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La canicule de 2018 a fait 66 morts sur l’île de Montréal

Deux ambulanciers paramédicaux en soins avancés.

Les nouveaux ambulanciers paramédicaux en soins avancés pourront offrir de l'aide plus complète sur les lieux d'une situation d'urgence.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les pauvres, les personnes âgées et les schizophrènes composent le gros des victimes de la canicule de 2018 à Montréal. C'est ce que confirme l'enquête épidémiologique rendue publique mercredi matin par la Direction régionale de santé publique (DRSP).

Nouvelle preuve des risques grandissants qu'engendrent ces épisodes de grande chaleur, la DRSP évalue que 66 décès ont été occasionnés directement par la canicule qui a sévi sur l'île de Montréal entre le 30 juin et le 5 juillet 2018.

En point de presse mercredi, la directrice régionale de la santé publique de la Ville de Montréal, Mylène Drouin, a noté plusieurs caractéristiques augmentant les risques de mourir lors d’épisodes de chaleur intense.

Ainsi, être une personne âgée, vivre seul, disposer d'un faible revenu ou encore souffrir d’une maladie chronique ou de troubles de santé mentale augmenterait le facteur de risque en cas de canicule.

On constate aussi que les îlots de chaleur contribuent à augmenter le nombre de décès en période de canicule. C'est ce qui explique que l'on compte plus de décès dans les quartiers centraux de Montréal où les espaces verts sont plus rares. Vivre dans ces espaces doublerait les chances de mourir lors d'un épisode de chaleur extrême.

Rare bonne nouvelle dans le rapport présenté mercredi, en comparant les chiffres de 2018 avec ceux de la canicule de 2010, la DRSP a constaté que le taux de mortalité quotidien par million d'habitants avait diminué « considérablement ».

Les schizophrènes particulièrement à risque

C'est chez les schizophrènes que les décès ont proportionnellement été les plus nombreux. Ils ne forment que 0,6 % de la population, mais les gens atteints de cette maladie mentale représentent 26 % des morts liées à la canicule de 2018.

Une donnée brutale qui n'étonne pas le psychiatre Olivier Farmer, de l'Hôpital Notre-Dame, à Montréal, puisqu'il s'agit d'une clientèle « très vulnérable pour plusieurs raisons ».

« La maladie elle-même est associée à une perte d’initiative, à de l’apathie. Ils sont moins conscients de leurs besoins corporels, notamment quand il y a chaleur excessive », explique-t-il.

La médication peut en outre s'ajouter aux facteurs de risque. Celle-ci peut rendre ceux qui en consomment encore plus apathiques, rendre leur sommeil plus lourd, de sorte qu'ils ne se réveillent pas s'il ressentent un inconfort lié à la chaleur, et entraver les mécanismes de sudation qui régulent la température du corps, spécifie le médecin spécialiste.

« Les personnes atteintes de schizophrénie sont souvent très seules dans de petits logements mal ventilés et sans air conditionné », ajoute-t-il. Et, selon lui, la peur de la stigmatisation pousse ces malades à rester dans leur appartement.

Les diabétiques, qui forment 8 % de la population, représentent pour leur part 26 % des décès. Être aux prises avec une maladie chronique est donc un facteur de risque majeur.

Resserrer la surveillance et le filet social

En guise de piste de solution, la DRSP suggère de bâtir un registre des lieux les plus à risque sur l'île de Montréal et de les cartographier afin de rendre plus efficaces les campagnes de prévention auprès des populations vulnérables.

Notant qu'aucun décès n'avait eu lieu en CHSLD public et que neuf étaient survenus en résidences privées, Mme Drouin a convenu qu'« un suivi beaucoup plus rapproché » sera effectué si ces résidences se retrouvent dans le futur registre.

« Celles pour lesquelles on juge qu'il y a des risques seront intégrées au registre », a-t-elle spécifié.

Les autorités entendent également répertorier davantage de personnes à risque, indique Caroline Dusablon, coordonnatrice régionale des mesures d’urgence à la Sécurité civile et pour le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

L’an dernier, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) avaient frappé à 42 000 portes dans des secteurs jugés prioritaires, une opération qui avait donné lieu à 89 signalements.

La Sécurité civile veut mettre à contribution des partenaires comme les organisations communautaires, qui connaissent des personnes vulnérables inconnues du réseau de la santé.

« Ce qu’on veut faire, c’est mieux cibler pour avoir davantage de signalements et [...] sauver davantage de vies », précise Mme Dusablon.

En point de presse, Mme Drouin a par ailleurs demandé à la population « de resserrer les mailles » du filet social pour mieux prévenir la mortalité chez les populations vulnérables.

Une position que partage le docteur Farmer : « Il faut développer une solidarité de voisinage pour détecter les personnes vulnérables et leur venir en aide ».

Mme Dusablon invite en outre les citoyens à communiquer avec les services policiers ou à composer le 811 pour signaler les personnes vulnérables.

Verdir la ville

La Direction de santé publique souhaite également que des gestes d'urbanisme pour verdir certains quartiers soient assurés par la Ville.

Une demande qui a été accueillie « très favorablement » par la responsable de la transition écologique et résilience à la Ville de Montréal, Laurence Lavigne-Lalonde.

Mme Lavigne-Lalonde a fait valoir que les budgets pour améliorer le couvert végétal de la ville de Montréal avaient déjà été augmentés et que des initiatives relativement à « des bacs d'agriculture urbaine » et des « rues piétonnes » étaient déjà en cours dans de nombreux arrondissements.

Selon l'Institut national de santé publique, les épisodes de chaleur comme ceux que nous avons connus l'an dernier vont se multiplier.

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Grand Montréal

Santé publique