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Les services aériens régionaux toujours déficients

Le reportage de Maxime Bertrand
Maxime Bertrand

Les municipalités du Québec attendent toujours les mesures qui amélioreront de façon durable les dessertes aériennes. Or, un an après le Sommet sur le transport aérien régional qui devait donner lieu à des initiatives visant à inciter les Québécois à prendre l'avion pour se déplacer dans la province, force est de constater que même si certains progrès ont été réalisés, la transformation en profondeur est loin d'être acquise. À preuve, un projet prometteur qui découlait du Sommet est dans les limbes.

Air Creebec, qui offrait depuis l'été dernier une nouvelle liaison directe entre Timmins et Rouyn-Noranda vers Montréal, suspend les activités pour l'été, pour ces trajets, à partir du 24 mai. La direction invoque un faible achalandage et des craintes pour la rentabilité de l'entreprise.

Air Creebec avait pris la décision d’offrir un nouveau trajet et deux allers-retours par jour entre Timmins, Rouyn-Noranda et Montréal, à des prix raisonnables, à la suite du Sommet sur le transport aérien régional qui s'est déroulé à Lévis, en février 2018, à la demande du milieu des affaires.

L’entreprise soutient qu’elle croyait que ce nouveau service répondrait à la demande des passagers. Mais voilà, ils n’étaient pas au rendez-vous.

Résultat : Air Creebec a commencé à faire marche arrière. D’abord en mars dernier, en mettant fin à ses vols de fin de semaine, puis en les discontinuant pour l’été.

Matthew Happyjack, le président et chef de la direction d’Air Creebec affirme qu’il n’avait pas le choix, le service n’était pas rentable.

« Nous autres, on avait un certain nombre pour qu'il soit rentable, mais on ne s'est jamais rendus là. On pensait avoir 20 à 25 passagers, mais durant la période d’essai, on avait entre 10 et 15, même, la plupart du temps, c’était moins que ça […] Quand tu demandes un service, puis que tu ne l’utilises pas, ça ne marche pas bien ».

Mea culpa du milieu des affaires

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn-Noranda, Jean-Claude Loranger, fait son mea culpa.

« C'est vrai qu'au niveau de la communauté d'affaires, est-ce qu'on aurait pu l'utiliser davantage? Possiblement oui, les gens d'affaires auraient pu l'utiliser davantage ».

Que s’est-il passé?

Air Canada, le seul transporteur à offrir le service dans la région, a rapidement réagi à l’arrivée d’Air Creebec en baissant ses prix, les faisant passer de 750 $ environ à 403 $ pour égaler celui de son concurrent. Air Creebec a ainsi perdu son attrait.

« Donc, l’élément distinctif d’Air Creebec n’est plus dans le prix, c'est l’horaire qu’il offre et l'horaire qu'il offrait ben, ce n'était peut-être pas le meilleur horaire pour les gens d'affaires », dit Jean-Claude Loranger.

Rouyn-Noranda de retour à la case départ

« C'est une déception, parce qu'actuellement Air Canada, c'est le seul transporteur […] il ne rend pas les services qu’il doit rendre à la population, à la communauté d’affaires […] C'est pas juste l'Abitibi-Témiscamingue, c'est l'ensemble des régions du Québec. Qu'on prenne la Gaspésie, Sept-Îles, la Côte-Nord, il y a un problème au niveau de la fiabilité des vols d'Air Canada et il y a un problème au niveau des prix », déplore Jean-Claude Loranger.

Daniel Côté est maire de Gaspé et président du comité sur le transport aérien à l’Union des municipalités du Québec. Il connaît la méthode Air Canada.

« Qu'est-ce qui provoque une hausse du prix des billets d'avion au Québec? C'est la quasi-absence de concurrence sur le marché. Quand Air Creebec est venu rivaliser Air Canada sur ces lignes-là, le prix des billets avait descendu. Là, ce dont j'ai peur, c'est que les prix des billets se remettent à monter. »

L'autre problème auquel les régions font face, c'est celui de la fréquence des vols.

Depuis l’an dernier, la municipalité de Baie-Comeau a perdu un vol par jour.

« Air Canada a décidé d'agrandir son appareil, d'augmenter le nombre de places sur son appareil, mais a coupé un des deux vols. On se retrouve avec 50 % moins de service, mais plus de monde dans l'appareil. Je comprends que pour eux autres ça peut être plus payant, mais ils ont le monopole, ça leur permet de le faire […] Il existe d'autres transports de desserte nolisés des vols qui peuvent partir s'ils sont pleins, mais s'ils ne sont pas pleins, ils ne partiront pas », dénonce le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny.

Le Sommet sur le transport aérien régional de l'an dernier devait permettre de régler de tels problèmes.

Il est vrai que, depuis, des efforts ont été faits. Le gouvernement a notamment décidé de bonifier son programme de réduction des tarifs aériens qui accorde un remboursement du prix des billets d'avion de 30 % à 60 % selon les régions. Des fonds ont été consacrés à l’amélioration des infrastructures aéroportuaires.

Mais ce que les élus veulent par-dessus tout, c'est un programme de subvention pour permettre à d'autres transporteurs de bonifier la desserte aérienne. Selon nos informations, un tel programme devrait être annoncé sous peu.

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