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Allstate dit que sa poursuite contre la lanceuse d'alerte Medha Joshi est bien fondée

Le lettrage de la compagnie d'assurances.

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Photo : Associated Press / Nati Harnik

Jean-Philippe Nadeau

La compagnie d'assurance Allstate se défend devant les tribunaux de vouloir faire taire une ancienne employée avec une poursuite de près d'un million de dollars pour avoir révélé à CBC de présumées pratiques discriminatoires. Medha Joshi soutient que l'entreprise a demandé à son personnel de ne plus vendre d'assurance auto à Brampton, parce que la fraude y est plus fréquente qu'ailleurs dans la province.

Allstate reproche à Mme Joshi d’avoir révélé à CBC de présumées pratiques discriminatoires basées sur l’ethnicité de ses clients à Brampton. Ses avocats soutiennent en Cour supérieure à Toronto que les allégations de racisme et de pratiques illégales sont très sérieuses. Leur poursuite contre Mme Joshi est en outre légitime, disent-ils, et ne peut être annulée avant qu’elle ne soit entendue.

Mme Joshi affirme qu’elle a reçu l’été dernier une directive non écrite de son ancien employeur de ne plus vendre d’assurance auto à Brampton. Un signe clair selon elle que l’assureur ciblait les minorités visibles de la municipalité.

La résidante de Milton a depuis été licenciée. Elle poursuit à son tour Allstate pour congédiement injustifié et violation du Code des droits de la personne de l’Ontario.

Le portrait d'une femme

Medha Joshi croit qu'une consigne de travail chez Allstate est discriminatoire.

Photo : Radio-Canada / Michael Cole/CBC News

L’avocat d’Allstate, Sean McAleese, parle d’une atteinte à la réputation de l’entreprise et d’allégations mensongères. Il accuse Mme Joshi d’avoir répandu dans les médias des faussetés malicieuses qui ont porté ombrage à la compagnie d’assurance.

Le code postal n’indique en rien l’origine ethnique de notre clientèle et ce n’est certes pas un nom de code pour désigner des communautés raciales.

Sean McAleese, l’avocat de l’assureur Allstate

Me McAleese ajoute que l’assureur possède un bureau à Brampton. Il peint par ailleurs un autre portrait de Mme Joshi qui a fait croire à CBC qu’elle était une gestionnaire supérieure d’expérience, ce qui n’est pas le cas selon lui.

L’avocat rappelle que le secteur des assurances est une industrie strictement réglementée qui veille au grain dans la province. Il cite la Commission des services financiers de l’Ontario, qui interdit aux assureurs de refuser des clients potentiels sur la base de leur origine ethnique ou de leur code postal.

Un édifice commercial.

La succursale d’Allstate à Brampton, en Ontario

Photo : Google Streetview

Or, l’image de la compagnie est sans tache explique Me McAleese. Il rappelle que l’entreprise Allstate est inclusive et un employeur exemplaire dans le secteur privé. La compagnie prend la diversité de ses employés et de ses clients très au sérieux pour des raisons évidentes de marketing.

L’avocat de l’assureur souligne que la sortie de Mme Joshi dans les médias contre Allstate a porté ombrage à la compagnie, en créant par exemple de la publicité négative à son endroit. Elle n’a par ailleurs aucune preuve de ce qu’elle avance, poursuit-il.

La défense de Mme Joshi affirme que la poursuite d’Allstate est en fait une poursuite bâillon qui vise à la punir et à la réduire au silence. Son avocat, Andrew Monkhouse, argumente que l’assureur ne peut prouver de toute façon la nature des dommages qu’il évoque comme des baisses de revenus ou la perte de clients à Brampton.

On voit l'avocat qui représente Mme Joshi, Andrew Monkhouse, dans son bureau.

Andrew Monkhouse est l'avocat qui représente Mme Joshi.

Photo : Radio-Canada

Me Monkhouse ajoute que l’intérêt public n’aurait pas été servi convenablement si sa cliente n’avait pas sonné l’alarme dans les médias. Il fait en outre valoir que la poursuite ne mentionne nulle part le mot diffamation, mais seulement l’expression faussetés malicieuses.

Me McAleese réplique que la poursuite n’a pas besoin de faire mention d’une diffamation lorsque la réputation de son client a été entachée de la sorte. Il précise que l’entreprise n’a rien contre le fait que les médias rapportent des enjeux d’intérêt public, mais sans faire d’allusions fallacieuses liées à l’ethnicité des gens ou à de prétendus cas de fraude.

Il demande donc à la juge de rejeter la requête de Mme Joshi visant à faire annuler la poursuite. Si vous intercédez en sa faveur, rien ne l'arrêtera de parler davantage aux médias en embellissant ses terribles allégations contre Allstate pour susciter de l'intérêt de façon trompeuse et enflammer le débat, conclut-il

La magistrate a laissé entendre qu'elle rendrait sa décision au début de l'été.

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