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Le marché du carbone a entraîné des pertes d'emplois au Québec, révèle une étude

De la fumée s'échappe de deux cheminées.
Les entreprises québécoises soumises au marché du carbone ont perdu 6,8 % d'emplois de plus qu'ailleurs au Canada. Photo: Reuters / Peter Andrews
Alexandre Duval

La capacité du marché du carbone à entraîner de l'innovation au Québec est remise en question par une nouvelle étude. Si les entreprises soumises au marché ont réussi à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), c'est peut-être en partie en raison de pertes d'emploi.

Entre 2013 et 2015, les entreprises québécoises soumises au marché du carbone ont réduit leurs émissions de GES de presque 10 % de plus qu’ailleurs au Canada, d’après l’étude publiée dans la revue Carbon Management.

Mais au cours de cette même période, ces entreprises québécoises ont aussi perdu 6,8 % d’emplois de plus que leurs rivales canadiennes non visées par une telle réglementation.

« C'est une première alarme, c’est une mise en garde », estime David Talbot, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP) à Québec et coauteur de l’étude.

David Talbot, professeur à l'ENAP et directeur du Centre de recherche sur la gouvernanceDavid Talbot, professeur à l'ENAP et directeur du Centre de recherche sur la gouvernance Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

De son aveu même, l’ampleur du phénomène a de quoi étonner. M. Talbot rappelle que le but premier du marché du carbone était d’amener les entreprises québécoises à innover pour réduire leurs émissions de GES.

Or, les résultats de son étude laissent croire que pour les trois premières années d’existence du marché, la perte d’emplois serait un des facteurs importants de diminution des GES.

Une hypothèse envisagée par M. Talbot est que des entreprises se sont peut-être adaptées en relocalisant certaines de leurs activités, même si le coût d'acquisition des droits d'émission était encore faible à l'époque.

Est-ce que les émissions qui étaient produites au Québec ont été transférées tout simplement dans d'autres installations industrielles de la même compagnie au Canada ou à l'extérieur? Ça se peut.

David Talbot , professeur à l'ENAP et directeur du Centre de recherche sur la gouvernance

Mettre l’argent au bon endroit

M. Talbot et son collègue Julien Hanoteau, de la Kedge Business School de Marseille, savent que leurs conclusions vont à l’encontre d’autres recherches semblables menées ailleurs, notamment dans le contexte européen.

Le but de leur étude n’est toutefois pas de contester le bien-fondé du marché du carbone au Québec, précise David Talbot.

« C'est simplement de s'assurer qu'on a une réglementation avec les bons paramètres pour s'assurer de la performance de nos installations industrielles », dit-il.

Par exemple, le prix de la tonne de carbone, au Québec, est actuellement de 21,02 $, ce qui est insuffisant selon le professeur.

Beaucoup de gens en recherche disent qu'il faudrait un prix de la tonne autour de 30 $. C'est le prix qu'on a en Colombie-Britannique.

David Talbot, professeur à l'ENAP et directeur du Centre de recherche sur la gouvernance

À son avis, ces questions sont d’autant plus pertinentes que les sommes recueillies avec le marché du carbone sont versées au Fonds vert, dont la performance a été largement critiquée ces derniers mois.

M. Talbot soutient que l’argent du Fonds doit impérativement servir à créer de nouveaux emplois dans l’économie verte, ce dont il admet douter actuellement.

« Vous pouvez aller voir dans les fiches de suivi des différents programmes du Fonds vert; peu d'entre elles parlent de création d'emplois. »

Des questions sans réponses

Invité à réagir à l’étude, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) hésite à faire un lien de cause à effet entre la mise en place du marché du carbone et les pertes d’emplois.

« Je crois que c'est un peu tôt pour se prononcer, estime l’économiste en chef du CPQ, Norma Kozhaya. Peut-être que dans certains cas, c'est arrivé, mais on ne peut pas généraliser. »

Norma Kozhaya, économiste en chef au Conseil du patronat du QuébecNorma Kozhaya, économiste en chef au Conseil du patronat du Québec Photo : Radio-Canada

Mme Kozhaya indique que le CPQ est pour le marché du carbone. Selon elle, plusieurs entreprises ont « investi massivement » pour innover et réduire leurs émissions de GES, mais toujours avec la rentabilité à l’esprit.

Il faut s'assurer que bien sûr, l'objectif de la transition énergétique […] se fasse en harmonie avec l'économie […] et que chez les entreprises où il y a un effet, qu'il y ait des mesures d'accompagnement.

Norma Kozhaya, économiste en chef du Conseil du patronat du Québec

Parfois, ajoute Mme Kozhaya, l'innovation technologique peut mener à des pertes d'emplois, ce qui pourrait expliquer en partie les résultats de l'étude de M. Talbot et M. Hanoteau.

Le CPQ croit donc qu’il faudra mettre à jour cette étude dès que les nouvelles données seront disponibles, afin de voir si l’effet observé sur l’emploi s’est poursuivi au-delà de l’année 2015.

Radio-Canada n’a pas été en mesure d’obtenir une entrevue avec le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette.

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