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Washington et Ottawa annoncent la levée des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium

Justin Trudeau a confirmé la levée des tarifs dans une aciérie d'Hamilton, en Ontario. Photo: La Presse canadienne / Tijana Martin
Radio-Canada

Les tarifs douaniers imposés par les États-Unis aux importations d'acier et d'aluminium en provenance du Canada, et ceux imposés par Ottawa en représailles, seront levés d'ici deux jours, ont annoncé vendredi les deux pays dans une déclaration conjointe.

Le premier ministre canadien, qui s'est rendu vendredi après-midi à l'aciérie Stelco, à Hamilton, a déclaré qu'il s'agissait d'une « excellente nouvelle » pour les travailleurs de l'industrie.

« Les Américains voulaient qu’on fasse des concessions. Ils demandaient des quotas, ils voulaient mettre des limites sur notre industrie. Et on a dit non », a indiqué Justin Trudeau, soulignant que les négociations avaient exigé « beaucoup de travail » et généré « beaucoup de pression ».

La déclaration commune publiée par les deux pays prévoit que tous les droits imposés sur les produits de l’acier et de l’aluminium seront levés d'ici un maximum de 48 heures, de part et d'autre de la frontière.

Le gouvernement canadien a également convenu d'empêcher que de l'acier chinois ne se retrouve aux États-Unis après avoir transité sur son territoire. « Les États‑Unis et le Canada mettront en œuvre des mesures efficaces pour prévenir [...] le transbordement d’acier et d’aluminium fabriqués ailleurs qu’au Canada ou aux États‑Unis vers l’autre pays », indique-t-on dans la déclaration.

En point de presse, Justin Trudeau a abordé cette question à mots couverts, évitant de montrer du doigt la Chine.

On sait qu'on est dans un moment difficile pour le commerce mondial, en acier particulièrement, à cause des choix que font différents pays, mais maintenant, le Canada et les États-Unis vont travailler ensemble pour protéger les travailleurs et bâtir l'industrie.

Justin Trudeau, premier ministre canadien

Interrogé sur ce déblocage majeur dans les relations commerciales avec les États-Unis sur les ondes de CBC, le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, a salué la persévérance de son gouvernement dans ces négociations et ce qu'il considère comme une « victoire sur tous les fronts » pour le Canada.

Nous en sommes arrivés à une entente qui retire complètement les tarifs américains sur l’acier et l’aluminium. Et nous l’avons fait sans rien laisser aller en échange. […] Nous avons complètement éliminé ces tarifs.

Bill Morneau, ministre fédéral des Finances

Pour le ministre des Finances, c'est une excellente nouvelle pour l'économie canadienne.

Un avis que partage son collègue François-Philippe Champagne, ministre de l'Infrastructure et des Collectivités : « Les grands gagnants, ce sont les travailleurs, c’est les familles, mais c’est aussi les consommateurs […] parce que ça avait un impact sur les prix de certains produits, alors je pense que ça ramène aussi la prévisibilité et la stabilité dans le marché ».

« Dans le domaine de l’aluminium, environ 84 % de nos exportations allaient vers les États-Unis. C’est important pour nous de stabiliser ça. [….] C’était devenu bien compliqué pour tout le monde ces tarifs-là », a expliqué le ministre Champagne sur les ondes d'ICI RDI.

« À l’aube de la saison de la construction, c’est une bien bonne nouvelle pour tout le monde », a-t-il conclu.

Entrevue avec François-Philippe Champagne, ministre de l’Infrastructure

Vers la ratification de l'ACEUM

Or, bien que d'autres étapes restent à franchir avant la ratification de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) par les trois pays membres, la levée des tarifs punitifs sur les métaux de part et d'autre de la frontière constitue une avancée majeure, a affirmé Justin Trudeau.

Je vais être honnête, ces tarifs étaient la plus grande barrière à la ratification, pour nous et pour les États-Unis, du nouvel accord d'ALENA. […] On vient de faire un grand pas vers l’avant.

Justin Trudeau, premier ministre canadien

La décision du président Trump d'imposer des tarifs sur l'acier et l'aluminium canadiens avait été interprétée comme une façon de mettre de la pression dans le cadre des négociations sur le renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), alors en cours.

Malgré une entente sur une nouvelle mouture de l'accord, le 1er octobre dernier, le gouvernement américain avait maintenu les tarifs douaniers, au grand dam du gouvernement canadien, qui avait alors remis en question sa ratification du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique.

À Washington, où il prenait la parole vendredi devant une salle remplie d’agents immobiliers, le président américain Donald Trump a aussi confirmé la levée des tarifs, écorchant tout de même le Canada au passage, signe des négociations serrées entre les deux pays.

Donald Turmp s'adresse à une salle remplie d'agents immobiliers.Le président des États-Unis considère que l'entente commerciale conclue avec le Mexique et le Canada sera des plus bénéfiques pour son pays. Photo : Radio-Canada

« J’ai le plaisir de vous annoncer que nous nous sommes entendus avec le Canada et le Mexique, et que nous pourrons désormais vendre nos produits dans ces pays sans imposition de tarifs majeurs », a-t-il d'abord affirmé.

Vous savez, nous avons de formidables relations avec le Canada, […] mais il nous a imposé des tarifs extrêmement élevés, aussi élevés que 285 % sur nos produits agricoles, ce qui n’est rien d’autre qu’une barrière tarifaire.

Donald Trump, président des États-Unis

Estimant par ailleurs que l'ACEUM sera « fantastique » pour les États-Unis, le président a dit espérer que le Congrès l’approuvera rapidement.

Une résolution durable du conflit

Les tarifs américains de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur celles d’aluminium ont d'abord été décrétés par Washington en vertu du Trade Expansion Act de 1962. Son article 232, rarement utilisé jusque-là, permet au président américain d'imposer des tarifs douaniers sur certaines importations, si cela est jugé nécessaire pour la sécurité nationale.

Ottawa avait immédiatement annoncé des représailles. Le Canada considérait qu’il s’agissait de surtaxes illégales en vertu des règles commerciales de l’Organisation mondiale du commerce et de l’ALENA.

Une plainte déposée par le Canada à l'OMC doit d'ailleurs être retirée en vertu de l'entente annoncée vendredi. « Les États‑Unis et le Canada mettront fin à toutes les procédures qui les opposent en instance à l’Organisation mondiale du commerce », peut-on lire dans la déclaration commune de vendredi.

Cette entente est le meilleur scénario pour la suite des choses, a estimé en entrevue à RDI Geneviève Dufour, directrice du programme de maîtrise en droit international et politique internationale de l’Université de Sherbrooke.

« Les règles du commerce international ne font pas en sorte qu’on est capable de rattraper ce qui est perdu. Même si on avait eu une décision devant l’OMC, tout ce que ça aurait fait, c’est la levée des tarifs. Le mal est fait », a-t-elle expliqué.

Elle considère l'entente comme une excellente nouvelle tant pour les Canadiens que pour les Américains.

On est allé chercher beaucoup plus que [la levée des tarifs d’ici 48 heures]. On est allé chercher une entente à long terme, et ça, c’est merveilleux, parce qu’on sait que ça n’arrivera plus des tarifs sauvages comme ça sur l’entièreté des produits de l’acier et de l’aluminium.

Geneviève Dufour, directrice du programme de maîtrise en droit international et politique internationale de l’Université de Sherbrooke

« L’entente fait en sorte que s’il y a tout à coup un afflux massif de métaux aux États-Unis, au Canada ou au Mexique, il va y avoir des tarifs qui vont pouvoir être imposés, mais seulement à la suite d’une enquête. […] C’est vraiment tout à fait positif », a souligné Mme Dufour.

L'entente prévoit en effet le déploiement d'un mécanisme de consultation avant qu'un pays ne puisse imposer des droits punitifs, dont le taux pourra aller jusqu’à 10 % pour l’aluminium et jusqu’à 25 % pour l’acier. De plus, si le pays importateur prend une telle mesure, le pays exportateur ne pourra exercer de représailles que dans le secteur touché.

Économie