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Arsenic à Rouyn-Noranda : la confiance envers le gouvernement est ébranlée

Plusieurs dizaines de citoyens écoutent une présentation dans une salle de congrès.

Les citoyens sont venus nombreux au dévoilement public des résultats de l'étude de biosurveillance menée auprès des enfants du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

Environ 175 citoyens ont participé mardi soir au dévoilement des résultats de l'étude de biosurveillance menée auprès des enfants du quartier Notre-Dame, voisin de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue. La forte majorité des participants ont vivement critiqué l'intervention du gouvernement, qu'ils jugent insuffisante et inacceptable.

Rappelons qu’il y a en moyenne près de quatre fois plus d’arsenic que la normale dans les ongles des enfants qui ont participé à l’étude. Il s’agit donc d’une surexposition à une substance cancérigène.

Les citoyens présents à la rencontre publique organisée par la Direction de la santé publique, le ministère de l’Environnement et la Fonderie Horne ne se sont pas cachés pour exprimer leur désarroi face au plan d’action présenté par le gouvernement en réaction à la publication de cette étude.

Ils n’acceptent pas que le gouvernement souhaite continuer de permettre à la fonderie d’émettre jusqu’à 67 fois plus d’arsenic dans l’air que la norme provinciale, en raison d’une forme de droit acquis. D’autant plus que le ministère de l’Environnement a annoncé, mardi matin, qu’il ne resserrera pas les exigences pour l’arsenic avant 2021, òù la norme passera de 200 ng à 100 ng, ce qui est encore une limite 37 fois plus importante que la norme provinciale.

La Fonderie Horne aura ensuite jusqu'en 2022 pour déposer sa demande de renouvellement d'attestation d'assainissement. Ce n'est qu'après le dépôt de cette demande que le ministère pourra modifier les exigences, nous a-t-on expliqué.

La porte-parole du comité citoyen du quartier Notre-Dame, Valérie Fournier, dénonce la situation. « On ne peut plus attendre, il faut que ça bouge maintenant », insiste-t-elle.

En attendant, il va falloir qu’il se passe quelque chose, puis nous, on va être les chiens de garde, puisque le ministère de l’Environnement n’a pas l’air de faire ce rôle-là.

Valérie Fournier

Le pédiatre Pierre Vincellette abonde dans le même sens. On s’aperçoit qu’en 15 ans [après la publication du premier avis sur l’arsenic], les efforts ont été insuffisants et que la vitesse d’amélioration n’est pas acceptable, tranche-t-il.

Est-ce que la fonderie pourrait réduire ses émissions, donc la production, les actionnaires sont-ils prêts à se contenter d’un profit moindre le temps qu’on clarifie les choses? s’est questionnée une autre citoyenne.

Lien de confiance brisé et méfiance palpable

De nombreux citoyens ont exprimé leur méfiance envers la Fonderie Horne, mais aussi envers la Direction de la santé publique et le ministère de l’Environnement.

Selon le porte-parole du regroupement vigilance mine (REVIMAT), Marc-Nantel, le ministère de l’Environnement a échoué à protéger la population et la méfiance grandit. Elle ne défend pas le citoyen, mais accompagne le client, le client dans ce cas-ci, c’est la fonderie, s’exclame-t-il.

Comment ça se fait que depuis 15 ans qu’on est au courant de ce problème, on reste là à observer? Comment ça se fait qu’on laisse encore des gens habiter là alors qu’on sait que l’air qu'ils respirent n’est pas bon pour eux?

Adeline Laquerre, citoyenne

La représentante du ministère de l’Environnement a aussi révélé, lors de la soirée, que le ministère avait pris cinq ans avant de renouveler la dernière attestation d’assainissement (2017) de la fonderie. Une dizaine d'années séparent donc la première attestation de la deuxième, alors qu'une nouvelle attestation devrait être délivrée tous les cinq ans.

C’est donc dire que pendant cinq ans, les normes concernant l’arsenic n’ont pas été resserrées, alors qu’elles auraient dû l’être. On est très conscient que ce délai-là est une piste d’amélioration, a déclaré la représentante du ministère de l’Environnement lorsque questionnée par les citoyens sur le sujet.

Deux femmes et deux hommes sont assis derrière une table durant une présentation.

La Fonderie Horne, la Direction de la santé publique et le ministère de l'Environnement ont participé au dévoilement de l'étude de biosurveillance menée auprès des enfants du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

La mairesse de Rouyn-Noranda se montre conciliante

De son côté, la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, adopte une position beaucoup plus conciliante. Elle n’a pas souhaité se prononcer en entrevue sur l’enjeu de la norme. Il va falloir voir si le plan d’action va amener à des résultats à la fois satisfaisants pour la santé publique, l’environnement, l’entreprise, les citoyens. Alors, ce n’est pas simple, a-t-elle mentionné, en précisant qu’elle avait constaté que les citoyens ne semblaient pas rassurés par le plan d’action présenté.

La Fonderie Horne promet quant à elle de continuer ses investissements dans une perspective d’amélioration continue. Son représentant a toutefois mis en garde les citoyens sur le fait que le respect de la norme provinciale concernant l’arsenic pourrait se traduire par une fin des activités de la fonderie.

La Direction de la santé publique souhaite poursuivre l’acquisition de connaissances et dresser un portait encore plus complet de la situation.

Abitibi–Témiscamingue

Santé publique