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La Ville de Winnipeg veut en finir avec les campements de sans-abri

Un homme portant des sacs poubelles remplis de cannettes vides fouille dans des chariots de supermarché contenant de vieux vêtements

Une personne sans-abri récupère des objets délaissés dans le parc Lagimodière-Gaboury de Saint-Boniface

Photo : Radio-Canada / Mathilde Monteyne

Abdoulaye Cissoko

La Ville de Winnipeg compte embaucher une entreprise cet été pour démanteler les campements de sans-abri et ramasser les seringues usagées dans les parcs et les autres lieux publics. Les organismes qui travaillent avec les sans-abri ne s'opposent pas à l'idée, mais estiment qu'il faut s'attaquer à la racine du mal.

Dans une déclaration écrite, Ken Allen, porte-parole de la Ville de Winnipeg, dit que l'appel d'offres a été lancé, car le nombre de plaintes au service municipal 311 concernant les seringues usagées et les objets tranchants est en hausse.

Selon la Ville, en 2018, il y a 419 plaintes, comparativement à 339 l'année précédente, et à 124 en 2016.

James Favel est le directeur général du Bear Clan, un groupe de patrouilleurs bénévoles au centre-ville de Winnipeg. Il rappelle que depuis le début de cette année, ses équipes ont ramassé plus de 46 000 seringues souillées.

L'ampleur est telle qu'un groupe de citoyens a décidé de s'organiser pour procéder, dimanche, au nettoyage des rues du quartier Saint-Boniface.

Mitch Bourbonnière

Mitch Bourbonnière, travailleur communautaire.

Photo : Radio-Canada

L'entreprise qui sera embauchée par la Ville ramassera les objets encombrants tels que les matelas, les bâches, les chariots de supermarchés utilisés par les sans-abri.

Le travailleur communautaire Mitch Bourbonnière pense que ce n'est pas une bonne idée. Il craint que les sans-abri ne soient livrés à eux-mêmes. Toutefois, même si l'initiative ne fait pas l'unanimité, il se réjouit qu'elle suscite une discussion qui permettra peut-être de trouver une solution à ce problème.

Cette solution passe, selon lui, par la mise en place d'une équipe de travailleurs sociaux capables de tisser des liens avec les sans-abri afin de mieux cerner leurs besoins.

Marion Willis est la directrice générale de Street Links, un organisme à but non lucratif qui aide les toxicomanes et les sans-abri à Saint-Boniface. Elle partage l'avis de Mitch Bourbonnière. Elle affirme que cela permettra de savoir qui sont les personnes qui habitent dans ces abris de fortune, pourquoi elles y vivent et quels seraient leurs besoins.

Elle déplore cependant l'absence d'une stratégie coordonnée pour s'attaquer à la cause du problème, qui est la méthamphétamine, selon elle. Elle dit que la province et la Ville ainsi que tous les organismes qui travaillent dans ce domaine doivent collaborer davantage pour y arriver.

La directrice de Street Links Marion Willis

La directrice de Street Links Marion Willis

Photo : Radio-Canada / Holly Caruk

Adrienne Dudek, directrice du logement de transition au Main Street Project, un organisme qui aide les sans-abri, soutient qu'en détruisant les abris on ne s'attaque pas réellement à la raison principale qui pousse ces personnes à créer de telles structures.

Benjamin Bonham, un sans-abri de Winnipeg.

Benjamin Bonham, un sans-abri de Winnipeg.

Photo : Walther Bernal/CBC

Une idée également défendue par Benjamin Bonham, qui vit dans la rue depuis un an. Selon lui, de nombreux sans-abri ne comprennent pas pourquoi la Ville démantèle leurs campements, d'autant plus que c'est tout qu'ils ont.

Il estime que la Ville évite les vrais problèmes, comme la maladie mentale, la toxicomanie ou encore la pauvreté, qui poussent les gens à vivre dans ces campements. Selon lui, les sans-abri souffrent de solitude et, si on démantèle leurs tentes, ils se sentiront encore plus isolés.

Ken Allen soutient que la Ville prendra des mesures raisonnables pour assurer la santé et la sécurité des personnes vivant dans ces abris temporaires. D'après lui, les sans-abri auront 24 heures pour prendre leurs effets personnels, sinon la Ville s'en chargera. Il ajoute que, en fonction de la situation, la police pourrait intervenir.

L'entreprise qui sera choisie commencera son travail le 1er août prochain.

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