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Ce que l'achat de Transat par Air Canada changerait pour les voyageurs

Devanture d’agence de voyages.

Transat dispose d'un réseau d'agences de voyages.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mathieu Gobeil

Air Canada souhaite acheter Transat AT pour la somme de 520 millions de dollars. Si la transaction va de l'avant, les consommateurs en sortiront-ils gagnants? Cela est loin d'être certain, selon Isabelle Dostaler, doyenne de la Faculté d'administration des affaires de l'Université Memorial à Saint-Jean et spécialiste de l'aviation commerciale, reçue à Midi info.

Si cette fusion devait se réaliser, quelles seraient les conséquences pour les consommateurs?

Ce n’est pas une très bonne nouvelle pour le public voyageur. Ça veut dire davantage de concentration dans l’industrie, moins de concurrence. Ce qu’on dit toujours au sujet du transport aérien au Canada, c’est le manque de concurrence, alors ça ne va pas du tout aider la situation.

[…] Air Canada a une position quasi monopolistique, et certainement sur le transport régional. […] Air Transat joue quand même un rôle pour connecter des villes secondaires, notamment des vols en partance de Québec vers des destinations, des aéroports secondaires [à l’international]. Alors là, il ne faut pas s’imaginer qu’Air Canada ne va pas faire le ménage dans tout ça. C’est la loi économique lorsqu’on procède à des fusions. Le résultat en est souvent une rationalisation. Alors on peut imaginer que ça ne va certainement pas améliorer les choses.

Qu’est-ce qu’Air Canada a à gagner en achetant Air Transat?

La compétition. C’est toujours [ça]. C’est vraiment fascinant de voir comment le transport aérien, bien que ce soit maintenant déréglementé, toutes les actions des entreprises aériennes, à mon sens, ont toujours pour but de limiter la compétition. Tout le temps. On le voit : on a trois grandes alliances à travers le monde [Star Alliance, Oneworld et Skyteam]. Que sont-elles, si ce ne sont des oligopoles?

Donc on est toujours en position où finalement c’est le public voyageur qui est très peu servi. Ça ne va pas s’améliorer. Je ne sais pas si vous avez volé avec Air Canada récemment. C’est sûr que les gens qui ont la chance de voyager en classe affaires, c’est une expérience qui est complètement différente de celle dont on fait l’expérience en classe économique.

Qu’est-ce qu’Air Canada pourrait faire avec Air Transat?

Tout est possible. Ça pourrait très bien rester une division d’Air Canada. Ça pourrait très bien se faire englober sous Rouge. On verra ce qu’ils décideront.

Ça va vraiment être intéressant de voir comment ces deux organisations-là vont se marier. Air Canada a des activités de voyagiste, Vacances Air Canada. Donc c’est vraiment cette partie-là des opérations d’Air Canada qui se marierait avec celles d’Air Transat. Mais c’est toute la question du développement hôtelier qui va être très intéressante. Je ne suis pas convaincue qu’Air Canada voudra s’en aller là-dedans. Mais bon, quand on fait l’acquisition d’une compagnie, après on peut facilement [en vendre une partie].

Les liaisons qu'Air Transat offrait de Montréal risquent-elles de disparaître avec Air Canada?

Oui, ça risque de s’en aller parce que ce qui marche, le modèle d’affaires dominant dans le domaine aérien, c’est la plaque tournante (le « hub and spoke » en anglais). C’est ce qui avait été un peu menacé lors de l’avènement des transporteurs au rabais, au début des années 2000 : à ce moment-là on faisait beaucoup de vols entre les aéroports secondaires. Et certains prévoyaient que ça allait être la fin du modèle de la plaque tournante et que des appareils comme le Dreamliner pourraient passer par-dessus les plaques tournantes. Bien, le modèle de la plaque tournante a survécu et demeure pour l’industrie le moyen le plus efficace d’avoir un réseau mondial qui connecte des destinations secondaires avec des destinations internationales.

Et pour Air Canada, la plaque tournante, c’est Toronto et non Montréal...

Tout à fait. C’est Toronto. Moi ça me fait toujours rire quand on insiste que le siège social est à Montréal. Mais qu’est-ce que ça veut dire? C’est sûr que pour Air Canada, la plaque tournante, c’est Toronto, absolument.

Une passante devant l’agence de voyage Transat

Des voyageurs pourraient perdre une agence de voyages avec l'achat de Transat par Air Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Est-ce que la transaction signifierait la fermeture du siège social de Transat?

C’est difficile à prévoir. Cet épisode me fait me questionner sur tout cet enjeu de la propriété étrangère. On pourrait être « content » parce qu’on a une solution « canadienne » ou peut-être « québécoise » à l’acquisition d’Air Transat. Mais est-ce qu’on craint que si des investisseurs étrangers s’amenaient dans notre réseau, que les connexions vers des destinations régionales, les marchés moins payants, seraient un peu délaissées? Je ne sais pas. Est-ce que l’arrivée d’un transporteur international ou d’un acheteur international aurait été une solution encore moins bonne? Je n’en suis pas sûre.

Parce que j’ai l’impression que les régions, les aéroports secondaires, le public voyageur au Canada vont y perdre au change. Est-ce qu’on aurait été davantage, comme voyageur, en position de force si un acquéreur étranger s’était pointé? Peut-être.

Il ne faut pas oublier la question d’Onex qui fait l’acquisition de WestJet. C’est vraiment intéressant ce qui est en train de se passer. La crainte d’Air Canada, c’était sans doute qu’Onex mette également la main sur Air Transat. Alors on serait peut-être revenus à une situation de duopole au Canada, mais là, ce n’est pas ce qui va se faire.

Est-ce qu’il y a une chance réelle que le Bureau de la concurrence empêche une transaction comme celle-là?

Je ne penserais pas. Il en va de la santé financière d’Air Transat.

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