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Qui utilise encore la pagette? Bell Canada met fin à son service le 30 juin

Photo: getty images/istockphoto / SetsukoN
Angie Bonenfant

Le 30 juin, Bell Canada va mettre fin à son service de pagette partout au Québec, en Ontario et dans les provinces de l'Atlantique. Cette décision fait craindre le pire à certaines petites municipalités de l'Outaouais qui dépendent de ce système pour leurs services d'urgence et médical.

Bell Canada a choisi d’abolir son service de téléavertissement parce qu’il est jugé peu rentable. Dans une note aux médias, la compagnie a déclaré que la radiomessagerie est une technologie ancienne avec peu d’utilisateurs restants.

En imitant d’autres grands fournisseurs [qui] ont déjà mis hors service leurs réseaux de radiomessagerie, Bell Canada soutient qu’elle s’adapte aux besoins de ses clients qui ont privilégié, au fil des ans, des services sans fil numérique plus modernes.

Aux dires de la compagnie, le réseau sans fil LTE de Bell couvre 99 % de la population canadienne. Ce n’est toutefois pas le constat qu’en fait Larry Perry, le chef du Service des incendies de la municipalité de Whaltam, une petite ville du Pontiac, où il n’y a pas de service cellulaire.

La pagette, c’est notre seul lien avec les services d’urgences 911, déclare-t-il. Nous utilisons ce service depuis 25 ans.

La décision de Bell Canada est, selon lui, catastrophique et incohérente en matière de la sécurité publique. Pour certaines petites localités rurales comme la sienne qui n'ont pas accès à un réseau cellulaire ni à l'internet, la pagette est souvent le seul outil de communication fiable, dit-il.

Nous sommes en état d’urgence.

Larry Perry, Service des incendies Whaltam

On ne sait vraiment pas ce que nous allons faire d’ici le 30 juin. Il se peut que nous ne trouvions pas une solution. Ce qui serait terrible, parce que nos résidents ne seront pas en mesure de joindre le service 911 pour les urgences, déplore-t-il.

Jusqu’à tout récemment, le département des incendies de Bristol, une municipalité rurale située à 88 km de l'aéroport d'Ottawa, dépendait lui aussi exclusivement du service de pagette de Bell Canada.

La pagette pour nous, c’était tout ce que nous utilisions.

Ken Bernard, Service des incendies, Bristol

La pagette est un vieil appareil analogique, mais dans le Pontiac où le service cellulaire laisse à désirer, elle était toujours fiable, évoque-t-il. Peu importe où nous étions dans la région de Bristol, le service de pagette a toujours fonctionné.

À la suite de la décision de Bell Canada, la Municipalité a opté pour une nouvelle technologie qui comporte, cependant, certaines petites lacunes.

Le nouveau système utilise la technologie SMS et le service de technologie mobile. Il existe donc des endroits à Bristol où la communication est parfois difficile, rapporte-t-il.

Géographiquement parlant, cette solution ne peut être mise en oeuvre à Whaltam où, doit-on le rappeler, il n’y a pas de couverture cellulaire.

Lorsque le cellulaire n’entre pas parce qu’il y a trop de montagnes [de vallons ou de forêt], la pagette semble plus efficace.

Jacques Demers, président Fédération québécoises des municipalités (FQM)

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers a alerté Bell Canada, les gouvernements du Québec et du Canada du danger que peut représenter la fin du service de pagette dans certaines municipalités.

Souvent les services d’incendie utilisent deux ou trois moyens de communication : la pagette, le cellulaire et, aussi, la radio. S’ils en ont trois, c’est parce qu’il y a des raisons. Il y a des zones où un de ces appareils-là ne fonctionne pas bien, indique-t-il.

Jacques Demers, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et président de la Fédération québécoise des municipalités, en entrevueJacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités Photo : Radio-Canada

Jacques Demers aimerait que Bell Canada reporte sa décision ou, à tout le moins, que les gouvernements répertorient les secteurs où l’abolition du service de pagette peut avoir des conséquences.

S’il n’y a pas d’autres alternatives [que la pagette], je ne peux pas croire que le gouvernement laisserait une zone pas desservie pour les services d’urgence, plaide-t-il.

Pour le moment, les appels répétés de la FQM auprès des deux niveaux de gouvernement sont restés lettre morte.

De son côté, Bell Canada dit avoir pris « des dispositions avec de plus petits fournisseurs pour les clients qui souhaitent continuer à utiliser leurs services de radiomessagerie, lorsque disponibles ».

Une population en danger

À Whaltam, le chef du service des incendies dit avoir exploré plusieurs options. Au-delà de certains défis techniques, la petite municipalité de 386 âmes n’a pas les reins assez solides financièrement pour investir dans des services de télécommunication souvent hors de prix.

Les discussions avec Bell Canada pour un report de la décision ne mènent nulle part. À court terme, la Municipalité est dans une impasse. Et le temps commence à presser.

Nous sommes inquiets, admet M. Perry, qui ne peut consacrer tout son temps à ce problème puisqu'il doit, en plus, gérer des inondations sans précédent dans sa municipalité. Il n'a pas le temps de faire les analyses qualité-prix, d'aller en soumissions, etc.

Nous avons probablement dépassé ce délai, maintenant, dit-il laissant entendre que le problème ne sera pas réglé avant le 30 juin.

Ottawa-Gatineau

Télécommunications