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Les premiers poids lourds électriques sur les routes canadiennes dès 2021

Un poids lourds sur l'autoroute 20 à Lévis.

Les deux camions électriques du projet pilote transporteront 63 tonnes sur 700 km à la fois, été comme hiver, pendant un an.

Photo : Radio-Canada

Audrey Neveu

Deux poids lourds électriques à l'hydrogène circuleront bientôt sur les routes de l'Alberta, les premiers du genre au Canada. Doté d'un budget de 15 millions de dollars, le projet pilote de l'agence Emissions Reduction Alberta cherche à démontrer que des camions alimentés ainsi peuvent répondre aux besoins de l'industrie du transport lourd au pays, tout en réduisant son empreinte environnementale.

Selon l’Institut Pembina, la pollution produite par le transport de marchandises au Canada dépassera d’ici 2030 la pollution générée par le transport de personnes.

« Les entreprises de camionnage sont attirées par la capacité des véhicules électriques à l'hydrogène à livrer la performance dont elles ont besoin, sans produire d’émissions de gaz à effet de serre ni contribuer à la pollution atmosphérique des villes », explique David Layzell, directeur du Centre canadien d’analyse et de recherche sur les systèmes d’énergie, un partenaire du projet.

Le projet AZETEC est chapeauté par l’Association du camionnage de l’Alberta et deux de ses membres, Trimac Transport et Bison Transport, qui testeront chacun un véhicule pendant un an, dès le début de 2021. Ceux-ci seront construits par l’entreprise québécoise Nordresa, tandis que les piles à hydrogène seront fournies par l’entreprise britanno-colombienne Ballard.

Nous voulons tester les capacités de camions à l’hydrogène dans de véritables conditions, été comme hiver. Nous voulons voir comment transporter 64 tonnes de marchandise sur 700 kilomètres sans faire le plein.

David Layzell, directeur du Centre canadien d’analyse et de recherche sur les systèmes d’énergie

La technologie de la pile à l’hydrogène pourrait bien être la clé. Cette technologie permet de générer de l’électricité à bord du véhicule, grâce à de l’hydrogène liquide. Mieux, l’hydrogène est l’élément chimique le plus abondant dans l’univers, et son utilisation n’émet aucun gaz à effet de serre.

David Layzell est optimiste quant au succès du projet, puisque la technologie de la pile à combustion à l’hydrogène permet aux véhicules de parcourir des distances bien plus grandes que celles des piles électriques rechargeables.

Un véhicule propre, mais un carburant polluant?

Si l’industrie du transport lourd décide de se tourner vers l’hydrogène, l’Alberta pourrait grandement en bénéficier, puisqu’elle dispose des ressources nécessaires pour produire de l’hydrogène. « L’une des façons les plus communes et économiques est de le faire à partir de gaz naturel et nous en avons de vastes quantités en Alberta », explique David Layzell.

Nous pouvons aussi [produire de l’hydrogène] à partir de pétrole brut et de charbon. Le truc, c’est de produire de l’hydrogène sans relâcher de CO2 dans l’atmosphère. Nous savons comment le faire. Nous l’avons déjà fait.

David Layzell, directeur du Centre canadien d'analyse et de recherche sur les systèmes d'énergie

La production d’hydrogène à partir d’énergies fossiles, même si elle est couplée au stockage du carbone, n’est toutefois pas la meilleure avenue à emprunter pour maximiser les bénéfices environnementaux du transport à l’hydrogène, selon l’analyste en énergies propres de l’Institut Pembina, Vincent Morales. « Il est très important que cet hydrogène soit produit à partir d'énergies renouvelables », affirme-t-il.

La manière « propre » de produire de l’hydrogène provient de l’électrolyse de l’eau : un courant électrique passe dans de l’eau, afin de séparer ses deux éléments chimiques, l’hydrogène et l’oxygène. L’électricité utilisée pour ce procédé proviendrait idéalement de ressources renouvelables.

« En Alberta, nous avons la chance d'avoir des ressources exceptionnelles en matière de solaire et d’éolien qui montrent que nous avons beaucoup de marge pour exploiter ces ressources propres », affirme Vincent Morales.

Une femme fait le plein d'une voiture.

Comme l'hydrogène peut être entreposé sous forme liquide, les véhicules à l'hydrogène peuvent être remplis de la même manière que ceux à essence.

Photo : CBC

Une technologie qui en vaut la peine

L’analyste en énergies propres concède que, même si l’hydrogène est produit à partir d’énergies fossiles, le véhicule propulsé à l’hydrogène, lui, n’émet aucun gaz polluant. « Même si on n’implante pas maintenant [une production d’hydrogène propre], ça produit toujours des bénéfices intéressants, par exemple la réduction de la pollution de l'air local », dit-il.

C’est pour lui une raison suffisante pour commencer tout de suite la transition vers les camions et les voitures à l’hydrogène.

David Layzell croit effectivement que la production d’hydrogène à partir d’énergies fossiles ne doit servir que de moyen de transition. « Ça aiderait l’économie à s’orienter vers une économie qui produit peu de carbone. Par la suite, nous pourrons utiliser de plus en plus d’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique pour produire l’hydrogène, au fur et à mesure que nous développons l’infrastructure », explique-t-il.

« Même si [la production de l’hydrogène] n’est pas optimale aujourd’hui, elle peut très bien devenir meilleure d'ici quelques années », dit pour sa part Vincent Morales.

Alberta

Énergies renouvelables