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Au Venezuela, les députés de l'opposition peuvent de nouveau entrer au Parlement

Le chef de l'opposition vénézuélienne Juan Guaido lors d'une conférence de presse le 14 mai 2019 à Caracas
Juan Guaido (photo) réfute toute légitimité au président Nicolas Maduro. Photo: Getty Images / Eva Marie Uzcategui
Agence France-Presse

Les députés vénézuéliens opposés au président Nicolas Maduro ont repris mercredi leurs débats à l'Assemblée nationale au lendemain d'une nouvelle passe d'armes avec le pouvoir chaviste qui a, selon eux, tenté de les « bâillonner » en faisant bloquer l'accès au Parlement par les forces de l'ordre.

« Nous voici, nous siégeons et nous faisons face au peuple du Venezuela », s'est réjoui à la tribune Juan Guaido, le président du Parlement unicaméral, qu'une cinquantaine d'États reconnaissent comme président par intérim de ce pays qui traverse la pire crise de son histoire récente.

Toute la matinée, les parlementaires se sont succédé à la tribune pour dénoncer l'« offensive » du pouvoir chaviste à leur encontre. Mais les images retransmises par VPI, une télévision privée, montraient une assemblée quasiment vide de députés.

Tôt mercredi, les effectifs de la Garde nationale bolivarienne, un corps militarisé, avaient été déployés autour du Palais fédéral, situé dans le centre de Caracas. Ils laissaient uniquement entrer les parlementaires et repoussaient les journalistes jusqu'à plusieurs dizaines de mètres du bâtiment, selon des photographes de l'AFP.

« Nous sommes à l'intérieur. On est entrés normalement, on nous a juste demandé de nous identifier », a déclaré à l'AFP le député Arnoldo Benitez. Mais il a dit « s'inquiéter » de l'interdiction faite aux journalistes d'entrer, « car les médias sont un bouclier pour nous ».

La veille, la Garde nationale, épaulée par la police et les services de renseignement, le Sebin, avait bloqué tous les accès à l'Assemblée, « prétextant la présence d'engins explosifs » à l'intérieur, selon les députés d'opposition qui n'avaient donc pas pu siéger.

Juan Guaido avait alors évoqué une tentative du gouvernement de Nicolas Maduro de « bâillonner » le Parlement, unique institution contrôlée par l'opposition au chef de l'État socialiste.

Car, depuis le soulèvement manqué du 30 avril, auquel avait appelé Juan Guaido, le pouvoir concentre son offensive sur l'Assemblée nationale en pourchassant les « traîtres » responsables, à ses yeux, de cette opération.

Pour l'heure, la justice, que l'opposition accuse de ne répondre qu'au gouvernement, a lancé des poursuites contre 14 parlementaires pour leur participation « active » à la tentative de rébellion contre Nicolas Maduro.

« La seule option au Venezuela, c'est la lutte [...]. Et le Parlement est là pour vous [les Vénézuéliens, NDLR] accompagner et sortir de cette crise », a encore déclaré Juan Guaido mercredi à l'Assemblée.

« Nous sommes proches de la fin de l'usurpation », a-t-il affirmé.

Le plus connu des 14 parlementaires poursuivis est Edgar Zambrano, vice-président de l'Assemblée nationale et bras droit de Juan Guaido. Il a été arrêté la semaine dernière et placé en détention provisoire dans une prison militaire.

Quatre députés se sont réfugiés dans des résidences diplomatiques. Un autre a fui vers la Colombie, tandis qu'un dernier, Freddy Superlano, a annoncé sur Twitter mercredi qu'il passait « à la clandestinité ».

L'Assemblée nationale est depuis fin 2015 aux mains de l'opposition à Nicolas Maduro, mais en 2016 la Cour suprême l'a déclarée hors la loi. Depuis, les lois votées par les députés sont ignorées par l'exécutif, mais les parlementaires continuent à siéger.

Juan Guaido, qui s'est proclamé président par intérim le 23 janvier, tente depuis de déloger Nicolas Maduro du pouvoir. Pour le chef de file de l'opposition et ses partisans, le président vénézuélien est un « usurpateur » qui a réussi à se maintenir au moyen de l'élection présidentielle « frauduleuse » de l'an dernier.

À l'inverse, Nicolas Maduro accuse Juan Guaido de fomenter un « coup d'État » avec l'appui des États-Unis, principal soutien de l'opposant.

C'est d'ailleurs avec le patron du Southcom - le commandement américain pour l'Amérique du Sud - que Juan Guaido a ordonné à son représentant à Washington de prendre contact.

Mais au sein de la population vénézuélienne, la crise politique commence à lasser.

Les deux camps, pro-Guaido et pro-Maduro, « devraient arrêter de s'entretuer, ils devraient faire la paix et soutenir le pays », expliquait ainsi mercredi à l'AFP Leidy Ramirez, une mère de famille du quartier populaire de Petare, dans l'est de Caracas.

La crise politique se double d'une très grave crise économique. L'hyperinflation devrait atteindre 10 000 000 % cette année, selon le FMI. Les pénuries se multiplient, tout comme les pannes de courant.

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