. Ils sont déchirés entre les méthodes du président Trump et les risques de faire faillite. Pour l’instant, ils n’ont d’autre choix que de laisser passer la tempête en espérant, un jour, en récolter les fruits.

Christian Latreille est correspondant à Washington pour Radio-Canada

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