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Chambly devra réembaucher son ancien directeur général

Enseigne de la mairie de Chambly.

La Ville de Chambly a connu beaucoup de bouleversements au cours des derniers mois.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Jérôme Labbé
Marie-France Bélanger

L'ancien directeur général de la Ville de Chambly vient de remporter une victoire contre l'administration de l'ex-maire Lavoie devant le Tribunal administratif du travail. Congédié en 2013 après avoir collaboré avec la commission Charbonneau, Jean Lacroix devra être réintégré dans ses fonctions. Il contestait sa mise à pied depuis six ans.

Dans un jugement de 48 pages rendu le 15 mai, on peut lire que « le Tribunal considère que la Ville a congédié principalement le plaignant pour sa collaboration avec la commission Charbonneau et que, par conséquent, ce congédiement est illégal ».

La juge Irène Zaïkoff écrit également que « la destitution d’un cadre municipal pour avoir participé à une commission d’enquête publique visant à assainir les pratiques municipales dans l’octroi et la gestion des contrats publics et à enrayer la corruption ne peut se justifier ».

Elle affirme qu'en congédiant M. Lacroix, la Ville de Chambly – dirigée à l'époque par le maire Denis Lavoie – a enfreint la Loi sur les normes du travail, qui interdit à un employeur de renvoyer un salarié « en raison d'une dénonciation d'un acte répréhensible au sens de la Loi concernant la lutte à la corruption ou de sa participation à une enquête portant sur un tel acte ».

Du même coup, la magistrate annule le congédiement de l'ancien DG et ordonne à la Ville « de réintégrer Jean Lacroix dans son emploi, avec tous ses droits et privilèges », d'ici mercredi prochain. Elle se réserve aussi le droit de déterminer les autres « mesures de réparation appropriées ».

Un égoportrait.

Jean Lacroix s'apprête à revenir à l'hôtel de ville de Chambly après six ans d'absence.

Photo : Radio-Canada / Facebook/Jean Lacroix

Avocat de formation, Jean Lacroix a été embauché par la Ville de Chambly en 2010 lors du deuxième mandat du maire Denis Lavoie. Deux ans plus tard, il était approché par des membres de la commission Charbonneau. À leur demande, le fonctionnaire avait effectué des recherches et fourni des informations.

En 2013, M. Lacroix a été licencié par le conseil municipal. La résolution adoptée à l'époque lui reprochait notamment d’avoir manqué de loyauté, d’avoir soustrait des documents originaux de la Ville, d'avoir commis de l'ingérence politique, de ne pas avoir respecté les conventions collectives, d'avoir instauré un climat de travail malsain, etc.

Le principal intéressé soutenait pour sa part qu'il avait agi à la demande des membres de la commission Charbonneau. Il prétendait aussi que plusieurs des motifs invoqués par la Ville n'étaient en fait qu'un prétexte pour faciliter son renvoi.

Un cas unique?

Jean Lacroix se dit soulagé par la tournure des événements. Il se dit prêt à reprendre ses fonctions et apporter sa contribution à la Ville de Chambly. Il plaide également pour une protection accrue des dénonciateurs et de ceux et celles qui collaborent à des commissions d’enquête.

« Ce dossier-là dépasse la portée de la Ville de Chambly seulement, estime-t-il. Je pense qu'il devrait y avoir une protection pour empêcher le genre de situation que j'ai vécue. »

Les dénonciateurs deviennent facilement des cibles.

Jean Lacroix

À son avis, son cas est unique. Il n’y aurait pas d’autre exemple de fonctionnaire municipal congédié, puis réintégré après avoir collaboré avec la commission Charbonneau.

En vertu de la décision du tribunal, Jean Lacroix pourra revenir dès le 23 mai à l’Hôtel de Ville de Chambly. À son retour en poste, il souhaite notamment faire la lumière sur les frais d'avocats de la Ville dans ce dossier, une somme qu'il évalue à plusieurs centaines de milliers de dollars compte tenu de la longueur des procédures, qui se sont échelonnées sur une période de six ans.

La Ville de Chambly a connu de grands bouleversements depuis son départ. Les derniers mois ont été particulièrement occupés. La maison Boileau a été détruite dans la controverse; une enquête de Radio-Canada a mis en lumière un climat malsain à la mairie; l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a effectué une perquisition dans les bureaux de la Municipalité; la Ville a été mise sous tutelle par le conseil des ministres; et quatre élus, dont le maire Lavoie, ont démissionné.

Un effet domino à prévoir

Il est encore trop tôt pour connaître l'impact du retour prochain de Jean Lacroix sur les autres membres de la direction générale, décimée par les événements des derniers mois. Le directeur général actuel, Michel Larose, est parti en congé de maladie et sa directrice adjointe, Annie Nepton, a signalé à la Ville son absence pour une durée indéterminée. C'est Jean-François Auclair qui occupe la direction par intérim depuis deux mois.

La Commission municipale du Québec, qui gère la Ville de Chambly depuis sa mise sous tutelle en février, veut analyser le jugement avant de le commenter. Quant au maire suppléant, Jean Roy, issu de l'équipe de Denis Lavoie, il nous a été impossible de le joindre pour obtenir ses réactions.

Pendant ce temps, l'opposition se prépare pour les quatre élections partielles qui auront lieu le 23 juin. Démocratie Chambly misera sur la candidature de l'ex-conseillère Alexandra Labbé, qui a quitté son siège dans le but de succéder à Denis Lavoie comme maire de la municipalité.

L'ancienne conseillère Paula Cristina Rodrigues – qui a récemment tourné le dos au parti de l'ex-maire Lavoie, Action Chambly – tente également de mettre sur pied une nouvelle formation politique baptisée « Citoyen(e)s pro-Chambly », selon des médias locaux.

Les candidats qui souhaitent briguer l'un des quatre postes disponibles dans le cadre de ces élections complémentaires ont jusqu'au 24 mai pour se manifester.

Grand Montréal

Politique municipale