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Quelle place pour le Manitoba dans une carte pancanadienne où le bleu domine?

Une carte montre les couleurs des partis politiques au pouvoir dans les provinces et territoires. On trouve des gouvernements d'allégeance conservatrice en Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Ontario, Québec, Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick. On trouve des gouvernements libéraux en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador, et un gouvernement néo-démocrate en Colombie-Britannique.

Les gouvernements d'allégeance conservatrice (y compris le Parti saskatchewanais et la Coalition avenir Québec) sont dominants dans l'ensemble des provinces et territoires, y compris au Manitoba où le Parti conservateur était au pouvoir jusqu'au déclenchement des élections. Dans les TNO et au Nunavut, en gris, on trouve des gouvernements de consensus.

Photo : Radio-Canada

Julien Sahuquillo

Alors que des formations plus conservatrices ont remporté les élections dans plusieurs provinces du pays, comme en Ontario, au Québec ou plus récemment en Alberta, cette tendance au bleu sur la carte nationale peut-elle avoir un effet sur les élections au Manitoba?

Selon le professeur émérite en sciences politiques à l’Université de Saint-Boniface, Raymond Hébert, la tendance au conservatisme ne peut pas être ignorée.

« Il n’y a aucun doute que la tendance dominante reste conservatrice. C’est surtout la tendance dominante dans l’Ouest, avec notamment un gouvernement conservateur très fort qui vient d’être élu en Alberta », note-t-il.

Toutefois, il précise qu’il faut rester prudent dans la mesure où « les choses changent vite en politique ».

« À Terre-Neuve-et-Labrador, les analystes prévoyaient une victoire conservatrice et finalement ce sont les libéraux qui ont remporté les élections, avec certes un gouvernement minoritaire. On a aussi vu des victoires du Parti vert en Colombie-Britannique dans certaines circonscriptions et une montée des verts à l’Île-du Prince-Édouard, donc il n’y a pas juste une seule tendance au pays », remarque-t-il.

Raymond Hébert insiste sur le caractère avant tout local d’une élection provinciale. Un constat qui est aussi celui de son confrère analyste politique, Roger Turenne.

« Si on regarde les autres provinces, ce n’est pas l’effet d’une vague ou d’une convergence. Chaque province a sa propre dynamique. Ce n’est pas parce que les conservateurs ont gagné au Nouveau-Brunswick que cela a le moindre effet en Alberta, par exemple. On parle des provinces des Prairies, mais le Manitoba a plus en commun avec l’Ontario », souligne-t-il.

Une opposition faible

Selon Roger Turenne, les conservateurs sont dans une solide position en début de campagne, avant tout en raison d'un manque d’opposition marquée.

trois hommes sont représentés dans un collage de photos.

Les chefs des principales formations politiques au Manitoba : le progressiste-conservateur Brian Pallister, le néo-démocrate Wab kinew et le libéral Dougald Lamont.

Photo : Radio-Canada

« L’opposition est divisée. Il y a deux grands partis de centre gauche, mais il y a également des divisions à l’intérieur de ces partis. Les deux chefs, que ce soit Dougald Lamont (libéral) ou Wab Kinew (NPD), n’ont pas l’adhésion de 100 % de leurs propres militants », note-t-il.

Il ajoute que « le NPD n’est toujours pas complètement sorti de ses divisions fratricides qui ont prévalu il y a cinq ou six ans. Du côté des libéraux, il y a un nouveau chef et ils viennent d’être reconnus comme parti officiel pour la première fois depuis deux décennies, mais ils sont sur le point de perdre un de leurs députés qui va faire le saut au fédéral. Et parmi les membres de son mini caucus, ce n’était pas des députés qui l’appuyaient », note Roger Turenne.

Une carte électorale déséquilibrée

D’après Roger Turenne, la division rurale/urbaine joue beaucoup au cours des élections.

« La majorité du Manitoba vit à Winnipeg. La majorité des sièges de l’Assemblée législative sont de Winnipeg », explique-t-il.

Winnipeg est déterminant dans le choix du parti au pouvoir. C’est une dynamique qui existe au Manitoba depuis le début du 20e siècle.

Raymond Hébert, professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Saint-Boniface

Aussi, le défi pour l’opposition réside dans une reconquête des comtés urbains pour contrebalancer la tendance historique conservatrice au rural.

« En ville, il y a plus de diversité des appuis, quoiqu’il y a quand même des tendances historiques. Le sud de Winnipeg est plus riche et a plus tendance à voter conservateur, tandis que le centre-ville et le nord sont des quartiers plus populaires qui ont plus tendance à voter NPD ou libéral », souligne Roger Turenne.

Un vote francophone anecdotique

Malgré l’essor des grandes questions francophones au pays depuis la fin de 2018, Roger Turenne estime que le vote francophone au Manitoba n’a pas un caractère propre si important.

« Les questions linguistiques pour l'électorat francophone ont très peu d’impact. C’est un aspect de l’élite militante. Ce groupe conscientisé a un poids électoral minuscule », affirme-t-il.

Pour Raymond Hébert, le vote de l’électorat francophone perd de sa spécificité.

« Les francophones sont en train de voter de plus en plus comme la majorité anglophone entre les deux partis principaux. »

Reste que les deux analystes reconnaissent qu’une victoire conservatrice au Manitoba renforcerait une nouvelle fois ce parti sur la carte nationale, face à un Parti libéral qui souffre du poids de ses années d'exercice à Ottawa.

« Lorsqu’il y a un Parti libéral ou conservateur en poste à Ottawa, on observe souvent une tendance opposée dans les provinces », conclut Raymond Hébert.

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Politique provinciale