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  • Pour beaucoup en Gaspésie, Forillon rime avec expropriation

    Image en noir et blanc du phare et du village de Cap-des-Rosiers qui font maintenant partie du parc nationale de Forillon.
    La création du parc national de Forillon en Gaspésie a provoqué l'expropriation des familles qui habitaient le territoire protégé. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 21 mai 1969, les gouvernements du Canada et du Québec signent un accord préliminaire permettant la création du parc national de Forillon. Comme le rappellent nos reportages, cette décision a souvent été vécue comme un drame pour ceux et celles qui sont expropriés de leurs terres pour le constituer.

    Mettez-vous à notre place […] Quand ils sont arrivés et puis qu’ils nous ont annoncé : bang! on va tout vous enlever, c’est un rêve de 50 ans que j’ai icitte. J’ai pas grand-chose, mais je suis installé comme je dis puis je suis capable de gagner ma vie tant que j’ai la santé pour le restant de mes jours. Ça fait que c’est un gros sacrifice pour moi.

    Roger Boudreault, résident de la pointe de Penouille

    Expropriés de leurs terres

    La décision d’Ottawa et de Québec protégeait plus de 244 kilomètres carrés de territoire et faisait miroiter des possibilités de développement économique.

    Mais du même souffle, elle provoquait aussi l’éviction des familles qui vivaient sur ce territoire depuis des générations.

    La création du parc a nécessité l’expulsion de 1800 propriétaires. On a brûlé et on a démoli plus de 1200 bâtiments.

    Format 60, 28 juillet 1970

    Comment les expropriés ont-ils vécu ces événements? C’est le sujet d’un reportage du journaliste Guy Lamarche présenté à l’émission Format 60 le 28 juillet 1970.

    On montre dans ce reportage plusieurs témoignages d’expropriés qui expriment leurs sentiments.

    On entend par exemple Roger Boudreault qui demeurait sur la pointe de Penouille avec 200 autres résidents permanents. Son univers a été bouleversé par la décision d'établir le parc national de Forillon.

    D’autres semblent se plier à la volonté des gouvernements au nom du bien commun.

    Quant aux représentants de l’État, ils incitent la population à tirer avantage des changements qu’apporte cette création pour faire de l’argent.

    Un sentiment de colère

    Le reportage de Guy Lamarche nous fait comprendre qu’il existe de l’insatisfaction chez les expropriés.

    Le reportage du journaliste André Manderstam réalisé quatre ans plus tard montre que cette insatisfaction a augmenté et qu’elle s’est même transformée chez certains en colère.

    Actualités 24, 31 janvier 1975

    Le reportage est présenté à l’émission Actualités 24 du 31 janvier 1975.

    Ce qu’on comprend, c’est que plusieurs expropriés vivent moins bien depuis qu’ils ont quitté leurs terres.

    Ils sont passés de propriétaires de dizaines d’hectares à locataires dans des espaces beaucoup plus petits.

    Leurs compensations financières ont souvent été insuffisantes. Certains expropriés ont dû même s’endetter pour pouvoir déménager.

    Certains parlent d’occuper le parc Forillon durant l’été pour exprimer leurs doléances aux gouvernements de Québec et d’Ottawa.

    C’est la première fois dans l’histoire qu’on avait une expropriation aussi massive que celle-là. Et l'on a voulu la traiter comme on exproprie le petit magasin du coin pour élargir la rue.

    Mgr Gilles Ouellet, archevêque de Rimouski

    Une injustice reconnue par les autorités

    Le sentiment d’injustice qui règne chez les expropriés de Forillon est reconnu au fil des ans par les autorités.

    5D, 4 août 1974

    Dans le reportage de la journaliste Hélène Roy présenté à l’émission 5D du 4 août 1974, deux ecclésiastiques, l’abbé Jules Bélanger et Mgr Gilles Ouellet, alors évêque de Gaspé, critiquent la manière dont les gouvernements du Canada et du Québec ont traité les expropriés.

    Les décisions venaient de lointains bureaux situés à Ottawa et à Québec. Rarement les fonctionnaires se sont déplacés pour discuter avec les familles qui seront finalement expulsées.

    On a aussi profité de la crédulité des Gaspésiens peu informés et réticents à défendre leurs droits devant les autorités de l’État.

    L’être humain n’avait pas été pris en considération, répète fréquemment l’abbé Jules Bélanger durant son entretien avec la journaliste Hélène Roy.

    Cette injustice, le Québec et le Canada l'ont progressivement reconnue au fil des années.

    En 1975, le Protecteur du citoyen du Québec Louis Marceau écrit une lettre au ministre québécois des Travaux publics et de l'Approvisionnement William Tetley qui est responsable du dossier de Forillon.

    Louis Marceau qualifie dans cette lettre le système de négociations de « fautif ».

    Les méthodes utilisées pour inciter les gens à acquiescer aux compensations n’étaient pas de nature à susciter des accords libres et éclairés.

    Le gouvernement du Québec a par la suite accepté de verser des indemnités supplémentaires à la suite des recommandations du Protecteur du citoyen.

    En 2010, le gouvernement fédéral a pour sa part accordé aux expropriés de Forillon ainsi qu’à leurs descendants le droit d’entrer gratuitement dans le parc pour accéder aux lieux « chers à leurs yeux ».

    Auparavant, ces derniers devaient payer pour visiter les cimetières où reposaient leurs morts.

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