•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Élections à Terre-Neuve-et-Labrador : l’espoir des technologies pour relever l’économie

Un quartier à proximité du centre-ville de Saint-Jean de Terre-Neuve

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Elisa Serret

Dans l'imaginaire collectif, Terre-Neuve-et-Labrador est une province où les paysages bucoliques se succèdent. On pense aussi aux imposantes plateformes de pétrole extracôtier. Mais sur la grosse roche, comme l'appellent ses habitants, il y a aussi un secteur des technologies en pleine effervescence. Certains croient que ce secteur pourrait relever la province embourbée dans un gouffre financier sans pareil.

Ce n’est pas facile d’être un politicien ces jours-ci à Terre-Neuve-et-Labrador. Peu importe l’issue du vote du 16 mai, le gagnant héritera d’un lourd fardeau économique. La dette de la province s’élève à plus de 13,8 milliards de dollars pour une population de seulement 500 000 personnes. C’est la province dont la dette par habitant est la plus élevée au pays. On estime que, d’ici 15 ans, 50 % de la population aura plus de 65 ans.

Et peu importe le gouvernement élu, il devra vivre avec le fiasco du mégaprojet d'hydroélectricité Muskrat Falls. Un projet d’émancipation de la province qui est plutôt devenu un boulet à sa cheville. Son coût est passé de 6 à 12,7 milliards de dollars et, ironie du sort, les Terre-Neuviens devront au bout du compte payer plus cher leurs frais d’électricité.

Trois grands partis s’affrontent dans cette course. Les libéraux de Dwight Ball, qui sollicitent un deuxième mandat. Les progressistes-conservateurs dirigés par Ches Crosbie, un avocat de Saint-Jean assez connu, entre autres parce qu’il est le fils de l’ancien ministre fédéral des pêches de 1991 à 1993, John Crosbie, celui qui a dû annoncer le début du moratoire sur la pêche à la morue. Enfin, Alison Coffin, une économiste qui enseigne à l’Université Memorial, est la tête du parti néo-démocrate depuis seulement deux mois.

Alors que le débat des chefs battait son plein le soir du 1er mai, on attendait avec impatience les propositions des partis pour relever les finances de la province. Mais au terme du débat, les grandes idées se faisaient toujours attendre.

Diversifier l’économie

« Il n’y a aucun chef de parti qui propose ce que je considère comme un plan sérieux pour s’attaquer aux problèmes fondamentaux », dit Ian Lee, professeur associé à l’école des affaires Sprott de l'Université Carleton.

Pourtant, il existe des solutions viables et à portée de main, selon lui, comme développer le secteur des technologies, ce qu’il appelle l’économie numérique. Il croit qu'il est primordial que les politiciens cessent de miser sur les revenus du pétrole pour assurer l’avenir de la province.

Ian Lee insiste : si la province n'investit pas rapidement dans la diversification de l’économie, la province deviendra insolvable dans moins de 10 ans.

Je prédis que la situation financière de Terre-Neuve-et-Labrador est tellement précaire que, d’ici 10 ans, la province réclamera l’assistance du Canada. Et ça deviendra un problème canadien.

Ian Lee, professeur associé à l’école des affaires Sprott de l'Université Carleton

Selon Statistique Canada, l’économie numérique au pays croît plus rapidement que n’importe quel autre secteur au Canada. Elle rapporte déjà plus que les industries minières et forestières, ou même que celle de l’industrie pétrolière.

Toujours selon Statistique Canada, en 2017, l’économie numérique au pays était évaluée à 109,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de 5,5 % de l’économie de la province cette même année.

Le secteur des technologies rapporte annuellement plus de 1,6 milliard de dollars et emploie au minimum 4000 personnes, estime Paul Preston de l’Association des technologies de Terre-Neuve-et-Labrador. Le nombre d’entreprises dans ce secteur est d’environ 600, y compris les entreprises en démarrage.

C’est un secteur robuste en pleine croissance. Il est aussi important que la foresterie, le tourisme et les pêches ici à Terre-Neuve-et-Labrador.

Paul Preston, PDG de l’Association des technologies de Terre-Neuve-et-Labrador.

Une jeune pousse en plein essor

Les deux hommes devant le logo de leur entreprise

Adam Keating et Jeremy Andrew, fondateurs de Colab

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

L’entreprise Colab, installée dans le quartier industriel de Saint-Jean, en est un bon exemple. Adam Keating est le PDG et le cofondateur de l’entreprise. Il y a deux ans, encore étudiant à l’Université Memorial, lui et un ami ont créé le logiciel d’illustration technique Gradient. Deux ans plus tard, du haut de leurs 24 ans, ils travaillent, entre autres, avec les géants de l'automobile du monde entier. Ces jeunes brassent des millions assis dans de petits bureaux encore dégarnis à Saint-Jean.

Cet été, Colab participera à un incubateur d’idées très prestigieux dans la Silicon Valley, le Y Combinator.

La jeune entreprise emploie 14 personnes et Adam prévoit que le nombre d’employés doublera dans les 12 prochains mois. Mais les jeunes entrepreneurs devront faire des pieds et des mains afin de recruter des employés qualifiés. Car même si le taux de chômage oscille autour de 11 %, soit le double de la moyenne nationale, des gens qualifiés dans le secteur des technologies sont rares.

C’est pourquoi l’Association des technologies de la province réclame des partis politiques qu’ils reconnaissent le secteur. Le but est de le faire rayonner et de lui donner les moyens d’évoluer. L’Association souhaite que la province investisse dans de la formation pour ceux qui souhaiteraient travailler dans ce domaine. Les acteurs du milieu souhaitent aussi que la province favorise la venue d’immigrants qualifiés.

Pour Adam Keating, rien n’est plus précieux que de contribuer à relever sa province. Mais l’heure est à l’urgence, car des jeunes motivés comme Adam, s’ils se butent à trop d’obstacles, partiront vers de plus grands centres.

C’est très important pour nous de tout faire pour garder notre siège social à Saint-Jean.

Adam Keating, PDG Colab

Terre-Neuve-et-Labrador n’a pas les moyens de les laisser filer. Reste à voir si la volonté politique suivra.

Élections provinciales

Politique