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Indemnisation : de nombreux commerçants laissés pour compte en Beauce

Le centre-ville de Beauceville a été inondé mardi. Environ 300 bâtiments ont été envahis par l'eau de la rivière Chaudière. Photo: Radio-Canada / Carl Boivin
Nahila Bendali

Des commerçants de la Beauce touchés de plein fouet par les inondations il y a un mois craignent de ne pas pouvoir se relever de la catastrophe sans aide gouvernementale. Des municipalités et des entrepreneurs demandent au ministère de la Sécurité publique de revoir ses critères d'admissibilité au programme d'indemnisation.

Selon les règles du Programme général d’indemnisation et d’aide financière lors de sinistres, une entreprise doit enregistrer un revenu brut (chiffre d’affaires) maximal de 2 millions de dollars pour les deux années précédant le sinistre pour espérer obtenir une aide gouvernementale.

De nombreux commerçants touchés par les inondations en Beauce, notamment sur le boulevard Renault à Beauceville, dépassent le revenu brut maximal.

Un poste d'essence fermé à Beauceville. Des commerçants et des municipalités de la Beauce demandent au gouvernement provincial de réviser ses critères pour indemniser les commerçants touchés par les inondations. Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

« Cet indicateur est biaisé », déplore le directeur général de Beauceville, Félix Nunez.

Il aimerait que le Ministère considère plutôt les revenus nets ou les bénéfices des entreprises, plus indicatifs de la réalité financière des commerçants.

Les stations-service et les restaurants du boulevard Renault, par exemple, atteignent rapidement les 2 millions de chiffre d’affaires, mais n’en retirent que de minimes bénéfices, explique M. Nunez.

Plusieurs commerces tardent à rouvrir. D’autres ne savent pas s’ils pourront le faire [...] ils n’ont pas de réponse du ministère de la Sécurité publique.

Félix Nunez, directeur général, Beauceville

Les municipalités de Beauceville et de Sainte-Marie ont adopté une résolution lors de leur conseil municipal pour demander au ministère de la Sécurité publique de réviser cette clause.

Il faut aussi noter que beaucoup de commerces ne sont pas assurés puisqu'ils sont situés en zone inondable.

Sans aide, les municipalités s’inquiètent de voir des entrepreneurs fermer boutique.

Un chiffre d'affaires peu représentatif

Le propriétaire de la station-service Dépanneur 646 sur le boulevard Renault, Étienne Boucher, a travaillé nuit et jour durant une semaine après la débâcle du 16 avril pour rouvrir son commerce.

« Soit que j’ouvrais le plus vite possible pour des rentrées d’argent, soit que j’allais retourner mes clés à la banque. »

Il a dû dépenser plus d'une centaine de milliers de dollars pour remettre en état son commerce. Des frais qu’il doit assumer entièrement puisque son dépanneur n’est pas assuré et que son chiffre d’affaires dépasse la somme maximale pour une indemnisation.

« Se baser sur le chiffre d’affaires, c’est ridicule, ça ne reflète pas la réalité [...] avec l’essence, le chiffre d’affaires monte vite. Mais moi, je fais quatre cents du litre. »

Étienne Boucher explique qu'avec un chiffre d'affaires de 5 millions de dollars, il ne peut lui rester que 50 000 $ à 60 000 $ après toutes les dépenses.

Le propriétaire du dépanneur 646 à Beauceville, Étienne Boucher Étienne Boucher affirme qu'il a dû débourser plus de 100 000 $ de sa poche pour réparer son commerce après les inondations. Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Une vie de travail

Le restaurant Normandie de Beauceville, ouvert depuis 1969, était sur la ligne de front de l’inondation du 16 avril. Une explosion de gaz y est également survenue, raconte son propriétaire, Marquis Fortin.

Le bâtiment est une perte totale et M. Fortin ne sera pas remboursé par ses assurances.

Celui-ci croyait pouvoir bénéficier du programme d’indemnisation et en retirer la somme maximale de 265 000 $, mais son chiffre d’affaires dépasse de 183 000 $ le critère établi par le Ministère.

Marquis Fortin, propriétaire du restaurant Normandie à Beauceville, regarde les dégâts importants à l'intérieur de l'établissement. Le propriétaire du restaurant Normandie sur le boulevard Renault à Beauceville se demande s'il pourra se relever de l'inondation, sans aide financière. Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Il voudrait lui aussi que le gouvernement se base sur un critère de bénéfices nets pour accorder l’indemnisation.

« Si tu paies le salaire, la nourriture, les fournitures, le gaz, l’Hydro, les permis... Les restaurateurs savent ce qu’il reste à la fin », martèle-t-il.

L’homme de 58 ans se demande s’il pourra se relever de la catastrophe et rouvrir son restaurant. Sans indemnisation, il craint de voir son commerce se transformer en stationnement.

Ça affecte réellement ma retraite. C’est dur de vivre tout ça. C’est le pire bout de ma vie.

Marquis Fortin, propriétaire, restaurant Normandie

Sandy Drolet, propriétaire du Dépanneur Beauceville, pensait tout comme lui qu’elle aurait droit à l’indemnisation en cas de sinistre, mais elle a été surprise d'apprendre que le revenu brut de son commerce dépassait la limite imposée.

« On veut ouvrir, on fait tout en notre possible, en espérant que l’aide vienne. On en a besoin », affirme la propriétaire.

Sandy Drolet, propriétaire du Dépanneur Beauceville Sandy Drolet, propriétaire du Dépanneur Beauceville, croyait qu'elle aurait droit à l'indemnisation du ministère de la Sécurité publique après les inondations, mais son chiffre d'affaires dépasse la limite imposée. Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Elle craint que le boulevard Renault ne se dévitalise en perdant ses commerces, une crainte partagée par d’autres commerçants et par le directeur général de Beauceville.

Beauceville, c’est une belle ville, mais ça s’en vient un village fantôme.

Sandy Drolet, propriétaire, Dépanneur Beauceville

Une aide de dernier recours

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbeault, affirme que le programme est une aide de dernier recours pour les entreprises.

Elle mentionne que d’autres programmes sont offerts au ministère de l’Économie pour accompagner les entrepreneurs.

Le ministère de l’Économie répond de son côté qu’il « contribue aux efforts de rétablissement des milieux inondés en accompagnant les entreprises touchées à travers ses programmes réguliers », mais qu'il ne dispose pas de programme d’urgence particulier en cas d’inondations.

Québec

Incidents et catastrophes naturelles