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Crabiers : un autre permis de pêche quitte la Péninsule acadienne

L'Écumeuse, au large d'Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne.

L'Écumeuse, nouveau bateau du capitaine Serge Lanteigne, au large d'Anse-Bleue

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

René Landry

Au quai d'Anse-Bleue, dans la Péninsule acadienne, les membres d'équipage de L'Écumeuse s'affairent sur le bateau. Ils se préparent à prendre le large vers midi, puisque des ennuis mécaniques les ont empêchés de partir à la pêche au homard tôt le matin.

Le capitaine, Serge Lanteigne, prend quand même le temps de discuter un peu. Pour lui, la pêche au homard, c'est nouveau. L'an dernier et les années auparavant, il était plutôt capitaine à bord d'un crabier. Il est donc un nouveau venu dans cette pêche au homard, et la discussion tourne autour des façons différentes de pêcher le homard et le crabe.

Le capitaine Serge Lanteigne, ex-pêcheur de crabe, à bord de L'Écumeuse, un homardier.

Le capitaine Serge Lanteigne, ex-pêcheur de crabe, à bord de L'Écumeuse, un homardier

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Mais quand il est question du transfert de son permis de crabe à un autre pêcheur, la discussion tourne court. Serge Lanteigne ne veut pas en parler.

Selon un document officiel du ministère des Pêches et Océans, la « liste administrative » des pêcheurs, le permis numéro 705019040, dont le détenteur était l'an dernier Serge Lanteigne, est aujourd'hui la propriété du pêcheur Brody Desroches.

Un jeune pêcheur de l'Île-du-Prince-Édouard

Qui est ce nouveau détenteur d'un permis de pêche au crabe?

Le directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels [FRAPP], Jean Lanteigne, admet qu'il sait peu de choses à son sujet.

L'acheteur a fini par téléphoner ici pour certains services, des étiquettes de casiers et des choses comme ça, explique Jean Lanteigne. Donc, on a découvert un petit peu qui il était. On lui a demandé où il demeurait. La première adresse c'était à Shemogue, au Nouveau-Brunswick. Donc, c'était un pêcheur du Nouveau-Brunswick. Mais là, on découvre que ce n'est pas un pêcheur du Nouveau-Brunswick, mais de Tignish à l'Île-du-Prince-Édouard. Ça démontre le stratagème qui a été emprunté pour venir ici acheter un permis et s'en aller à l'Île-du-Prince-Édouard avec.

Pour bénéficier d'un transfert de permis [un « remplacement », selon Pêches et Océans Canada], le nouveau détenteur doit avoir quelques années d'expérience dans le domaine de la pêche et résider au Nouveau-Brunswick depuis au moins six mois.

Joint au téléphone, le nouveau détenteur d'un permis de pêche au crabe, Brody Desroches, affirme qu'il a résidé à Shemogue, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, pendant quatre ans. Ce jeune pêcheur de homard en est à donc à ses premiers pas dans l'industrie de la pêche au crabe. Il pêche le crabe à bord du même bateau duquel il pêchait le homard. Son port d'attache est à Souris, à l'Île-du-Prince-Édouard, et c'est là qu'il effectue ses débarquements de crabe.

Le jeune pêcheur Brody Desroches, de l'Île-du-Prince-Édouard.

Le jeune pêcheur Brody Desroches, de l'Île-du-Prince-Édouard

Photo : Facebook

Il laisse entendre qu'il n'a pas eu trop de difficultés à obtenir ce permis de pêche au crabe. Il refuse cependant d'indiquer quelle somme il a dû débourser pour l'obtenir. C'était pas mal d'argent, laisse-t-il tomber, en précisant qu'il a fait affaire avec une banque.

Dans la Péninsule acadienne, le transfert de ce permis de pêche au crabe alimente les conversations, particulièrement parmi les pêcheurs. Le bruit court qu'il s'agirait d'une somme record, de plusieurs millions de dollars, pour un transfert de permis de pêche au crabe. On n'est pas un service d'enquête, dit Jean Lanteigne. Mais il y a beaucoup de chiffres qui ont circulé dans la machine à rumeurs.

Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels.

Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Cette récente transaction s'ajoute aux huit autres qui, au cours des dernières années, ont fait aboutir des permis de pêche au crabe du Nouveau-Brunswick dans d'autres provinces des Maritimes, selon la FRAPP.

Jean Lanteigne fronce les sourcils et se gratte la tête.

Qu'est-ce qu'on fait avec ça? demande-t-il. Ce qu'il faut qu'on fasse, c'est agir en amont avant que ça se reproduise à nouveau. Il va falloir qu'on s'entende. Est-ce qu'on va tout perdre notre industrie du crabe au Nouveau-Brunswick, dans la Péninsule acadienne, parce qu'il y a des gens des autres provinces qui veulent l'acheter et l'amener chez eux? Je pense qu'il n'y a personne qui veut ça. Je ne pense pas que le Nouveau-Brunswick veut ça. Je ne pense pas que les citoyens de la région veulent ça. Je ne pense pas que même nos pêcheurs veulent ça. 

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Nouveau-Brunswick

Industrie des pêches