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Le parc industriel Saint-Malo, un patrimoine en péril à Québec

Des hommes et des femmes sont adossés à des machines dans cette photo en noir et blanc.
Des employés travaillent à l’Arsenal Saint-Malo entre 1940 et 1945. Photo: courtoisie
Radio-Canada

La Ville de Québec mène actuellement des consultations pour réaménager une importante portion de son territoire qui a été laissée à elle-même au fil des décennies. On y trouve le premier site industriel de la capitale, dont la valeur patrimoniale s'effrite. Claude Brunet nous offre un survol historique et architectural.

Le parc industriel Saint-Malo cache quelques bijoux du patrimoine industriel, du temps où Québec était une plaque tournante de l’industrie ferroviaire et de la production de munitions.

L’industrie lourde a aujourd’hui fait place à une foule d’entreprises en tout genre. Les quelques bâtiments qui ont un intérêt patrimonial sont laissés à la merci des promoteurs. C’est ainsi qu’on efface les cathédrales industrielles, témoins du passé.

Parfois, on perd des bâtiments, car on ne reconnaît pas leur valeur patrimoniale.

Michelle Bélanger, présidente de l’Association québécoise pour le patrimoine industriel

Les usines du Transcontinental Railways

C'est en 1913 que s'amorce à Québec la construction des usines du Transcontinental Railways [qui deviendra le Canadien National en 1919]. À cette époque, la capitale est le terminus de la ligne de chemin de fer qui part de l’Ouest canadien.

On y bâtit une dizaine d’usines pour l’entretien des wagons et des locomotives. Les bâtiments sont construits dans l’esprit des usines de la fin du 19e siècle en Nouvelle-Angleterre : murs en maçonnerie de briques rouges et haute toiture en pente, à charpente d’acier.

Les qualités esthétiques de cette architecture expressive devaient transmettre à l’ouvrier le sentiment de participer à la grande marche vers le progrès.

Alain Caron, Division design et patrimoine de la Ville de Québec, en 2000
La chaufferie Saint-Malo comporte deux cheminées. La chaufferie Saint-Malo a fonctionné jusqu’en 2014. Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Le bâtiment le plus imposant, l’atelier des locomotives, a brûlé en 1961. L’atelier des wagons, le deuxième bâtiment en importance, est toujours sur place, mais la brique rouge a laissé la place à des revêtements plus modernes.

Le cœur de ce complexe industriel du début du 20e siècle est toujours là, 100 ans plus tard. C’est l’usine de chauffage construite en 1920. Cette chaufferie fournissait la vapeur aux usines du Canadien National au moyen d'un réseau de canalisations souterraines de près de deux kilomètres.

La chaufferie Saint-Malo peut être aperçue de loin, avec ses deux immenses cheminées de briques rouges qui montent vers le ciel. L’usine de chauffage a fonctionné jusqu’en 2014.

La chaufferie Saint-Malo est le prototype des cathédrales de l’industrie en 1920.

Alain Caron, Ville de Québec (2000)

La chaufferie qui a survécu au 20e siècle perdra toutefois un peu de sa grandeur. Le promoteur immobilier qui en est le propriétaire va en effet démolir la plus grande des deux cheminées de briques rouges.

Le temple grec

Le bâtiment surnommé le « temple grec » possède trois étages et est fait de briques rouges. Le bâtiment surnommé le « temple grec » est maintenant la propriété de l'entreprise Bid Group. Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Le bâtiment où logeait l’administration des usines ferroviaires Saint-Malo est aujourd’hui en excellente condition. C’est un édifice de trois étages en briques rouges.

Sa façade en fronton rappelle celle d’un temple grec, bien que, dans son ensemble, l’ouvrage affiche le dépouillement propre à l’architecture industrielle du début du 20e siècle.

En 2016, la compagnie Bid Group a acheté le bâtiment abandonné pour le restaurer et mettre en valeur son style néo-classique. On y loge actuellement les dessinateurs industriels de l’entreprise.

L’Arsenal Saint-Malo

Photo horizontale de L’Arsenal Saint-Malo avec ses grandes fenêtres foncées. L’Arsenal Saint-Malo est inoccupé aujourd’hui. Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Les usines Saint-Malo vont connaître une nouvelle vie lors de la Deuxième Guerre mondiale. Elles seront converties par le gouvernement canadien en arsenal pour la fabrication de cartouches.

À cette époque, c’est à Québec qu’on produisait le plus grand nombre de munitions au pays : jusqu’à trois millions de cartouches par jour. Les femmes y travaillaient en grand nombre, car les hommes étaient à la guerre ou sur les chantiers navals de la région de Québec.

Il reste quelques bâtiments de cette période. Celui occupé par la compagnie Goodyear à la fin de la guerre en est le plus bel exemple. Il est inoccupé aujourd’hui.

Cet édifice est incontestablement le monument à la mémoire de l’arsenal.

Alain Caron, Ville de Québec (2000)

Au lendemain de la guerre, en 1946, la Ville de Québec acquiert l’Arsenal Saint-Malo pour créer le premier parc industriel de la région.

L’Arsenal Saint-Malo vu de loin avec de la pelouse verte devant l'édifice. L’Arsenal Saint-Malo a été la propriété de la Municipalité de Québec à partir de 1946. Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Les citations d'Alain Caron sont tirées du document « Patrimoine du quartier Saint-Sauveur : Parc industriel Saint-Malo », produit par la Division design et patrimoine de la Ville de Québec en juin 2000.

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