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Plus d’enfants intoxiqués au cannabis depuis la légalisation, dit l'Hôpital de Montréal pour enfants

Une femme cuisine avec du cannabis chez elle avec son enfant qui l'observe, dans sa chaise haute.

Depuis l'entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au Canada, le 17 octobre 2018, le Centre de traumatologie de l'HME a traité 26 cas, a précisé l'établissement par voie de communiqué.

Photo : CBC/Eric Wooliscroft

La Presse canadienne

Le nombre d'enfants intoxiqués au cannabis a bondi depuis la légalisation de la substance au Canada en octobre dernier, a prévenu jeudi le Centre de traumatologie de l'Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

Depuis l'entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au Canada, le 17 octobre 2018, le Centre de traumatologie de l'HME a traité 26 cas, a précisé l'établissement par voie de communiqué.

Avant 2016 l'ingestion de marijuana chez les enfants de moins de sept ans était rare; en moyenne, on traitait un enfant tous les trois ans. Depuis 2016, le Centre de traumatologie de l'HME a traité neuf enfants de ce groupe d'âge présentant des symptômes comme de l'anxiété, des vomissements, de la somnolence et une fréquence respiratoire plus élevée.

Les cas les plus graves ont subi des convulsions et ont dû être hospitalisés à l'unité de soins intensifs pédiatriques.

« L'enfant peut avoir un état stuporeux ou comateux, a dit le docteur Dominic Chalut, qui est urgentologue et toxicologue au HME. Il ne répondra pas vraiment à la douleur ou aux stimuli externes. Il peut avoir des convulsions. La respiration peut être abaissée à des seuils critiques, donc l'enfant ne respire plus assez rapidement pour maintenir ses fonctions vitales stables. Dans ces cas-là, il faut l'intuber [...] et le mettre sur un respirateur pendant qu'il est sous l'effet des drogues. [...] Le contenu gastrique peut remonter dans les poumons et causer des problèmes respiratoires. »

Les jeunes enfants sont plus vulnérables à l'intoxication à cause de leur plus petite taille, surtout parce que pour la plupart des substances, la toxicité est associée à la dose par kilogramme de poids corporel.

« Un gramme de marijuana chez une personne de 70 kg [...] va peut-être très peu le toucher, tandis qu'un gramme chez quelqu'un qui pèse seulement 15 kg va avoir un effet dévastateur, juste à cause de la dose, a ajouté le docteur Chalut. Donc, les enfants sont beaucoup plus prédisposés à avoir des symptômes. »

Québec met en garde contre la banalisation du cannabis

« Ce qui nous inquiétait, c’était vraiment la banalisation des produits du cannabis », a commenté le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, déplorant une « situation malheureuse ».

Un nombre croissant d'adultes de plus de 25 ans consomment aujourd'hui du cannabis, qui était surtout consommé par les jeunes de 15 à 24 ans avant sa légalisation, ce qui accroît le risque d’exposition des enfants, a-t-il souligné. Il a précisé que Québec travaillait à mettre sur pied un programme d'éducation pour sensibiliser la population aux méfaits de cette drogue.

Lorsque le cannabis comestible deviendra à son tour légal, plus tard cette année, la vigilance sera encore plus de mise, a averti le ministre. Le gouvernement du Québec attend les règles qu'instaurera le fédéral, auquel il a demandé des normes « très strictes » quant à l’emballage.

Le risque des produits comestibles

Les produits du cannabis, surtout comestibles, sont particulièrement attrayants pour les jeunes enfants, et c'est pourquoi il est très important de les garder hors de leur vue et de leur portée.

« On trouve maintenant la marijuana dans des brownies ou des jujubes, [là] où aucun enfant ne soupçonnerait avoir une substance psychoactive, a prévenu le docteur Chalut. [...] Si on présente un jujube ou un brownie à un enfant, son réflexe sera de le manger. [...] C'est le véhicule dans lequel la marijuana est intégrée qui est aussi inquiétant. »

Étant donné qu'on parle de jeunes enfants de moins de sept ans, poursuit le docteur Chalut, il s'agira véritablement d'intoxications accidentelles, une problématique nouvelle que les professionnels de la santé voyaient très peu avant la légalisation de la marijuana il y a sept mois.

« Les parents qui viennent ici vont nous dire ce qui est arrivé : ''Les aliments étaient sur le comptoir ou dans le frigidaire, et mon enfant en a pris et je me suis rendu compte qu'il en a pris une bonne quantité'' », a expliqué le docteur Chalut. On n'est pas là pour les culpabiliser. Ils se sentent déjà assez coupables et on est là pour les supporter et surtout apporter des soins à l'enfant qui en a besoin. [...] On n'appelle pas la DPJ pour tous ces cas-là. C'est considéré comme n'importe quelle intoxication. »

« Les parents ne sont pas conscients du danger potentiel. Habituellement, c'est isolé et les parents ont beaucoup de remords par rapport à ça, c'est une expérience pour eux et ils sont beaucoup plus sécuritaires à l'avenir. »

Il demande aussi au public de cesser de croire que tout ce qui est naturel est inoffensif.

« Pensez à la cocaïne, a-t-il illustré. Il n'y a rien de plus naturel que la cocaïne, et il n'y a peut-être rien de plus néfaste que la cocaïne. Je dis aux parents que ce n'est pas parce que c'est naturel que c'est inoffensif. Les pires poisons, comme l'huile de ricin, sont tout à fait naturels et ils ont un effet dévastateur chez l'humain, donc il faut faire attention, parce que ça peut avoir des effets significatifs chez l'enfant. »

Lorsqu'on soupçonne qu'un enfant a ingéré du cannabis, il est conseillé de consulter un médecin de toute urgence.

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