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Les montants offerts par Québec pour rénover les cours d’école jugés insuffisants

Une maquette du projet.
Le projet de rénovation de la cour extérieure de l'École Lambert-Closse, dans l'arrondissement montréalais du Plateau-Mont-Royal, fait partie de ceux qui ont été retenus par le ministère de l'Éducation. Photo: Architectes paysagistes Fauteux et associés
Jérôme Labbé

Des cours d'école rafraîchies à temps pour la double récréation obligatoire de 20 minutes à l'automne : Québec annonce le financement de 140 projets de rénovation cet été au coût de 3 millions de dollars, soit environ 21 500 $ en moyenne. Des acteurs du milieu jugent toutefois ces montants insuffisants et invitent le gouvernement à revoir son programme.

L'annonce du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, s'est déroulée vendredi matin à l'école innovatrice Quatre-Saisons, sur le territoire de la Commission scolaire Marie-Victorin, dans l'arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil.

Cet établissement figure d'ailleurs parmi les 140 projets retenus par le ministère. Il recevra un montant de 25 000 $ – la somme maximale – qui lui permettra d'aménager un terrain multisport synthétique.

L'annonce de vendredi arrive au moment où l'année scolaire tire à sa fin, a souligné le ministre. « Ce sera des vacances spéciales, parce que les élèves – et toute l'équipe-école – vont retrouver leur cour d'école embellie au mois de septembre », a-t-il promis, ce qui coïncidera avec la nouvelle obligation pour les écoles primaires d'offrir quotidiennement deux périodes de récréation d'au moins 20 minutes chacune ainsi qu'avec l'ajout de 250 maternelles 4 ans.

Répartis dans 49 commissions scolaires, les établissements qui bénéficieront des subventions annoncées vendredi se partageront un peu moins de 3 millions de dollars, soit le même montant que celui annoncé à pareille date l'an dernier. Presque toutes les régions du Québec pourront en profiter, sauf Laval et le Nord-du-Québec, où aucun projet n'a été retenu.

Les directions d'école recevront 21 429 $ en moyenne, mais le financement alloué variera en fonction des projets retenus. Certains établissements, par exemple, recevront moins de 5000 $.

Le ministre Roberge fait pourtant montre d'optimisme. « Chaque geste pris isolément peut paraître vain, ou petit, ou avoir un impact limité sur la réussite scolaire ou sur la vie des écoles, mais quand on se décolle un peu […], on peut voir qu’il y a un ensemble d’actions, de gestes concertés, qui vont faire que dans quelques mois, mais surtout dans deux ans, dans trois ans, le visage de nos écoles et puis l’ambiance dans nos écoles vont avoir changé pour le mieux », assure-t-il.

Comme on dit, un éléphant, ça se mange à la petite cuillère!

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation

M. Roberge souhaite que les subventions annoncées vendredi puissent servir à aménager des cours d'école plus vertes, plus attrayantes, dotées de plus beaux modules de jeux et de zones d'ombre qui permettront aux élèves de se protéger du soleil au besoin.

Des projets coûteux

Les subventions accordées vendredi dans le cadre du programme « Embellissement des cours d'école » couvriront au maximum 40 % des coûts de chacun des projets, moins le remboursement des taxes en vigueur. Mais rénover de fond en comble une cour d'école coûte souvent bien plus cher, soulignent plusieurs acteurs du milieu de l'éducation.

Inaugurée récemment, la nouvelle cour extérieure de l'école primaire des Petits-Explorateurs, à Longueuil, a coûté quelque 300 000 $. La moitié de la facture – soit un peu plus de 150 000 $ – a été financée par la communauté, qui a multiplié les activités de financement, et par d'autres donateurs, comme la Fondation du Grand Montréal, la Banque Nationale, la RBC et la Banque TD. Les travaux se sont échelonnés sur six ans.

« Avec 21 000 $, on peut faire des choses, on peut faire un peu de verdissement, on peut acheter éventuellement un module de jeux, mais... d'après moi, pas plus que ça », confie Géraldine Jacquart, l'un des parents responsables du projet.

La nouvelle cour d'école des Petits-Explorateurs comprend un terrain de soccer synthétique.La nouvelle cour d'école des Petits-Explorateurs a coûté environ 300 000 $. Photo : Courtoisie

« Oui, ça va en prendre davantage », confirme Carole Lavallée, présidente de la Commission scolaire Marie-Victorin, qui couvre à la fois l'école innovatrice Quatre-Saisons et l'École des Petits-Explorateurs. « Mais ça va prendre aussi un programme particulier – en tout cas, il va falloir le moduler un peu – pour que les écoles en milieu défavorisé en obtiennent davantage. »

Car il est souvent moins facile pour ces écoles de se tourner vers la communauté pour obtenir le financement désiré.

Un plafond à revoir

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) demande pour sa part au ministre Roberge de bonifier le programme « Embellissement des cours d'école », qui existe depuis plusieurs années. Sans s'attaquer à la portion couverte par Québec, soit 40 % du financement des projets, elle propose de ne pas fixer de montant maximum, afin que des projets plus ambitieux puissent être étudiés. D'autant plus que, selon les règles en vigueur, le même projet ne peut pas, sauf exception, être soumis au ministère deux années de suite.

Actuellement, le montant maximum alloué par Québec dans le cadre du programme « Embellissement des cours d'école » est de 25 000 $ par projet – un plafond qui, selon les documents consultés par Radio-Canada, n'a pas été indexé depuis au moins sept ans.

La FCSQ demande également l’ajout d’une allocation spécifique – un financement additionnel, autrement dit – pour l’aménagement et l’embellissement des cours extérieures lorsqu’une école est agrandie.

Mais pour la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), le problème est beaucoup plus profond. Son président, Éric Pronovost, estime que les gouvernements précédents ont fait preuve de « négligence » envers le milieu de l'éducation en général et qu'il faudra bien plus que du « saupoudrage » pour combler les besoins des établissements scolaires.

« Entre ce qui se passe sur le terrain et les voeux du ministre de l'Éducation, des fois, il y a beaucoup d'écart », souligne-t-il.

« Pour 25 000 $, vous avez une balançoire, deux glissades... et puis vous savez, dans une cour d'école, quand on installe des jeux, maintenant, il y a tout le sol aussi qu'il faut préparer! », rappelle M. Pronovost.

Je vous le dis : 25 000 $, c'est une graine de sable sur la plage.

Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

Interrogé sur les besoins grandissants des écoles, le ministre Roberge a promis de nouvelles sommes dans le prochain budget de son gouvernement, en 2020. « Ce sera plus », a-t-il laissé tomber en mêlée de presse, vendredi. « Et dans la modulation aussi, je voudrai peut-être améliorer la répartition, pour être sûr que les milieux défavorisés en bénéficient même encore davantage. »

Avant de procéder à son annonce, le ministre a d’ailleurs accompagné la députée locale, Catherine Fournier, qui l’avait invité à visiter la cour extérieure de l’École Hubert-Perron, qui peine à se qualifier au programme en vertu des règles actuelles.

« Cette cour d’école a effectivement besoin d’amour, et l’école a un projet emballant dans ses cartes », écrit-il sur Facebook. « Si pour les années futures, nous pouvons mieux répartir l’argent destiné à embellir nos cours d’école, nous le ferons. Je m’engage à donner suite à la demande pertinente de ma collègue en ce sens et à étudier la question. »

Avec la collaboration de Kim Vermette

Éducation

Politique