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Les demandes d'asile ont plus que triplé en trois ans au Canada

Des migrants se rendent au Canada par le chemin Roxham alors que des agents de la GRC les attendent de l'autre côté de la frontière.
Des demandeurs d'asile font leur entrée au Canada. Photo: Radio-Canada
Jean-Philippe Nadeau

De nouveaux chiffres de Statistique Canada montrent que les demandes d'asile ont plus que triplé au pays de 2015 à 2017, mais que cette croissance a commencé à ralentir à partir de 2018. Ces statistiques sont publiées au moment où le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, décide d'annuler dès maintenant la politique du gouvernement Harper sur les pays d'origine désignés comme étant sécuritaires pour certains demandeurs.

Les statistiques concernent les individus qui ont demandé l'asile dès leur entrée au Canada ou après leur arrivée. Le nombre de demandeurs d'asile est ainsi passé de 16 058 en 2015 à 50 389 en 2017. Malgré cette hausse, le rythme de croissance a ralenti en 2018 avec 55 023 requêtes.

Ce n'est toutefois pas la première fois que le Canada connaît des pics de croissance semblables. Au cours des années 2001 et 2008, on avait également enregistré d'importantes hausses de demandes d'asile. L'analyste de Statistique Canada, Scott McLeish, soutient qu'une telle hausse n'est donc pas inhabituelle. Ces augmentations importantes dans ce groupe de la population fluctuent d'une année à l'autre avec des hauts et des bas, dit-il.

On sait qu'il y a un lien entre l'augmentation du nombre de demandeurs d'asile et l'augmentation récente de nombres d'immigrants irréguliers, c'est sûr, mais en dehors de cela, même pour les personnes qui entrent au Canada de façon régulière, il y a une augmentation dans le nombre de demandeurs d'asile depuis 2015 aussi.

Scott McLeish, analyste à Statistique Canada

Les nouvelles statistiques ne mentionnent toutefois pas le taux d'acceptation de tous ces individus, mais ce ne sont pas tous les demandeurs d'asile qui deviennent des résidants permanents au Canada. Ceux qui sont en revanche acceptés deviennent des personnes protégées et, dans ce groupe, 67 % d'entre-eux s'installent en Ontario contre 19 % au Québec, poursuit M. McLeish.

Des agents des services frontaliersDes membres de l'Agence des services frontaliers du Canada passent devant des demandeurs d'asile à la frontière de Lacolle, au Québec, à l'été 2017. Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Les chiffres indiquent par ailleurs que ces demandeurs sont de manière générale plus jeunes que la moyenne des Canadiens. En 2017, 26 % d'entre eux étaient ainsi âgés de 0 à 14 ans alors que les Canadiens ne sont que 16 % dans ce groupe d'âge.

La majorité des demandeurs (55 %) durant ces trois années étaient par ailleurs des hommes, et bon nombre d'entre eux se situaient dans le groupe des 15-54 ans.

L'étude montre par ailleurs que la situation économique de ces demandeurs s'améliore avec le temps lorsqu'ils obtiennent leur résidence permanente. Statistique Canada n'en donne pas les raisons, mais la connaissance de l'une des deux langues officielles peut assurément les aider à trouver un emploi plus facilement, selon M. McLeish.

Les demandeurs d'asile qui ont été acceptés au Canada en 2006 avaient par exemple un salaire annuel moyen de 21 800 $ l'année suivante. Dix ans plus tard, ce salaire moyen était de 33 300 $ par an.


Les principaux pays pourvoyeurs de demandeurs d'asile


Le salaire annuel moyen des immigrants était relativement plus élevé durant la même décennie. Il est passé de 25 900 $ en 2007 à 40 700 $ en 2017.

Ces statistiques ont été colligées par Statistique Canada, Immigration et Citoyenneté Canada et la GRC.

Ahmed Hussen parle, debout, dans la Chambre des communes.Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, lors d'une période des questions à la Chambre des Communes. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Leur publication coïncide par ailleurs avec l'annonce du ministre Hussen au sujet de l'annulation de la politique sur les pays d'origine désignés. La décision du ministre suspend la politique des conservateurs de 2012 en attendant que la loi puisse être abrogée à une date ultérieure.

Les citoyens de 42 pays, principalement d'Europe de l'Est et du Mexique, étaient auparavant assujettis à plusieurs interdictions, comme celle de faire appel d'une décision de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié en cas de refus ou celle de travailler au pays durant six mois.

Un panneau signalétique montrant les douanes pour les passagers en immigration dans un aéroport. Ottawa abandonne la politique des pays d'origine désignés que les conservateurs avaient adoptée en 2012. Photo : iStock

Le gouvernement Harper jugeait à l'époque que ces 42 pays étaient assez sécuritaires pour y renvoyer leurs citoyens lorsqu'ils étaient refusés au Canada. La politique devait aussi permettre d'éviter que le système d'immigration soit utilisé à mauvais escient et de traiter les demandes plus rapidement au pays.

Le Conseil canadien pour les réfugiés avait fait pression sur le gouvernement libéral pour qu'il annule cette directive. La politique sur les pays d'origine désignés consistait à traiter les demandeurs de façon différente avec moins de droits, mais la Cour fédérale a jugé qu'elle était inconsitutionnelle, explique sa directrice générale, Janet Dench.

Ces changements vont maintenant faciliter les choses pour certains demandeurs qui souffrent encore des impacts de cette politique et je pense que ce qui s'est passé avec ce régime d'immigration nous donne aujourd'hui raison.

Janet Dench, Conseil canadien pour les réfugiés

Dans un communiqué, le ministre Ahmed Hussen soutient que cette politique n'a pas permis d'atteindre ses objectifs. Il y écrit que plusieurs décisions de la Cour fédérale ont invalidé certaines dispositions de la politique des pays d'origine désignés, la Cour estimant qu'elles ne se conformaient pas à la Charte canadienne des droits et libertés.

Le ministre affirme que la révocation de la désignation permettra d'administrer les demandes d'asile de façon plus juste et plus efficace. Cette décision concerne un petit contingent d'individus parmi tous les demandeurs d'asile. De 2013 à 2019, 12 % des demandes d'asile ont été présentées par des citoyens issus de ces 42 nations.

Il explique en outre que sa décision d'annuler cette politique n'a rien à voir avec l'évolution positive des conditions de vie qui prévalent dans tous ces pays et qu'elle n'aura aucune incidence sur l'entente sur les tiers pays sûrs qu'Ottawa a signée avec Washington.

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