•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les oubliés de la discrimination systémique

Mme Gauthier discute avec un autre homme en chaise roulante.

Linda Gauthier, du RAPLIQ, s'est assurée que les droits des personnes à mobilité réduite ne soit pas oubliés, mercredi soir.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

La consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques commence sur les chapeaux de roues, à Montréal. Des voix s'élèvent pour se plaindre que plusieurs motifs de discrimination, comme le handicap ou l'orientation sexuelle, risquent fort d'être occultés au cours des prochains mois.

« Je pense que je n’ai pas la bonne couleur de peau », fulmine Linda Gauthier.

La directrice générale du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) en a gros sur le cœur. Elle a le sentiment qu’encore une fois, les personnes à mobilité réduite ont été laissées pour compte.

« On est quand même hautement discriminés nous aussi », soupire-t-elle.

Mme Gauthier s’avance au micro. Nous sommes mercredi soir, et les travaux de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) viennent tout juste de commencer. Son intervention jette un froid sur la salle.

Comme toute réponse, une représentante de la Ville de Montréal confirme que les motifs de discrimination interdits par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec tels que le sexe, le handicap, l’âge, l’orientation sexuelle ou la condition sociale « ne seront considérés que s’ils se cumulent ou s’ils s’ajoutent à la notion de racisme », un concept appelé « intersectionnalité ».

M. Holness parle devant un micro.

Balarama Holness est l'un des leaders du groupe Montréal en action. Il est aussi l'un des instigateurs de la pétition qui a forcé la Ville à tenir une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Assis à l’autre bout de la table, Balarama Holness intervient. Cet ancien joueur de football, qui a aussi tenté de se faire élire pour Projet Montréal aux dernières élections, est l’un des instigateurs de la pétition qui a forcé la Ville à décréter une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques. Et sa conception du mandat confié à l’OCPM diffère totalement de celle de l’administration.

Son groupe, Montréal en action, a déposé une plainte à l’Ombudsman de Montréal pour dire que la documentation fournie par la Ville de Montréal est « inadéquate », dit-il. Selon lui, la Direction de la diversité sociale n’a ni le droit ni le pouvoir de restreindre les sujets qui seront abordés pendant les travaux de l’OCPM.

M. Holness rappelle que la première version de sa pétition, qui comptait 400 mots, abordait d’emblée l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui interdit toutes les formes de discrimination, y compris celles fondées sur les déficiences physiques.

Le problème, c’est que cette nuance semble avoir été abandonnée lorsque le greffier de la Ville de Montréal a accepté le projet de pétition. Dans un document soumis au comité exécutif le 11 avril 2018, le Service du greffe écrit que « le projet de pétition a été jugé recevable sous réserve d'une description plus succincte de l'objet de la consultation demandée ».

Une fois revu, le projet de pétition ne comptait plus qu’une trentaine de mots. Tout au plus y réclamait-on « la tenue d’une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques ».

Mme Olivier debout, un micro à la main, s'adresse au parterre.

La présidente de l'OCPM, Dominique Olivier.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

En entrevue, la présidente de l’OCPM, Dominique Olivier, a confié que les personnes à mobilité réduite n’étaient pas les seules à avoir manifesté leur mécontentement, évoquant par exemple les communautés LGBTQ+.

Elle a toutefois assuré que tous les motifs reconnus par la Charte des droits et libertés de la personne pourront être abordés dans les prochains mois.

On va entendre toutes les personnes qui auraient quelque chose à nous dire sur tous les motifs de discrimination.

Dominique Olivier, présidente de l’Office de consultation publique de Montréal

Cette ouverture, pourtant, ne semble pas faire l’unanimité.

Daphney Laraque – la sœur de l’ancien joueur de hockey George Laraque – s’inquiète qu’« en mélangeant racisme et discrimination […] la question du racisme soit diluée par rapport à tous les autres types de discrimination ».

« Sans vouloir diminuer les autres groupes qui pourraient aussi être discriminés pour différentes raisons, c’est la première fois qu’on accepte finalement de parler de la question du racisme », souligne-t-elle, rappelant que l’actuelle consultation a été obtenue de haute lutte après l’échec de celle qui devait être lancée par le gouvernement du Québec avant les dernières élections.

Mme Laraque est assise et s'adresse aux commissaires.

Daphney Laraque a été la cinquième à s'avancer au micro, mercredi soir, lors de la période des questions.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Plusieurs participants n’ayant pas eu le temps de s’exprimer, la séance d’information générale, qui a attiré quelques 300 personnes mercredi, reprendra jeudi soir à la Plaza Centre-Ville, boulevard Robert-Bourassa. Les travaux de l’OCPM s’étaleront ensuite sur plusieurs mois. Le rapport des commissaires, lui, devrait être déposé au début de 2020.

Grand Montréal

Droits et libertés