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Un couple de Sherbrooke met en garde contre les commerces temporaires

Un magasin de meubles

Victimes de la vente sous pression de commerçants itinérants à l'automne dernier à Sherbrooke, elle et son conjoint Gilles Bertrand ont été de nouveau sollicités au cours des dernières semaines pour qu'ils se présentent à Windsor dans un commerce identique.

Photo : getty images/istockphoto

Charles Beaudoin

L'invitation vous a été transmise par la poste pour vous prévenir qu'un commerce s'installe seulement pour quelque temps près de chez vous. On vous a également appelé pour s'assurer que votre couple l'a bien reçue. Vous ne cherchez pas spécifiquement de meubles, mais on vous promet un cadeau à votre arrivée au commerce qui ne vous engage à rien seulement pour que vous veniez jeter un oeil. Sur place, on vous affirme que vous êtes le récipiendaire d'un rabais d'envergure pour les articles devant vous et chaque refus que vous émettrez fera chuter progressivement leur prix jusqu'à ce que du matériel « haut de gamme » vous soit finalement offert à moins de la moitié du prix affiché. « Mais si vous voulez faire un deal, c'est maintenant », dira le vendeur.

Je pense même que j'aurais acheté aujourd'hui, admet avec franchise Anne Marcoux à sa sortie de Style et confort, un commerce temporaire installé à Windsor jusqu'à la fin du mois.

Victimes de la vente sous pression des mêmes commerçants itinérants qui oeuvraient alors sous le nom Erreti signature à l'automne dernier à Sherbrooke, elle et son conjoint Gilles Bertrand ont été de nouveau sollicités au cours des dernières semaines. Souhaitant prévenir que d'autres consommateurs se retrouvent avec une facture de plusieurs milliers de dollars qu'ils regretteront, le couple a répondu à l'invitation avec des micros dissimulés de Radio-Canada pour lever le voile sur le stratagème employé par ces vendeurs.

Moi, je ne suis pas vendeur. Les vendeurs, ils sont à Montréal. Ici, c'est vraiment une salle de montre pour vous faire découvrir, leur lance d'emblée l'homme qui les accueille à l'intérieur du commerce avant de faire allusion à un tirage au sort qui a eu lieu la veille.

Il y avait de gros lots à gagner, précise-t-il, énumérant un voyage au Mexique, des consoles PlayStation, des divans, des lits, des télés et « des bons d'achat de 500 $ à 3000 $ ».

On ne vous l'a pas dit au téléphone? s'enquiert l'homme devant la surprise feinte de notre couple. C'était hier le dernier jour du tirage. Je vais aller vérifier ça dans notre système, parce qu'on a deux personnes qui ne sont pas venues. Il y a des bons d'achat qui restaient en jeu et qui ne sont malheureusement pas utilisés... 

Faisant mine de convoiter une causeuse et un fauteuil électrique pivotant et berçant d'une valeur de 11 650 $, le couple se fait annoncer « une bonne nouvelle ». Le numéro sur leur invitation fait partie des numéros gagnants et ils peuvent obtenir un fauteuil assorti à l'achat d'un canapé trois places. Comble de chance, le patron se trouve sur place « spécialement aujourd'hui ».

Après discussions, le patron accepte d'offrir le rabais sur ce que le couple recherche, soit la causeuse et le fauteuil. Il leur offre le duo à 6900 $. Anne et Gilles se font hésitants et le commerçant leur offre de payer les taxes. Après avoir proposé de payer également la livraison, le vendeur essuie un refus de la part du couple. Au moment de sortir, celui-ci se fait offrir la causeuse et le fauteuil pour 6000 $ par le patron.

« Wow! 6000 $! Avec les taxes incluses! Non, non, non, non, non... » s'étonne son employé à ses côtés.

Avec des offres comme ils nous font, qui sont très alléchantes, à un certain moment, pour l'avoir fait une fois, on peut craquer, mentionne Gilles Bertrand. C'est comme une pièce montée. [...] On est accueilli par quelqu'un qui n'est pas vendeur, mais qui connaît très bien le produit. C'est lui qui nous introduit, qui voit jusqu'à quel point on est intéressé envers un produit précis et la finale se fait avec le patron. C'est lui qui embarque comme acteur ensuite et qui amène les prix intéressants.

L'Association coopérative d'économie familiale de l'Estrie (ACEF-Estrie), qui défend les intérêts les consommateurs, souhaite alerter les gens devant ce « phénomène en recrudescence » dans plusieurs régions du Québec. La directrice générale de l'organisme, Sylvie Bonin, affirme avoir répondu à plusieurs appels de gens qui regrettent leur achat, parce qu'ils n'en avaient pas la capacité financière ou parce qu'ils jugeaient avoir payé trop cher.

C'est sûr que c'est tentant pour tout le monde de profiter d'un rabais. C'est un excellent stratagème si on se met du point de vue du vendeur, mais du point de vue du consommateur, résistez et demandez toujours un 24 heures de réflexion. Ne signez jamais rien sur le coup, prévient-elle.

Le commerçant a reçu 31 mises en demeure depuis trois ans, dont 11 pour pratique trompeuse ou déloyale. Refusant de réagir à la caméra, Anis, qui s'est présenté comme le gérant de Style et Confort, affirme qu'il s'agit de négociations normales.

Ce qui dérange surtout, c'est la méthode : le fait qu'ils soient appelés à la maison par téléphone pour qu'on les invite. C'est ça qui dérange le plus. Ça, c'est très répandu en France et en Europe. [...] On n'a jamais mis de la pression ou forcé la main à qui que ce soit, soutient-il.

C'est normal, je suis commerçant... je vais proposer un prix. Mon rôle, c'est de tenter; on ne va pas se voiler la face. Après, libre à eux d'accepter ou pas., pour qu'on les invites, etc. On n'a jamais mis de la pression, forcé la main à qui que ce soir. Après je suis commerçant.. c'est mon rôle.. après libre à eux d'accepter ou pas, résume Anis.

À la Ville de Windsor, on indique que le commerçant s'est installé sans jamais l'avoir contactée et qu'il ne respecte pas le zonage. Un avis d'infraction sera émis s'il ne quitte pas le local où il est installé d'ici la fin du mois de mai.

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