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Le cannabis, une aubaine pour Hydro-Québec

Un plant de cannabis sous une lampe.
L'entreprise Verdélite prévoit utiliser plus d'un millier de lampes de 1000 watts chacune pour la culture du cannabis. Photo: Radio-Canada
Hugo Lavallée

La légalisation du cannabis a entraîné une hausse de la demande en électricité, permettant ainsi à la société d'État d'écouler une partie de ses surplus.

Rien à l’extérieur du bâtiment ne laisse entrevoir qu’on produit ici des milliers de kilos de cannabis. Située dans le parc industriel de Saint-Eustache, l’usine de production de l’entreprise Verdélite ressemble à un banal entrepôt. Le bâtiment est peu fenestré, mais cela n’a aucun impact sur la production, puisqu’on ne recourt ici qu’à de l’éclairage artificiel.

Derrière la façade terne, quatre serres intérieures sont déjà en production et 19 autres sont en train d’être aménagées. À terme, on prévoit que quelque 12 000 plants de cannabis seront en croissance ou en floraison simultanément, et ce, à tout moment de l’année. Pour permettre la photosynthèse, près de 1200 lampes de 1000 watts chacune resteront allumées la plupart du temps.

Des fleurs de cannabis s'empilent dans un bac.Différents appareils électriques sont utilisés pour la production industrielle de cannabis. Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

En plus de l’éclairage, de nombreux appareils de climatisation et de déshumidification sont reliés au circuit électrique. Des machines servant à l’emballage ou au tri des fleurs séchées doivent aussi être alimentées en énergie.

« Une de nos plus grosses factures, c’est l’électricité », expose d’entrée de jeu le président de l’entreprise, Thierry Schmidt. Cette dernière atteint jusqu’à 40 000 $ par mois à l’heure actuelle, mais elle risque de s’élever à plus de 100 000 $ mensuellement une fois le bâtiment entièrement aménagé.

On est capables d’opérer un endroit haut de gamme avec une culture intérieure très contrôlée et on est capables de le faire à prix intéressant parce que certains frais sont beaucoup plus bas qu’ailleurs, dont les frais hydroélectriques qui sont les moins chers au Canada.

Thierry Schmidt, président de Verdélite

Verdélite a été rachetée il y a plus d’un an par la britanno-colombienne Emerald Health Therapeutics et le faible coût de l’énergie québécoise a pesé dans la décision de l’entreprise – tout comme les coûts de la main-d’œuvre, plus faibles au Québec qu’en Ontario ou en Colombie-Britannique. Les marges de manœuvre budgétaires ainsi dégagées peuvent être réinvesties, notamment dans l’aménagement des bâtiments.

« On peut aller chercher des coûts d’opération similaires [à ceux d’une serre en Ontario] même si on a un bâtiment qui vaut trois fois le prix ici », explique le président de Verdélite.

Un marché en pleine expansion

Selon les premières données compilées par Hydro-Québec, la culture du cannabis consomme proportionnellement plus d’énergie que la culture maraîchère ou ornementale.

À l’heure actuelle,

  • 16 serres de cannabis (intérieures ou extérieures) sont en activité sur le territoire québécois
  • pour une consommation totale de 5 GWh par mois


En comparaison,

  • 238 serres font pousser autre chose que du cannabis
  • pour une consommation totale de 22 GWh par mois

« Dans le domaine des serres, le cannabis, c’est le secteur où il y a le plus de consommation électrique », explique le président d’Hydro-Québec Distribution Éric Filion.

Éric Fillion dans son bureau.Depuis la légalisation du cannabis, la consommation énergétique des propriétaires de serres a considérablement augmenté, explique le président d’Hydro-Québec Distribution, Éric Filion. Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

C’est aussi le domaine du secteur agricole où la création d’emploi par mégawatt de puissance installée est la plus élevée. Selon Hydro-Québec, une serre industrielle peut créer entre 10 et 20 emplois par mégawatt, soit une proportion semblable à celle des centres de données – qui varie de 5 à 25 emplois par mégawatt. L’industrie de l’aluminium, en comparaison, crée moins de 3 emplois par mégawatt de puissance installée.

« Dans les serres, c’est peut-être des emplois avec des salaires plus bas que dans les centres de données, mais c’est assez impressionnant en termes d’emplois par consommation. […] Quand on a voulu faire du démarchage pour écouler nos surplus, on a visé évidemment des créneaux d’industrie qui avaient une bonne consommation, mais on regarde aussi l’impact économique que ça peut avoir », fait valoir M. Filion.

Prévisions des ventes d'électricité en forte hausse

Depuis la légalisation du cannabis, « on se fait solliciter beaucoup », poursuit M. Filion. Et ce n’est que le début. Une étude préparée pour le compte d’Hydro-Québec laisse entrevoir des ventes de 500 GWh d’énergie par année dans le secteur du cannabis d’ici 2023 (le chiffre est de 60 GWh par année à l’heure actuelle).

La disponibilité de terrains et la proximité avec les marchés de consommation attirent les investisseurs, notamment dans la grande région montréalaise. De grandes serres nécessitant une puissance installée pouvant atteindre de 25 MW à 50 MW sont sur le point d’être construites, se réjouit M. Filion.

« Il y a toute la possibilité de créer un écosystème. Comme un centre de données, ça peut amener un centre de recherche, un centre de réparation des serveurs… il y a tout un écosystème qui s’installe. Les serres, ce qui est intéressant, une fois que ça s’installe, ça développe tout un marché de serres. L’exemple de ça, c’est l’Ontario, la péninsule au sud de l’Ontario... c’est la septième plus grande région pour l’horticulture au monde », met en contexte le dirigeant. Il estime que le Québec pourrait aussi devenir l’une de ces régions.

Au-delà de ses faibles coûts, l’aspect renouvelable de l’énergie québécoise constitue aussi un attrait. Au Canada et aux États-Unis, des lobbys exercent des pressions de plus en plus grandes sur les entreprises pour qu’elles réduisent leur empreinte carbone.

« Dans le monde des centres de données, on est très interpellé par les joueurs qui veulent verdir leur image, on le voit beaucoup. Ça commence avec les serres de cannabis. Il y a des producteurs qui effectivement sont très soucieux de ça », affirme le porte-parole d’Hydro-Québec Cendrix Bouchard.

Pour inciter les producteurs de cannabis à regrouper leurs activités et à consommer davantage d’énergie, Hydro-Québec offre des tarifs dégressifs : plus la consommation est grande, plus le tarif est bas.

Verdélite entend bien saisir l’occasion : « Avec les frais d’opération qui sont assez avantageux, on regarde déjà d’autres opportunités », conclut son président Thierry Schmidt.

Hydro-Québec dispose à l’heure actuelle d’importants surplus d’énergie. Uniquement l’an dernier, la société d’État a dû déverser l’équivalent de 10 TWh (10 000 GWh). L’entrée en vigueur d’un contrat d’exportation vers le Massachusetts et la conclusion éventuelle d’une entente avec la Ville de New York devraient toutefois contribuer à faire diminuer ces surplus d’ici les cinq prochaines années.

Des fleurs de cannabis triées et déposées dans des sacs.La production industrielle du cannabis se fait en plusieurs étapes. Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

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