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Foyers de soins : la tension atteint son paroxysme entre les travailleurs et le gouvernement

Foyers de soins : la tension a atteint son paroxysme entre les travailleurs et le gouvernement
Radio-Canada

La tension a atteint son paroxysme dans les négociations entre les travailleurs des foyers de soins du Nouveau-Brunswick et le gouvernement. Des syndiqués se sont rendus à l'Assemblée législative, mercredi et Sharon Teare, la présidente du syndicat des travailleuses et travailleurs des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, a brusquement interrompu le premier ministre Blaine Higgs, qui s'adressait aux médias.

C’est une réponse du premier ministre, qui n’a eu le temps de prononcer que quelques mots, qui a mis le feu aux poudres. M. Higgs a dit que le syndicat avait interrompu les négociations.

Hier, durant une rencontre, un commentaire a été fait, “nous avons terminé”. Les leaders syndicaux, essentiellement, on dit “nous avons terminé”, a commencé M. Higgs.

Sharon Teare s'en est alors pris au premier ministre, s’exclamant : C'est un mensonge! Nous n'avons pas dit que nous avions terminé!

Confrontation entre Sharon Teare et Blaine Higgs dans les couloirs de l'Assemblée législative le 15 mai 2019.Sharon Teare (complètement au bas de la photo) interpelle Blaine Higgs alors qu'une personne de l'entourage du premier ministre s'interpose et le dirige vers une salle. Photo : Radio-Canada

Le premier ministre Higgs s’est rapidement éclipsé et pris le chemin de la salle la plus proche.

Écoutez les travailleurs qui soignent les gens!, a lancé Mme Teare alors que M. Higgs tournait les talons. Écoutez-nous, nous sommes humains!

Confrontation entre Sharon Teare et Blaine Higgs dans les couloirs de l'Assemblée législative le 15 mai 2019.Sharon Teare (à gauche) interpelle Blaine Higgs (à droite), qui quitte précipitamment les lieux. Photo : Radio-Canada

Voilà avec quoi nous devons faire affaire, a ensuite dit Mme Teare, en référence au départ précipité de Blaine Higgs.

Sharon Teare s'adresse aux médias dans les couloirs.Sharon Teare, présidente du syndicat, dans les secondes suivant le départ de Blaine Higgs. Photo : Radio-Canada

Plus tard, dans un autre édifice, loin des syndiqués, le premier ministre Higgs a rencontré de nouveau la presse et expliqué sa réaction.

Je ne crois pas que cela aide de crier l'un sur l'autre, c'est pourquoi je n'ai pas participé, a-t-il dit.

Blaine Higgs le 15 mai 2019 à l'Assemblée législative devant des drapeaux du Nouveau-Brunswick et du Canada.Blaine Higgs a expliqué qu'il n'avait pas l'intention de participer à une querelle dans les couloirs de l'Assemblée législative. Photo : Radio-Canada

L’opposition réagit

Le député libéral de Restigouche-Ouest, Gilles LePage, lance des reproches aux progressistes-conservateurs à la suite des événements.

Ce n’est pas une façon de négocier une bonne entente. Encore là, on voit que c’est un gouvernement actuel que nous on qualifie de sans coeur, qui est très froid, [et pour lequel] la seule chose qui compte est le signe de dollar, le signe de piastre. Malheureusement, les travailleurs des foyers de soins sont frustrés, affirme le député LePage.

Gilles LePage appelle à l'arbitrage exécutoire pour résoudre le différend, tout comme le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau.

Ce sont des négociations. Ce n’est pas [censé] être facile. Ce n’est pas [censé] être deux parties qui arrivent avec ce que l’autre veut. Mais il faut commencer quelque part. Il faut être patient pour rester assis à la table. On voit qu’on a un gouvernement qui ne veut pas négocier. Donc je peux comprendre que les travailleurs et travailleuses des foyers de soins sont à bout de souffle, ajoute le député Arseneau.

Une impasse « unilatérale » du gouvernement dans les négociations, selon le syndicat

Le gouvernement soutient que c'est l'impasse dans les pourparlers parce que les leaders syndicaux ont décidé qu'ils en avaient fini avec les négociations. Le syndicat impute quant à lui au gouvernement la décision de suspendre les négociations, et l'accuse de rester inflexible.

Les discussions tout au long des pourparlers ont été respectueuses et collégiales. Mais malheureusement, cet après-midi, nous nous sommes retrouvés dans une impasse. Bien que nous soyons prêts à retourner à la table pour discuter, aucune autre négociation n'est prévue pour le moment, affirmait la ministre du Développement social, Dorothy Shephard, dans une déclaration publiée mardi.

Elle exprime aussi de l’optimisme quant à la conclusion un jour d'une entente négociée qui sera équitable pour les employés et les résidents des foyers de soins, mais elle souligne que les moyens financiers de son gouvernement sont limités.

Dorothy Shephard ajoute que son gouvernement a hâte de reprendre les discussions avec le syndicat et elle n’aborde pas la question de l’arbitrage.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) impute au gouvernement la décision de suspendre les négociations.

C’est Mme Shephard, il semblerait, unilatéralement parce qu’elle a déclaré qu’il y avait une impasse alors même qu’elle n’était pas présente à la table et que les deux parties étaient toujours en train de se parler. [...] Hier soir, ç’a surpris tout le monde qu’elle déclare une impasse. J’imagine que ça démontre qu’elle n’a pas une grande volonté de faire avancer le dossier, affirme le conseiller aux communications du SCFP, Simon Ouellette.

Le syndicat reproche aussi au gouvernement de rester inflexible devant ses demandes.

Le syndicat a modifié sa proposition monétaire initiale pour tenter de faire avancer le dossier. C’était le 9 mai dernier. [...] Mais il y n’y a absolument aucune flexibilité du côté du gouvernement. Eux, ils restent collés sur leur [offre] de 1 %. C’est vraiment ce qui fait reculer le salaire réel des travailleurs et travailleuses des foyers de soins, soutient Simon Ouellette.

Le gouvernement offre des augmentations salariales de 1 % pour les trois premières années d’un contrat de travail, et de 2 % pour les deux dernières années.

Simon OuelletteSimon Ouellette, porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique. Photo : Radio-Canada

La rémunération des travailleurs doit suivre le coût de la vie, a signalé M. Ouellette, mercredi dans les couloirs de l'Assemblée législative.

L'inflation en 2017 et en 2018, c'est 2,8 % et 2,3 %. Ça fait que quand on dit 1 % [d’augmentation salariale], ça veut dire, là, qu'on recule de 1,8 % en salaire réel, dans une année seulement, affirme-t-il.

Le SCFP dit que des moyens d'action sont prévus, pour maintenir la pression sur le gouvernement et la ministre du Développement social, Dorothy Shephard.

Ce problème-là, ce n'est pas un problème de Mme Shephard, ce n'est pas un problème de M. Higgs, soutient Simon Ouellette. C'est un problème de société qu'on a. Quand on n’est pas capable de s'occuper de nos gens les plus vulnérables parce qu'on dit que ça coûte trop cher, il y a un problème.

Environ 4000 employés syndiqués de 46 foyers de soins négocient une convention collective avec leur employeur depuis 2016. Ils réclament de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Le syndicat estime que cela aiderait les foyers de soins à recruter et à garder à leur emploi plus de préposés aux soins des résidents.

Le SCFP a expliqué avant le dernier exercice de négociation qu’il voulait l’arbitrage exécutoire si aucune entente n’était conclue. Les deux groupes sont toutefois en désaccord sur cette question. Le gouvernement de Blaine Higgs a montré une ouverture à un arbitrage conditionnel, mais le syndicat a rejeté cette option parce qu’il veut un arbitrage exécutoire non limité par des conditions.

Les syndiqués ont voté pour la grève, mais la Cour d’appel a suspendu le tout au moins jusqu’à la révision judiciaire de la Loi sur les services essentiels dans les foyers de soins. La révision doit commencer le 24 mai à Moncton.

Avec des renseignements de Michel Corriveau et de Wildinette Paul

Nouveau-Brunswick

Relations de travail