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« La DPJ a changé ma vie de A à Z », dit une adolescente

Une main sur le dos d'une jeune fille.
Une adolescente hébergée en famille d'accueil de la Mauricie et du Centre-du-Québec livre un message d'espoir. Photo: Radio-Canada
Marie-Pier Bouchard

Si elle peut aujourd'hui manger à sa faim, dormir au chaud et avoir des rêves, c'est grâce à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Mauricie-Centre-du-Québec, dit une adolescente. Choquée par toutes les critiques et les sorties publiques visant la DPJ depuis la mort d'une fillette à Granby, elle veut livrer un message d'espoir.

L’adolescente de 14 ans, que nous appellerons Émilie (nom fictif), ne peut être identifiée en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse. Pendant plusieurs années, elle a vécu de la négligence et de la maltraitance.

Émilie raconte qu’il n’y avait pas de chauffage dans sa chambre l’hiver et qu’elle ne pouvait pas en sortir la nuit parce que la porte était barrée de l’extérieur.

On avait de la misère à manger à notre faim. Les conséquences, c'était incroyable comment c'était douloureux autant physiquement que mentalement.

Émilie
Une jeune fille tient ses deux mains ensemble.Une adolescente de la Mauricie-Centre-du-Québec affirme que la DPJ lui a sauvé la vie. Photo : Radio-Canada

Elle n’avait pas le droit de sourire, pas le droit de pleurer, elle devait faire le lavage, le ménage, les repas et s’occuper des plus petits alors qu’elle était encore élève au primaire, nous confie-t-elle.

Je voyais des enfants à l'école qui étaient super heureux, avaient du beau linge, mangeaient de bons repas tous les midis, capables de se faire des amis facilement. Tout ce qu'on n'avait pas mes frères, mes soeurs et moi, raconte Émilie, qui se souvient que ses parents disaient que les autres étaient des enfants rois.

L'été où tout a basculé

Il y a quelques années, elle a rencontré une nouvelle amie qui lui a ouvert les yeux et lui a fait remarquer que c'était complètement différent chez elle.

Chez elle, c’était 100 fois plus positif que chez moi, c’était plus sain. Elle avait plus de liberté que moi alors qu’on avait le même âge, témoigne l’adolescente.

Émilie dit qu'elle a compris bien des choses qu'elle n'avait jamais réalisées, parce qu'elle était coupée du monde extérieur.

Nous étions soumis à des adultes qui n'étaient pas assez responsables, qui étaient manipulateurs, menteurs, bref des parents qui n'étaient pas capables d'élever des enfants, dit-elle.

Un jour, elle a décidé de tout raconter à la mère de cette amie. Rapidement, Chantal (nom fictif) a alerté la DPJ et elle n’a pas hésité à prendre la jeune fille sous son aile.

Elle n’avait jamais pensé devenir famille d’accueil, mais les confidences d’Émilie ont tout changé. Ses propres enfants et son conjoint ont accepté d'embarquer dans l'aventure.

Je me disais : "il faut que je l’aide". Elle a crié au secours, elle a eu le coeur de le faire pour elle, mais aussi pour ses frères et soeurs. Je ne pouvais pas la laisser tomber sous aucune considération.

Chantal
Coup et épaule d'une femme en entrevue à visage couvert.Témoignage de Chantal (nom fictif) qui a accepté de prendre l'amie de sa fille sous son aile après avoir fait un signalement à la DPJ. Photo : Radio-Canada

Les soeurs et les frères d’Émilie ont rapidement été confiés à d’autres familles d’accueil. Depuis, les parents de cette famille ont été accusés dans des dossiers d’abus sexuels.

Émilie dit ressentir beaucoup de colère quand elle entend les histoires d’horreur à propos de la DPJ, alors que selon elle, les intervenants lui ont sauvé la vie.

On rabaisse beaucoup les intervenants et ça fait en sorte que les gens n'ont pas conscience de tout le bien que la DPJ peut apporter, se désole-t-elle.

Mon histoire finit bien, mais il y en a beaucoup des histoires qui finissent bien, mais elles ne sont pas sorties [publiquement].

Émilie
Une adolescente tient un téléphone cellulaire dans ses mains.Si elle a une vie normale aujourd'hui, Émilie (nom fictif) considère que c'est grâce à la DPJ. Photo : Radio-Canada

L’adolescente veut tirer un trait définitif sur son ancienne vie et elle a demandé à sa famille d’accueil de l’adopter, ce que Chantal et son conjoint ont accepté.

Parce que c’est ma fille maintenant et pour toujours. On dit famille d’accueil, oui, on l’a accueillie pour le reste de la vie.

Chantal

Pendant que les procédures d’adoption sont en cours, Émilie a toujours mille et un projets en tête comme celui de devenir un jour ingénieure. Si elle peut aujourd’hui se permettre d’y rêver, il n’y a aucun doute pour Émilie, c’est grâce à la DPJ.

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