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Au Mexique, des universités interculturelles au bénéfice des Indigènes

L'entrée de l'université.

L’Université interculturelle du Chiapas, au Mexique

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Radio-Canada
Mis à jour le 

Les Indigènes ont toujours été sous-représentés dans les universités mexicaines. Pour y remédier, le Mexique a créé depuis 2003 un réseau d'universités interculturelles. Leur objectif? Accueillir des étudiants universitaires, mais aussi former des non-Indigènes aux réalités de ces communautés.

Les 1300 étudiants qui fréquentent le campus principal de l’Université interculturelle du Chiapas (UNICH) à San Cristobal de las Casas ont bien de la chance. Depuis les bâtiments tout neufs, on peut admirer les montagnes au loin.

« Le matin, avec la brume, c’est un spectacle merveilleux, dit Suemi Cruz Diaz, et en fin de journée les couchers de soleil sont impressionnants. » L’ancienne étudiante de l’UNICH travaille aujourd’hui aux relations publiques. C’est elle qui nous fait visiter les lieux.

Des étudiants circulent dans une allée joliment aménagée.

Sur le campus de l'Université interculturelle du Chiapas (UNICH)

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

« Nous avons un édifice complet pour la médecine chirurgicale. » L'établissement propose en fait six programmes : outre la médecine chirurgicale, l’UNICH offre des formations en tourisme parallèle en langues et cultures indigènes, en communications interculturelles et en développement durable.

Le reportage de Marie-France Abastado est diffusé le 19 mai à l'émission Désautels le dimanche dans le cadre de la série Le Mexique, entre l'ombre et la lumière sur ICI PREMIÈRE.

La médecine dans les communautés indigènes

De jeunes gens assis côte à côte dans une salle de classe.

Les étudiants de l’UNICH en médecine chirurgicale

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Les étudiants inscrits à la formation de médecine chirurgicale de l’Université interculturelle du Chiapas doivent obligatoirement suivre des cours de relations avec les communautés indigènes.

« Utiliser des mots simples et se renseigner sur les us et coutumes est essentiel au succès du contact initial », explique la professeure aux futurs médecins qui s’apprêtent à faire leur première visite dans une communauté indigène.

« La suite des choses dépendra beaucoup de votre compétence à dialoguer », leur dit-elle.

Le Dr Mauricio Martinez Mejia présente le laboratoire d’anatomie où, grâce à l’appareil Anatomar, les étudiants peuvent identifier les différentes parties du corps humain. Un apprentissage presque aussi important que celui de communiquer avec leurs futurs patients indigènes, soutient le coordonnateur de la licence en médecine chirurgicale.

Le médecin et, devant lui, une table en métal sur laquelle se trouve un mannequin.

Le Dr Mauricio Martinez Mejia, coordonnateur du programme de médecine chirurgicale de l’UNICH

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

« En plus d’enseigner la partie médicale, cette école se distingue par ses deux axes fondamentaux. D’abord, celui des liens communautaires qui fait que l’étudiant développe, dès les premiers jours de son parcours, l’intérêt pour les soins aux communautés indigènes. Et puis, celui de la langue.

« Dès le début et au cours des six premiers semestres, l’étudiant devra apprendre la langue indigène de l’endroit où il ira faire son internat, son service social et qui sera par la suite son lieu de travail. »

« Nous enseignons aux étudiants à reconnaître les savoirs présents dans les communautés »

Jesus Francisco Najer Aguila se présente en langue tsotsil. Ce jeune homme, qui n’est pas indigène, est fier de pouvoir nous montrer ce qu’il a appris depuis qu’il est à l’UNICH.

« En six semestres, j’ai pu aller dans plusieurs villages autour de San Cristobal. Je suis allée à Chamula, à Huixtan, à Tenejapa et j’ai pu apprendre de tout ça à mieux connaître leurs coutumes. Cette université nous donne les outils nécessaires pour retourner dans les communautés et prodiguer de bons soins aux gens. »

Ce constat de Jesus fait plaisir à la docteure Deyanira González Vilchis, directrice des relations avec les communautés et du volet socioculturel de l’université.

L'étudiant et les médecins sont assis à une table, et ils regardent l'objectif.

L’étudiant Jesus Francisco Najer Aguila (à gauche), la Dre Deyanira González Vilchis et le Dr Mauricio Martinez Mejia (à droite)

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

« Nous enseignons aux étudiants à découvrir les savoirs présents dans les communautés. Si on arrive quelque part, on doit identifier les acteurs sociaux présents, pas seulement le docteur ou le centre de santé, mais aussi les sages-femmes et les guérisseurs. »

En médecine, à l’UNICH, les étudiants doivent apprendre à comprendre ce qu’ils font et à travailler avec eux, poursuit la Dre Vilchis. « Les médecins traditionnels ont un très grand poids et une grande reconnaissance dans les communautés. Nous devons apprendre d’eux et leur enseigner des choses sans imposer notre système. Alors, quand ils auront un problème et qu’ils décideront de nous appeler, c’est là que nous entrerons en jeu. »

Bref, apprendre à reconnaître les savoirs traditionnels, à y faire appel chaque fois que c’est possible, tout en donnant les meilleurs soins qui soient aux patients, c’est ce qui est au cœur de la formation de médecine chirurgicale de l’Université interculturelle du Chiapas. Mais plus encore, c’est apprendre à tenir compte de la vision que les Indigènes ont de leur place dans le monde, souligne la Dre Vilchis.

La médecine a divisé le corps en morceaux. « Dans les communautés, on le voit encore dans son intégralité. S’il y a une pathologie de l’intestin, il peut aussi y avoir un problème mental; et souvent, comme médecin, on ne regarde que l’intestin. Eux le regardent en relation avec l’environnement et le voient comme une question d’équilibre. »

Dans la foulée du mouvement zapatiste

« En 1994, il y a eu un mouvement de rébellion des populations indigènes qui réclamaient des droits », rappelle le recteur de l’UNICH, Jorge Luis Zuart Macias. « C’est en réponse à ça, à la suite des accords de San Andres Larrainzar, qu’on a convenu de créer un établissement universitaire qui fournirait une formation de qualité aux jeunes des peuples indigènes de cet État. »

Les Indigènes, qui sont sous-représentés dans les universités mexicaines, forment ici à l’UNICH plus des deux tiers de la clientèle, alors qu’ils ne composent que le quart de la population du Chiapas. Et puis, comme les 12 autres universités interculturelles que compte le Mexique, l’UNICH a un autre objectif essentiel : former des jeunes qui, même s’ils ne sont pas indigènes, auront une sensibilité à ces cultures et les valoriseront.

Un groupe de jeunes regardent l'objectif en souriant.

Des étudiants à l’UNICH

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

« Le dénominateur commun à toutes les universités qui font partie de ce réseau, dit le recteur Jorge Luis Zuart Macias, c’est d’améliorer la vie de ces peuples et de les intégrer au développement national sans porter atteinte aux éléments qui constituent leurs cultures. Plutôt que de vouloir les changer, on devrait parfois, nous, adopter ces éléments et voir dans ces peuples et leurs traditions quelque chose de précieux. »

Les étudiants l’ont bien compris, même ceux comme Yasmine qui ne sont pas indigènes. « On nous enseigne que nous venons tous du même État, que nous avons tous une culture, et bien que ce ne soit pas la même, avec cet environnement interculturel, on entre tous en relation. »

Les deux jeunes filles accompagnées d'un garçon sont devant un étal de nourriture.

Les étudiantes en médecine chirurgicale Litzia et Yasmine

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Des échanges avec le Canada?

À écouter ces jeunes étudiantes, on se dit que la mission de l’Université interculturelle est en partie remplie. Mais le recteur de l’UNICH, Jorge Luis Zuart Macias, rêve encore plus grand.

« Nous étudions la possibilité de conclure des ententes avec des universités canadiennes qui donnent beaucoup d’importance à l’interculturalité. Nous avons eu il y a quelques mois une réunion avec six universités canadiennes, ajoute le recteur, et nous aimerions que nos professeurs et étudiants puissent aller là-bas et que des Canadiens viennent ici. »

Avec la collaboration de Juan Dedios Garcia Davish

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