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Des neurones dédiés aux Pokémon permettent de mieux comprendre la mémoire visuelle

On voit en contre-plongée deux jeunes qui jouent avec des cartes Pokémon et le jeu Pokémon sur la console Gameboy.
Deux jeunes en 1999 jouent avec des cartes Pokémon et au jeu Pokémon sur la console Gameboy. Photo: La Presse canadienne / Tom Hanson
Renaud Manuguerra-Gagné

Les adultes qui ont beaucoup joué à Pokémon dans leur jeunesse possèdent une région dans leur cerveau exclusivement dédiée à la reconnaissance rapide de ces différentes créatures. Bien qu'amusante, cette découverte permet aussi de mieux comprendre comment le cerveau emmagasine et organise l'information visuelle.

Avis à celles et ceux qui ont passé plusieurs heures de leur vie à découvrir, à mémoriser et à attraper les 151 créatures du premier jeu vidéo Pokémon : il existe un groupe de neurones dans votre cerveau spécifiquement dédié à faire la différence entre un Pikachu, un Évoli et une multitude d’autres personnages présents dans cet univers.

Cette découverte n’est pas surprenante en soi, car toute activité à laquelle nous sommes prêts à consacrer des heures de notre temps va engendrer des changements durables dans différentes régions du cerveau.

Là où ces travaux, réalisés par des chercheurs de l’Université Stanford (Nouvelle fenêtre), sortent de l’ordinaire, c’est qu’ils permettent de mieux comprendre comment le cerveau traite de l’information visuelle. Plus encore, ils expliquent comment le cerveau analyse et mémorise certains types d’informations de façon similaire chez chaque individu.

Le secret de la mémoire visuelle

Notre cerveau est capable de reconnaître instantanément une multitude d’informations visuelles, qu’il s’agisse de traits faciaux, d’objets, de lieux ou même de mots dans un livre.

Ce rôle est géré par une région du cerveau nommée le lobe temporal. L’activation de différents groupes de neurones de cette région est ce qui nous permet d’interpréter et de reconnaître certaines catégories d’objets.

Beaucoup d’études sur la mémoire visuelle suggèrent que notre cerveau apprend à reconnaître les objets à un très jeune âge et que les neurones responsables de cette information se développent durant l’enfance.

Or, on ne sait toujours pas pourquoi certaines régions du cerveau sont spécifiquement associées à un type d’information, et encore moins pourquoi ces régions sont les mêmes chez chaque être humain.

Il existe plusieurs réponses possibles à cette question. Il se peut que le cerveau classifie les objets grâce à leur forme et à leur apparence. Il est aussi possible qu’il les classifie selon notre façon de les regarder, en fonction de l’espace qu’occupent ces objets dans notre champ visuel et si leur observation implique la vision centrale ou de la vision périphérique.

Or, pour tester ces hypothèses, il faudrait soumettre des enfants à un exercice de mémorisation durant des heures, et s’assurer que les conditions de l’expérience et le stimulus visuel employé sont à la fois identiques pour tous les participants, mais aussi assez uniques pour qu’ils ne ressemblent à rien d’autre existant dans le monde réel. C’est ici que les Pokémon peuvent rendre un grand service à la science.

Apprenez-les tous

Non seulement ce jeu nécessite d’apprendre à reconnaître et à maîtriser les centaines de créatures qui s’y trouvent, mais tous les joueurs y ont été exposés dans un contexte similaire : avec la console portable Gameboy de Nintendo, un objet de petite taille maintenu à moins d’un mètre du visage.

Ce contexte était suffisamment standardisé pour permettre aux chercheurs de l’utiliser pour étudier la mémoire. Ils ont recruté 22 personnes dans la vingtaine, parmi lesquelles une moitié n’avait jamais joué à Pokémon et l’autre était constituée de joueurs vétérans.

Les participants ont été placés dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique, où ils se sont fait montrer différentes images de mots, de paysages, de dessins animés et de Pokémon.

Durant l’expérience, l’activité cérébrale mesurée par les chercheurs était similaire pour tous les participants, sauf lorsqu’on leur présentait des images de Pokémon. À ce moment, seuls ceux qui avaient joué aux jeux avaient une activité accrue dans une région nommée le gyrus occipito-temporal.

Cette région a déjà été associée à la mémorisation d’objets comme des visages, que l’on observe à l’aide de la vision centrale, et est plus éloignée des régions du cerveau qui réagissent aux paysages, que l’on observe avec la vision périphérique.

Puisque l’utilisation de la Gameboy exclut la vision périphérique, cette étude semble se rallier à l’hypothèse selon laquelle le cerveau classifie l’information en fonction de notre façon de regarder un objet plutôt que par son apparence.

Ces résultats montrent aussi que le cerveau est capable de créer des régions extrêmement spécialisées et que ce développement varie selon les expériences durant l’enfance.

Finalement, ils ouvrent la porte à la possibilité que des enfants ne pouvant pas voir des objets correctement, à la suite d’un trouble de la vision en bas âge par exemple, puissent encoder de l’information à des endroits du cerveau qui diffèrent des autres.

Science