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Où en sont les efforts du Canada pour réduire ses émissions de GES?

Des cheminées industrielles d'où on peut voir s'échapper de la fumée.

Le gouvernement du Canada est accusé d'inaction en matière de lutte contre les changements climatiques.

Photo : Reuters / Peter Andrews

Francis Plourde
Mylène Briand

La ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna, veut que le Canada déclare une situation d'urgence climatique. Mais où en est le pays en matière de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre?

L’inventaire national des gaz à effet de serre (GES) soumis en avril à l’Organisation des Nations unies (ONU) dévoile un bilan qui varie selon les provinces. Entre 2005 et 2017, les émissions canadiennes ont diminué de 2 % à l’échelle du pays.

C’est bien loin de l’objectif fixé aux termes de l’Accord de Paris, où le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005.

À l’heure actuelle, seuls le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse semblent avoir atteint cet objectif, mais leur poids dans la fédération est bien mince : à peine 4 % des émissions estimées à l’échelle du pays.

L’Ontario fait aussi figure de championne, avec des baisses de l’ordre de 22 %. Des réductions associées à la fermeture de ses centrales au charbon, amorcée en 2001 et terminée en 2014.

« [Les émissions provenant des centrales au charbon] c’est une cible facile », souligne l’économiste Werner Antweiler, de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). « La plupart des gains en Ontario ont été obtenus en fermant les centrales au charbon et en les remplaçant par des centrales au gaz ou par des sources d’énergie renouvelable. »

Quant à l’Alberta et à la Saskatchewan, durant la même période, elles ont vu leurs émissions augmenter de façon continue, si bien qu’elles produisent à elles seules près de 50 % des émissions canadiennes.

Le Québec et la Colombie-Britannique, les deux provinces souvent citées en exemple en matière de lutte contre les changements climatiques, semblent présenter des résultats divergents.

Le Québec, notamment grâce à son marché du carbone aligné avec la Californie, a réduit ses émissions de 9 % entre 2005 et 2017. Une performance qui ne lui permettra pas d'atteindre son objectif de réduction de 20 % d'ici 2020.

Malgré ses efforts, la Colombie-Britannique, elle, reste à la traîne. « La Colombie-Britannique ressemble beaucoup au Québec. Mais la province a une industrie pétrolière, et ses émissions ont augmenté, annulant les baisses dans d’autres secteurs », souligne le chercheur Stewart Elgie.

Cet économiste de l’Université d’Ottawa ajoute que la province a connu une croissance phénoménale de son PIB - le double de la moyenne nationale - ainsi qu’une augmentation de la population importante.

En affichant le taux d’émissions provinciales par personne, on obtient un tout autre portrait.

En prenant en compte les mouvements de la population, le Québec et la Colombie-Britannique ont connu des baisses de leurs émissions similaires.

On découvre aussi l’ampleur de l’industrie pétrolière et gazière sur les émissions de l’Alberta ou de la Saskatchewan.

En 2017, en divisant les émissions de chaque province selon la population, un Albertain émettait 64,3 tonnes de CO2, un Saskatchewanais, 67,8 tonnes.

C’est cinq fois plus qu’un Ontarien ou un Britanno-Colombien, et sept fois plus qu’un habitant du Québec.

Réunis, les secteurs des transports et l’industrie du gaz et du pétrole représentent plus de la moitié des émissions du Canada.

Les efforts mis en place à l’échelle du pays pour encourager des modes de transports alternatifs ou encore la voiture électrique semblent à peine commencer à porter fruit.

En hausse de façon continue jusqu’en 2013, les émissions provenant de l’industrie des transports atteignent maintenant un taux stable.

« Changer les comportements en matière de conduite automobile est un processus très lent, car le propriétaire moyen garde son véhicule durant 10 à 12 ans, souligne Werner Antweiler. Ça peut prendre une dizaine d’années avant de voir les résultats provenant de politiques publiques. »

L’économiste souligne que les taxes sur l’essence devront augmenter davantage pour qu'on voie un effet significatif.

Si on regarde les données de l’OCDE, il est clair que des taxes sur l’essence élevées montrent des résultats importants à long terme. Et le Canada est en deuxième place des pays où les taxes sur l’essence sont les moins élevées, derrière les États-Unis.

Werner Antweiler, économiste, UBC

Quant à l’industrie du gaz et du pétrole, ses émissions ont pratiquement doublé, passant de 106 mégatonnes par année, en 1990, à 195 mégatonnes en 2017.

La taxe sur le carbone fonctionne, mais…

La tarification de la pollution, entrée en vigueur le 1er avril, est une des mesures les plus publicisées du gouvernement Trudeau pour réduire les émissions du pays. C'est aussi une des plus contestées. La Saskatchewan, l'Alberta, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick et l'Ontario se sont engagés à la combattre.

Au pays, seule la Colombie-Britannique a mis en place une taxe sur le carbone depuis assez longtemps pour en évaluer l’efficacité.

Sans la taxe sur le carbone, les émissions de la Colombie-Britannique seraient bien plus élevées, étant donné sa croissance.

Stewart Elgie, directeur, Institut de l'Environnement, Université d'Ottawa

La taxe sur le carbone a permis de réduire les émissions de la province d’environ 10 %, estime Nicholas Rivers, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en climat et politique énergétique à l'Université d'Ottawa.

« Oui, la taxe sur le carbone peut réduire les émissions, dit-il. Mais le taux de la taxe n’est pas assez élevé pour réduire les émissions de façon importante. Et, une fois en place, elle doit augmenter de façon régulière pour mener à une réduction substantielle des émissions. »

Or, de 2013 à 2017, la taxe n’a pas augmenté en Colombie-Britannique. Ailleurs au pays, elle n'a pas été mise en place depuis assez longtemps pour qu'il soit possible d'en mesurer l'impact.

Les économistes s'entendent aussi sur le fait que la taxation de la pollution doit être accompagnée d'autres mesures.

« La taxe carbone est un outil parmi d’autres, souligne l'économiste Tom Green, de la Fondation David Suzuki. Il n’est pas raisonnable de penser qu’une seule politique résolve le problème des émissions. »

Chose certaine, le Canada est loin d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés, soit d’atteindre un taux d’émissions de 513 mégatonnes par année d’ici 2030.

Même dans les prévisions les plus optimistes, qui prennent en considération les différentes politiques fédérales et provinciales en place, le dernier modèle de projection canadien ne permet pas de conclure que le Canada atteindra ses objectifs.

Or ceux-ci sont déjà bien en deçà de ceux suggérés par le GIEC pour réduire le réchauffement à l’échelle globale à 1,5 degré annuellement en 2030. Pour ce faire, il faudrait qu'en 2030 le Canada n'émette que 385 tonnes de CO2 par année.

MÉTHODOLOGIE

Les données utilisées pour les visualisations sont tirées de l’inventaire national des gaz à effet de serre (GES) accessible sur le site de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (en anglais) (Nouvelle fenêtre). Elles couvrent la période allant de 1990 à 2017 et comprennent les émissions anthropogéniques. Il s’agit toutefois d’estimations. Celles-ci ne comprennent pas non plus les émissions fugitives ou encore les émissions provenant d’événements naturels, comme les feux de forêt.

Les projections utilisées sont celles du gouvernement fédéral dans ses projections de 2018 (Nouvelle fenêtre).

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