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Après le drame de Christchurch, une charte numérique bien accueillie au Manitoba

Un mémorial a été aménagé près de la  mosquée Al Noor en hommage aux victimes de la une fusillade de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.
Un mémorial a été aménagé près de la mosquée Al Noor en hommage aux victimes de la une fusillade de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Photo: Reuters / Jorge Silva
Abdoulaye Cissoko

Le Centre du patrimoine juif de l'ouest du Canada et l'Association Islamique du Manitoba accueillent favorablement la promesse du premier ministre Justin Trudeau de mettre en place une charte numérique au pays. Selon les deux groupes confessionnels, cette charte est la bienvenue, car la sensibilisation ne suffit pas à endiguer la propagation de messages haineux sur les réseaux sociaux.

Belle Jarniewski, directrice du Centre du patrimoine juif de l'ouest du Canada, estime que c'est un premier pas devenu nécessaire parce qu'il y a une explosion de la haine sur Internet.

« Malheureusement, il y a beaucoup de gens qui lisent sur Internet des paroles horribles et pensent qu'ils peuvent parler ainsi et pire encore, ils tombent dans la violence », dit-elle.

Car, selon Belle Jarniewski, si le discours haineux a toujours existé, la différence, c'est qu'aujourd'hui, il s'exprime davantage à haute voix.

Une femme aux cheveux foncés, devant une grande photo d'un camp de concentration dans un petit musée.Belle Jarniewski est la directrice du Centre du patrimoine juif de l'ouest du Canada (Jewish Heritage Centre of Western Canada). Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

La promesse d'une charte numérique est aussi bien accueillie par l'Association islamique du Manitoba. Son vice-président, Cheikh Ould Moulaye, pense que c'est le moment d'agir.

Il estime que, dans notre société, nous devons refuser l'utilisation des réseaux sociaux et des plateformes numériques pour promouvoir la haine et la violence. Toutefois, il reconnaît que la bataille n'est pas gagnée d'avance.

« Cela prendra du temps et beaucoup de discussions et surtout du courage politique. Nous reconnaissons que protéger nos acquis démocratiques, tels que la liberté d'expression, tout en limitant la publication des discours haineux, est un grand défi. Cependant, le statu quo n'est plus acceptable. Il a déjà fait trop de victimes », dit-il.

Au Canada, la charte sera assortie d'obligations et de sanctions financières, a promis Justin Trudeau.

Belle Jarniewski espère que les plateformes numériques agiront contre les auteurs de propagande haineuse en ligne et qu'elles seront aussi plus attentives lorsqu'il y a, par exemple, des plaintes à l'encontre de ces individus. « Parce qu'on voit cette explosion de violence partout dans le monde. On l'a vue récemment au Québec, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis », indique-t-elle.

Pour Cheikh Ould Moulaye, la nature de l'Internet fait qu'on peut atteindre plusieurs personnes en même temps. Il en appelle donc à la responsabilité de tous.

D'après lui, il est très important que les femmes et les hommes politiques ainsi que les médias traditionnels qui participent aux débats publics demeurent responsables et évitent de verser dans le sensationnalisme. « Malheureusement, c'est très tentant parfois pour les politiciens de surfer sur cette vague de l'intolérance pour se faire un capital politique à court terme. Mais, je crois que c'est un faux calcul, car je ne pense pas que le jeu en vaut la chandelle », note-t-il.

Et la sensibilisation?

Belle Jarniewski admet que la sensibilisation n'a pas suffi à endiguer le fléau. « On voit les résultats ces derniers mois et ces dernières années. On voit que ça ne suffit pas parce qu'il y a une explosion de la violence », note-t-elle.

Un homme mulsuman assis dans un studio de radio. Cheikh Ould Moulaye, vice-président de l'Association islamique du Manitoba. Photo : Radio-Canada

Cheikh Ould Moulaye abonde dans le même sens. « Nous avons trop fait confiance à la sensibilisation et aux géants du numérique en pensant qu'ils allaient à un certain moment s'autoréguler, mais tout cela a démontré ses limites. Il était donc temps que les gouvernements mettent un peu d'ordre », se réjouit-il.

Mercredi, 26 pays et géants du numérique, dont les leaders Facebook, Goggel et leurs filiales, ont rallié « l’appel de Christchurch », promettant d'agir de concert pour lutter contre les contenus en ligne « terroristes et extrémistes violents ». Les États-Unis, qui jouent un rôle majeur en matière de propriété et de présence sur les plateformes numériques, ont refusé de s'engager sur ce terrain.

Manitoba

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